
Tess se renfrogne et baisse la tête. Quelque chose d’autre que je déteste chez elle… Sa constante façon de s’écraser face aux autres… N’est-elle pas capable de tenir tête à qui que ce soit ? Faible et méprisable. Ma sœur jumelle est faible et méprisable.
Jake croise soudain les bras et me foudroie du regard.
- Tu peux arrêter d’être aussi agressive ?! Cingle-t-il alors.
C’est à mon tour de le détailler. Pour qui se prend-t-il ?
- Ne te mêle pas de choses qui ne te concernent pas, et laisse ça entre elle et moi ! Je lui crache tel un venin mortel.

Il hausse les épaules, me dévisage d’un œil morne, et passe sa main dans le haut du dos de Tess pour l’inciter à le suivre. Je crois que je viens de comprendre la technique pour l’obliger à me laisser tranquille : me conduire de la manière la plus imbuvable qui soit. Et bien soit, je me transformerai en un Andreas au féminin, si c’est la seule façon d’être tranquille…
Lourdement, je me laisse tomber sur le canapé. Je suis fatiguée. Fatiguée de ne pas savoir qui je suis, et d’hésiter sans arrêt sur mes sentiments.

J’en ai marre de laisser un jeune homme blond accaparer mes pensées jour et nuit, marre d’être dépendante depuis le premier jour…
Je veux vivre et aimer ça, je ne demande rien d’autre. En quoi ce désir est-il compliqué ?
Pourquoi suis-je incapable de tirer un trait sur le passé ? Je ne sais pas vraiment…
De toute façon, il n‘y a plus rien dont je suis sûre…
Bien sûr, il y a une personne que je ne peux me résoudre à oublier. Tout simplement si je le faisais, je vivrais en coupable toute ma vie, brisée à jamais de l’avoir abandonné… Voilà ce qui m’empêche de tourner la page.
Mon ange. Mon éternel ange…
Mais quand, mon Dieu, quand pourrai-je le voir à nouveau ? M’assurer qu’il va bien ? Constater que notre séparation ne lui a rien coûté…

Une soudaine vague de désespoir s’abat sur moi sans états d’âme. Ai-je fait les bons choix ? Si non, qu’adviendra-t-il de lui, de moi, de nous… ?
Encore une fois, j’ai peur. Et cela me ronge.
Effrayée de tout, incapable de faire face. Je ne m’accorde aucune estime, puisque je ne le mérite pas.
La vie des gens de mon entourage serait tellement plus simple, sans moi… Et pourtant, je n’ai aucune envie de me retirer.
Parce que je suis habitée d’une pointe d’égoïsme, et que j’aime la vie plus que tout.
Oui, je suis égoïste… Mais n’est-ce pas l’un des sentiments les plus humains qui soient ?
Je ne suis pas dotée de pouvoir extraordinaire, je me contente de vivre dans les limites de mes possibilités. C’est le cas de tant de monde… Alors pourquoi pas moi ?
Des millions de personnes vivent heureux sur cette terre, alors pourquoi pas moi ?
Oui, mais des millions de personnes vivent dans la misère sur cette terre, alors…
Pourquoi pas moi ?
















