
Tess
Je regarde Jeffer me fixer. Ce qui en revient à le fixer à mon tour. Nous nous dévisageons depuis quelques secondes, et je ne sais même plus pourquoi. Notre sujet de conversation n’était pas particulièrement sérieux, nous nous contentions de nous intéresser l’un à l’autre… Mais depuis ce silence qui s’est installé, l’atmosphère s’est considérablement alourdie. Pour moi, du moins. De son côté, je ne sais pas ce qu’il en est. Ses iris sombres sont lourds de sens. Toujours aussi profonds, toujours aussi attirants. Et pourtant je ne suis pas en quelconque émoi. Je n’y arrive tout simplement pas. Les mots comme le temps n’y changent rien. Je pousse un profond soupir, rompant ainsi cette intimité gênante qui se glisse innocemment entre nous. La dernière chose dont j’ai besoin, c’est d’un mal entendu.

Jeffer comprend le message et tourne à son tour la tête. C’est fini pour lui, les sourires en coin, les coups d’œil furtifs, les sous-entendus. Il se rend compte que cela ne marche plus… J’ai l’impression qu’il s’éloigne de moi.
Et dire que j’ai besoin de lui…
Mais ça, je ne pourrais jamais le lui dire. Le connaissant, sa personnalité profondément et tout simplement gentille le pousserait à me soutenir. Soutenir par rapport à quoi ? Par rapport au retour d’Emily, qui provoque le rejet de Clint à mon égard. M’aider, donc, à faire face à quelque chose qui lui aussi, lui fait mal. Il ne s’en cache pas, sans pour autant l’étaler. C’est l’une des choses que j’aime le plus, chez ce beau brun. Sa faculté à ne pas imiter ses amis, tous froids au possible, du genre de Clint ou d’Andreas, sans pour autant chercher à se morfondre et se faire plaindre. C’est un homme équilibré, l’un des rares. Un homme capable d’apporter le bonheur… L’un des seuls.

Et moi qui m’accroche au plus enclin à me faire souffrir, lorsque cette perle rare m’avoue son amour ? Le monde est mal fait… A moins que je ne sois l’erreur.
Je ne sais pas vraiment. En ce moment, tout tourne de travers. Moi qui pensais que mes relations avec ma sœur avaient commencé à s’améliorer, voilà que depuis quelques jours, les répliques cinglantes et les regards haineux fusent de toutes parts…
Sans parler de sa miraculeuse bonne entente avec Clint, qu’elle avait dit détester… C’est bête à avouer, mais je suis jalouse au possible. Elle a toujours eu les gens de son côté, tôt ou tard. Moi, comme à mon habitude, je passe après. Mon meilleur ami me rejette parce qu’il sait que je l’aime. Ces derniers jours, il ne voue pas de culte à l’amour. Je me sens stupide de lui avoir tout révélé, quelques mois plus tôt… Tellement stupide… Tout pourrait être différent en cet instant. Je pourrais le soutenir, sans chercher à gagner ses faveurs, simplement l’aider, parce qu’au-delà de mes sentiments, je souhaite qu’il aille bien. N’est-ce pas là l’un des symptômes de l’amour aveugle ? Sans aucun doute, oui.

Et le plus grand de mes problèmes est que Clint va très rarement bien. Trop rarement. J’aimerais ne pas être rongée en même temps que lui par ses douleurs, mais c’est impossible. Tout ce qui l’atteint m’atteint indirectement. J’ai toujours eu une tendance effacée, à vivre à travers les autres… Une tendance poussée vers la transparence. Effacée, petite fille en retrait depuis des années, je n’ai jamais pu me sortir de cet état d’esprit. Et je déteste cela. Je suis tout simplement passive, la plupart du temps.
Avec Jeffer, ce n’était pas pareil. Avec lui, je parvenais mieux à m’affirmer en tant que femme, je gagnais de la personnalité… Avec lui, j’osais, puisque je n’avais pas peur de détruire les sentiments qu’il pouvait éprouver. Je ne l’aimais pas, et ne l’aime toujours pas, bien qu’il soit important pour moi.













C'est mon préféré celui-là
!
incroyable j'adore!!!