
Jake et moi semblons nous relaxer considérablement, comme si la présence de Camille ne servait qu’à nous rendre mal à l’aise. Nous attendons le moment ou Will sortira.
Je ne suis plus prisonnière de mes pensées envers Andreas et son attitude incernable, je tente juste de comprendre. Une certaine exaspération vient s’ajouter à cet intérêt fortement justifié. Sans lui en vouloir réellement, j’en ai marre. Dès que quelque chose lui arrive, le monde sembla s’arrêter de tourner. Et pas seulement pour moi. Pour les personnes qui lui sont proches. Il ne le fait pas exprès, mais il vampirise nos centres d’intérêts pour les détourner sur lui et sa vie chaotique. Au lieu d’attendre que ses problèmes soient résolus avec une anxiété raisonnable, nous nous morfondons à sa place.
Parce que lui ne le fait pas, et qu’apparemment c’est le seul moyen d’exorciser. Il n’affiche aucune réaction, alors nous le faisons pour lui. Ainsi, sa vie retrouve un minimum d’équilibre.

Mon ami me sourit gentiment, et je fais de même. Nous venons de comprendre la même chose en même temps. Nous allons nous détacher de cela, et nous inquiéter pour notre ami en évitant le démesuré.
- Qu’est-ce qu’il se passe entre Andreas et son frère ?
Jake soupire, et je suis sur le point de préciser qu’il n’est pas obligé de me répondre lorsqu’il prend la parole, empruntant l’air las de celui qui a raconté l’histoire des centaines de fois.
- Andreas déteste sa mère, et vice versa, commence-t-il brutalement. Et ça a presque toujours été ainsi. Il est né d’un père qu’il n’a jamais connu, tandis que Lindsay, Will et Cloe sont les enfants de l’ancien mari d’Elizabeth. Quant à Will, il a toujours eu une profonde aversion envers son grand frère, parce qu’il souffre du complexe d’Oedipe, tu sais, quand un enfant est amoureux de son parent de sexe opposé…
- Je sais ce que c’est, je le coupe un peu sèchement, avide de connaître la suite.

- Bref, en général, tous les enfants du monde sont œdipiens, au début de leur vie, mais cela passe très, très vite. Will fait partit de ceux pour qui cela a perduré. Il est amoureux de sa mère, sa mère qui perçoit Andreas comme une source de douleur. Il est tellement amoureux d’elle qu’il hait tout ce qui peut la faire souffrir, par conséquent, il déteste Andreas. Tu vois l’ambiguïté de la chose ?
Il vient de dire cela sur un ton impliqué, mais ennuyé. Pour ma part, je viens de prendre un coup. Il est méprisé par quelqu’un à qui il n’a jamais rien fait. Le monde est injuste, surtout pour lui.

- C’est ignoble de la part de sa mère de…
- Je t’arrête, je coupe Jake. Évidemment, je suis du côté d’Andreas, mais… Ne la condamne pas aussi cruellement. Elle n’était pas tendre, elle le battait lorsqu’il était enfant, mais… Comment dire ça sans passer pour un sans cœur… Disons que dans la vie, ce n’est ni tout noir, ni tout blanc. Elle a vécu des choses qui certes ne justifient pas ses actes horribles, mais qui les rendent plus compréhensible… Tu vois ce que je veux dire ?

J’acquiesce lentement. Oui, je vois ce qu’il veut dire, très bien même. N’empêche, je n’arrête pas de penser à un Andreas enfant, martyr d’une mère qui ne l’aime pas. Et cela me déchire le cœur. Il n’a jamais réellement appris l’amour. Voilà pourquoi il ne peut le ressentir.
- Qu’est-ce que sa mère avait comme… raisons ?
- Désolé, lance alors Jake d’un ton sincère, mais c’est une partie de sa vie que seul Andreas peur choisir de révéler.
Déception énorme. Compréhension réduite. Je veux savoir pourquoi, et je suis ridicule. Je veux qu’Andreas s’ouvre à moi et me parle de lui. Je veux sa confiance inexistante.














