
Une voix nous parvient, une que nous ne connaissons, l’un comme l’autre que trop bien. Son intonation monte, de plus en plus, se fait à la fois déchirée et déchirante. Je me lève d’un bond, tandis que Jeffer tente de me retenir par le bras. Mais ma vivacité surprenante l’en empêche. Je me précipite vers la chambre de Clint, dont la porte est grande ouverte. Il est là, de dos, téléphone en main, immobile. Si sa voix puissante ne se faisait pas entendre, je n’aurais jamais deviné qu’il était en train de parler. D’hurler, plutôt. Son poing valide est serré.
Je m’apprête à entrer dans la pièce lorsque mon bon sens reprend enfin le dessus. Peut-être n’est-ce pas la meilleure chose à faire, face à un Clint apparemment furieux.
- Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Vocifère-t-il.

Son ton est si haineux qu’il est aisé de deviner avec qui il converse. Elle… Il est bien trop touché, dans le mauvais sens du terme, par cet appel pour prétendre se ficher réellement d’elle.
- Tu ne sais pas, et ne sauras jamais, Emily, alors arrête de jouer les victimes, ça n’a jamais pris avec moi ! Comment ça ? Si, c’est parfaitement ce que tu fais ! Tu es partie, je dois te le rappeler une nouvelle fois ? Tu as choisi, assume un peu ta part ! Je ne veux pas entendre tes putains d’explication tu m’as entendu petite conne ? JE NE VEUX PAS LES ENTENDRE ! Tu peux penser au passé si tu veux, mais seule, moi, j’ai tiré une croix dessus.

Il s’interrompt, son interlocutrice partant sans doute dans un long monologue auquel il va tenter tant bien que mal de ne pas donner d’importance. Il ne se rend pas compte que toute parole venant de cette femme le touche considérablement. Il ne s’en rend pas compte, mais le ressent parfaitement. Il connait l’amour… Peut-être mieux que personne. Il faudrait simplement qu’il s’en rende compte. Oui, c’est ça qui lui manque. Une soudaine prise de conscience. Bien que je méprise Emily pour tout le mal qu’elle lui a fait, je ne peux fuir cette réalité, qui consiste à dire qu’elle fut son premier amour, et qu’elle l’est sans doute toujours.

- Mais est-ce que tu t’entends parler ? Lance-t-il alors d’un ton profondément méchant. Est-ce que tu te rends compte à quel point tu parais lamentable ? Tu veux quoi, exactement ? Que je te répète à chaque fois que je te vois à quel point tu m’as fait mal ? C’est ça que tu recherche ? M’extirper le plus d’aveux possible pour ensuite te délecter de l’emprise que tu as eue sur moi ? Non, Emily… Je ne te donnerai jamais cette satisfaction. C’est trop tard… Non, ce n’est pas ça… Je te déteste. Tu m’entends ? Non, pire, je te hais ! ARRÊTE CA, EMILY ! Arrête ça tout de suite… N’essaye pas de m’attendrir.












