
Camilla tourne brusquement son visage vers moi, et me surprend en train de l’observer. Ses lèvres forment un très léger sourire que je trouve un peu forcé mais auquel je réponds poliment, avant de reporter mon attention sur Jake qui discute avec la sœur d’Andreas. J’aime bien cette fille, qui semble à la fois très semblable et différente de son frère. Même tempérament de fer, même franchise, pour sûr. Autrement, jamais je n’ai pu constater une telle douceur émaner de quelqu’un. Elle est heureuse, et ça se voit.

Soudain, la compréhension m’atteint. Oui, telle est la chose qui les sépare tant. Elle aime la vie. Lui, la déteste.
Andreas Young n’est pas un homme heureux.
C’est quelque chose que je viens de comprendre et qui me serre le cœur d’une force désespérément trop imposante. Je ne devrais pas réagir avec tant de ferveur, et pourtant…
Je ne devrais pas comparer mon propre mépris sur mon existence avec le sien, et pourtant… Je m’identifie brusquement à lui. Je ne sais pas ce qu’il a vécu, et peut-être que c’est un secret qu’il emportera dans la tombe, mais cependant, je suis soudainement prise d’un élan de compassion qui n’avait jamais réellement réussi à se faire voir, dissimulé dans l’ombre de cette intrigue vivante qu’est Andreas. Non, je ne sais pas ce qu’il a traversé, et quoi que ce soit, c’est sans doute quelque chose d’assez traumatisant pour justifier son état actuel.

Justifier son état, oui, mais pas ses gestes. Je ne peux m’empêcher de désapprouver sa façon de se comporter vis-à-vis des autres. Cette haine préalable qu’il leur porte alors que leur seule faute est celle d’avoir voulu l’aider et le comprendre, certains même de l’aimer… A l’instar de Camilla....
Il a le droit de souffrir, mais pas de reporter sa colère sur les autres. Ce n’est pas sain, et pire, c’est injuste. Du moins, il n’a pas le droit de la reporter sur ceux qui n’ont rien fait.
Mais qui oserait le lui dire ? Qui oserait le contredire quand il est évident qu’on lui a déjà enlevé tant de choses ? Il devient une victime aux yeux de tous à son insu, et je ne suis pas sûre que l’apprendre l’emplirai de joie.

Et pourtant, il n’est jamais pris en pitié. Parce qu’en étant persécuté, il oblige les autres à se transformer en martyrs eux-mêmes. Il occupe deux rôles bien distincts, mais qui chez lui, ne semblent pas aller l’un sans l’autre.
Le blanc, le noir.
Le bien, le mal.
L’ange, le démon.
Une nouvelle fois, je ne sais différencier l’un de l’autre. Il change tellement d’attitude, et en si peu de temps, que parfois je me demande si le mot schizophrène n’a pas été spécialement inventé pour lui. Mais peu importe.
Peu importe puisque de toute façon, plus j’y pense, et plus les questions fusent sans l’once d’une réponse.
Ange à corne. Diable à auréole. Ce type est un oxymore à lui tout seul.


















Et j'adore cette histoire!