
Andreas, qui jusqu'à présent n’avait semblé rien ressentir quant à ce rejet soudain, excepté une sorte d’habitude ennuyante, tourne alors de nouveau son visage vers moi. Je me force à soutenir son regard, pensant qu’il s’apprête à dire quelque chose, mais il n’en est rien. Il me fixe, sans grande intensité ni quoi que ce soit de spécial, il se contente de rendre mes iris captifs des siens. Je pourrais me libérer, je le pourrais…
Mais je ne veux pas, et c’est la raison pour laquelle je me hais. Détourner le regard, rien qu’une fois, montrer aux autre, au monde entier et à moi-même qu’il ne m’hypnotise pas, qu’il ne m’obsède pas, qu’il n’a aucun pouvoir sur moi…
Mais ce serait mentir de façon éhontée. Il m’hypnotise, il m’obsède, il exerce sur moi un pouvoir effrayant. Telle est la réalité que je ne peux nier, bien que j’essaie. Ce sentiment étrange n’incluant pas l’ombre d’un sentiment amoureux, un simple besoin insatiable de lui, de sa présence, comme une drogue.
Je dépends de lui tout comme il dépend de l’héroïne. Mais je n’éprouve rien pour lui, tout comme il n’éprouve rien pour la came.

La question que je me pose jour et nuit est pourquoi ? Pourquoi lui ? Est-ce son air inaccessible, intouchable et indifférent ? Je pourrais me mentir, pour faciliter la chose, et me dire que oui, ce sont ces trois facteurs qui jouent en sa faveur. Mais ce n’est pas ça, je le sais.
C’est sans doute à cause de sa ressemblance avec Diego… Diego, à qui il ne ressemble pourtant pas physiquement. Simplement dans les gestes, les paroles, le sourire et le regard. Ce sont les seules choses qui les lient, et pourtant, elles sont essentielles. L’un connote à l’autre d’une manière presque insolente.

Il y a aussi sa voix… Un timbre grave, profond, presque magique. Magie noire aux mains d’un ange. J’ai déjà été envoûtée, ensorcelée par le passé, mais quand… Quand diable ai-je entendu Andreas Young parler, dans une époque antérieure à notre première rencontre officielle ?
Je ne sais pas. Je veux savoir pourquoi.
Mais pourquoi étant difficile à cerner, je décide de me réfugier dans comment.
Comment a-t-il fini par me posséder à son insu ?
Par sa souffrance cachée que j’ai pourtant décelée, pour l’avoir vue portée par tant d’autres êtres humains. Tant d’autres, oui, mais jamais avec une force aussi prononcée que lui.

Par sa façon d’aimer qui le gêne et qu’il ne s’avoue pas, par sa façon d’être attentionné envers les personnes qui lui sont chères, presque instinctivement.
Par sa façon d’être là, de m’aider, de me sauver…
Voilà comment.
Et je ne dois pas chercher plus loin, au risque de me souvenir de choses qui auraient mieux fait de rester tapies dans l’ombre. Je m’en réfère à ces critères, à moitié satisfaite, mais entièrement immunisée contre d’éventuelles souffrances inutiles.
















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