
Lyra
Jake me regarde quelques instants, debout, les bras ballant de part et d’autre de son corps. Son regard traduit une pointe de déception que je tente d’ignorer. Il a l’air de sérieusement m’en vouloir…
Mais est-ce réellement ma faute si depuis quelques jours, la simple idée de sortir me paralyse entièrement ? Si je me sens oppressée dès que le mot soirée revient sur le tapis ? J’ai perdu une bonne partie de ma confiance il y a trois nuits de cela. Elle va revenir, pour sûr. Mais d’abord, je veux m’isoler. Moi qui raffole de la nuit, me voilà en train de la fuir !
Mais la peur ne se contrôle malheureusement pas, même s’il faut parfois apprendre à la surmonter. Seulement pour l’instant, je n’ai plus envie de me battre.
La phobie des hommes qui m’avait assaillie pendant quelques mois plusieurs années auparavant est de retour… Mais en plus complexe. Je suis à présent effrayée par eux, en même temps qu’attirée. Comme s’ils étaient un danger auquel je suis aimantée.
Je soupire, lasse, attendant que le jeune homme
brun qui se tient devant moi dise quelque chose. Et apparemment, il
espère la même chose de ma part.

Quoi de plus stupides que deux personnes qui se fixent mutuellement, patientant jusqu’à ce que l’autre ouvre la bouche ? Pas grand-chose, je dois l’avouer…
Je commence à me sentir gênée. Va-t-il rester là jusqu’à ce que je capitule et accepte de partir avec lui rejoindre les autres ? Si c’est le cas, il va attendre toute la nuit, car je ne bougerai pas d’ici…
La porte s’ouvre soudainement, et Tess sort de la chambre. Constatant notre inactivité, elle s’arrête et nous interroge silencieusement du regard.
- Elle ne vient pas, soupire alors Jake.
Je lève les yeux au ciel. Sa façon
d’annoncer cela comme s’il s’agissait d’une
fatalité m’exaspère au plus haut point. Je
n’ai pas l’impression que ma présence soit si
indispensable que ça, et d’ailleurs elle ne
l’est pas. Je sais bien qu’il insiste tant pour me
redonner confiance, et je l’en remercie, cependant il ne sait
pas s’arrêter. Mes limites sont atteintes depuis cinq
bonnes minutes. Je secoue la tête une nouvelle en fois, en
guise d’un énième refus.

- Tu devrais, me lança timidement Tess. Tu… Tu vas finir par avoir peur de tout… Et puis, il y aura Andreas…
- Et alors ? Je lui aboie littéralement
dessus. Andreas va passer sa soirée à sauter Camilla,
et basta ! Ne me dis pas ce que je dois faire ou non !

Depuis quelques jours, également, ma haine envers ma sœur est redevenue aussi forte qu’avant. Je la déteste. Le simple fait de la voir me donne d’horribles nausées que je me force à contrôler. Je ne supporte pas cette constante expression de sainte nitouche qu’elle porte sur son visage, comme une petite fille sage…
Elle est pourtant si peu innocente…












