
Au bout de quelques minutes, Lesley jette un coup d’œil à sa montre.
- Oh, merde ! S’exclame-t-elle, il faut que je file !
Je la regarde, intrigué.
- Mais tu n’avais pas dit que tu avais une journée tranquille aujourd’hui ?
- Si… Mais Camilla m’a appelée ce matin, et apparemment ils ont besoin de moi au studio… Je suis vraiment désolée, je dois filer.

Son embarras est évident, et je m’oblige à la laisser filer. Je ne peux pas lui en vouloir d’avoir du travail… Je ne peux pas lui en vouloir de souvent le faire passer avant moi… Si, justement, à propos de ça, je peux lui en vouloir. Mais je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas, ca à chaque fois que je vois son visage, je suis pris d’une vague de tendresse qui rend tout énervement quasi-impossible. Quasi… Parce qu’une pointe d’amertume s’empare tout de même de moi lorsque j’affronte la réalité. Elle me délaisse.
Résigné, je pousse un soupir, et tourne la tête vers mon seul compagnon, à présent. Étrangement, je lui trouve pas ce sourire de satisfaction que j’étais certain d’apercevoir sur ses lèvres. Il semble perdu dans ses pensées.

Ses sourcils légèrement froncés lui donnent un air sérieux, cassant l’éternelle image du jeune homme enjoué que j’ai de lui. Un léger pli se forme sur son front, et ses yeux ont une expression grave. Intrigué, je tente de trouver une façon élégante de lui demander ce qui ne va pas. Seulement, il relève les yeux à cet instant précis, et aussitôt, toute trace de crispation s’évaporent de ses traits, aussi soudainement qu’elles étaient venues. Un peu déconcerté, je choisi de fixer le mur en face de moi avec une intensité démesurée.
J’entends un petit ricanement venant de l’endroit ou Matthias est assis, et je ferme les yeux, me bornant à ignorer sa présence.

Malheureusement, c’est impossible. Cédant à la tentation, je tourne la tête vers lui, et cette fois, il arbore le fameux sourire tant redouté. Il pense avoir gagné, ce qui est bien loin d’être le cas.
J’ai comme l’impression qu’il me considère comme un simple trophée, et c’est fortement déplaisant.
- Je te sentirais crispé, Kendall ? Ironise le nabot à côté de moi.
- Pas le moins du monde, je réponds d’un ton que je veux assuré.
Il s’esclaffe sans retenue avant de se lever doucement et de s’approcher de la place vacante à côté de moi. Je serre les poings. S’il ose s’asseoir, il va en recevoir un en pleine gueule, tant pis s’il y a des suites judiciaires, j’en assumerai pleinement les conséquences. Non, je ne suis absolument pas pour la violence gratuite, pourquoi ?












