
Lindsay me lance une phrase dont je ne comprends pas vraiment le sens, trop rêveuses pour y prêter attention, ce que je regrette néanmoins de ne pas avoir fait en entendant soudainement le frère de celle-ci éclater de son habituel rire si peu joyeux qu’il connote plus à un cri de rage qu’autre chose. Ils plaisantent ensemble, et j’aurais pu me mêler à cette discussion.
J’aurais pu en apprendre plus sur lui, bien que je n’ai pas besoin d’entremetteurs, j’aurais pu deviner quelles sont les choses capables de le faire sourire, aussi fausse cette mimique sonne-t-elle…

Parce qu’Andreas peut rire dans n’importe quelle circonstance, ainsi que se renfrogner. Tout dépend de son humeur générale, et c’est cela, le plus troublant.
- J’en connais une qui nous a quitté depuis longtemps, me glisse discrètement Jake avec une moue narquoise mais dépourvue de méchanceté.
Je réplique avec un sourire quelque peu irrité que je tente de rendre le plus amical possible. Si les gens se rendent compte que l’on est dans les nuages, pourquoi ne nous y laissent-ils pas ? Un minimum de rationalisme serait le bienvenu en cet instant.
La jeune femme rousse est toujours plongée en grande discussion avec son frère, et aucun des deux n’a intercepté les paroles du chanteur. Ce qui n’est pas le cas d’une troisième personne.

Une nouvelle fois, je croise le regard de Camilla. Ce regard ponctué d’une angoisse incernable. Je fronce les sourcils et prends un air intrigué pour lui demander par le biais de ce silence anxieux son état de santé, mais la jeune femme secoue vivement et légèrement la tête comme pour me dire de ne pas prêter attention. J’acquiesce imperceptiblement alors que le frère et la sœur finissent de parler.
Mes yeux se posent alors sur une scène que j’aurais préféré ne pas voir. Camilla se rapproche de son meilleur ami d’une manière lente et délicate, avant de lui enlacer tendrement le cou et de se déposer sur ses genoux. Lui, reste de marbre, ne la repoussant ni ne l’encourageant pas, il fixe un point abstrait en face de lui.
Puis, son visage se tourne en ma direction et ses iris noirs entrent brutalement dans un contact imprévu avec les miens.
En quelques fractions de secondes, un grand nombre de choses se passent. Il sourit – le premier -, je fais de même, il soupire, je ferme les paupières le temps d’un battement de cœur et au moment de les rouvrir, il repousse sa meilleure amie avec force. Aucun mot ne franchit la barrière de ses lèvres, les gestes sont ses paroles. Les gestes sont ses attaques.

- Je n’ai pas envie Cam, lance-t-il d’une voix affreusement morne.
- J’ai cru comprendre, rétorque celle-ci férocement.
Elle en a marre, elle sature face au comportement de son amant. Elle craque l’espace de cinq secondes et choisit de le haïr durant ce laps de temps. Puis, sa dépendance la ramène à ce qu’elle pense être la raison. Elle se rassoit et respecte sans broncher la distance de proximité qu’il vient d’installer entre eux, sans avoir besoin de le préciser.
Un aura décidé à rejeter toute personne jugée intruse brille avec insistance autour de lui, et s’adresse, je le pense, à tous ceux présents en cet instant.
Moi incluse, bien que l’admettre me fasse mal, plus que je ne l’aurais escompté.
















