
Je m’appuie contre le frigo, laissant mon dos transpirant se rafraichir au contact de l’objet. Sans raison particulière, je pense à Andreas. Je repense à l’incident au studio d’enregistrement. A Will qui m’avait fait dire une phrase que je regrette encore… Une phrase qui, aussi fou que cela puisse paraître, avait touché le jeune blond. Je me souviens encore de ce regard accusateur qu’il avait braqué sur moi… De cette déception presque palpable… Puis de cette reprise de control. Aujourd’hui, je ne sais quoi pensé. Il a menti sur l’un de ses sentiments ce jour là ; est-ce sur son indifférence, ou sur son mal être ?
Perdue dans mes réflexions, je sursaute lorsque la voix de Clint me ramène une nouvelle fois sur terre.
- Tu penses à Andreas ?
- Comment tu sais ? Je soupire, lasse de ses capacités de déduction.
- Ton expression… On a l’impression que la fin du monde va survenir.
Je ris. Est-ce vraiment ainsi que je me comporte lorsqu’il m’obsède ?

C’est malheureusement fort probable. Je me demande si je serai un jour capable de le cerner. Tant de mystère autour d’un seul homme m’attire tel un aimant. A moins que ce ne soit l’homme en lui-même… Non, je ne pense pas… Pourtant… Pourquoi suis-je si affectée par ce rejet qu’il m’avait témoigné, après avoir surprit ma conversation avec son frère ? Peut-être parce que je… Non…
Pourrais-je vraiment l’aimer ? Je me sens soudainement très fragile… Comme si ma carapace de fer qui me protégeait de l’amour venait de disparaître… Je me sens vulnérable… Je me sens amoureuse. L’horreur me frappe. C’est, et de loin la pire des choses qui pouvait arriver. Non seulement assaillie de sentiments destructeurs, mais par-dessus tout dirigés vers la seule personne dont je sais qu’elle jouera avec moi comme avec un jouet avant de me repousser sans remords.

- Ne te tortures pas trop, me conseille Clint, bien ignorant du débat intérieur qui fait rage en moi, il n’est pas facile à comprendre.
Que veut-il dire par là ? Qu’Andreas n’est qu’un morceau de glace décollé de la banquise depuis des années, refusant néanmoins de fondre ? Merci, je le sais déjà, Clint.
« Il n’est pas facile à comprendre »… Cette phrase résonne dans ma tête. Pourtant, cela ne me paraît pas si compliqué… Il est détruit, c’est tout. Il souffre et le fait payer aux autres. Ce n’est peut-être pas la meilleure solution, mais c’est sans doute la plus humaine. Malgré sa façade aux allures incassables, malgré ses faux airs d’intouchable, malgré ses paroles blessantes et parfois humiliantes, il n’en reste pas moins un homme. Et sans doute l’un des plus sensibles que je puisse connaître.

Ce n’est pas un scoop, ces derniers se protègent en permanence. C’est ainsi qu’ils en arrivent à mépriser les autres, à mépriser la vie. En se cachant dans une personnalité qui est devenu la leur par la simple force des choses.
Les personnes les plus mal paraissent toujours les plus détestables. Et les gens autours d’eux ne cherchaient pas à voir plus loin.
Andreas n’est qu’un homme. Le deuxième à toucher mon cœur.
La deuxième menace.
















