
J’entends que la porte d’entrée s’ouvre, tandis que je soupire à nouveau. Pour une fois, la maison est libre. Et pourtant, cela semble importer peu à Lesley, puisqu’à cet instant même, elle s’occupe de notre visiteur qui m’est encore inconnu.
Oui, j’aurais préféré que nous agissions en deux amoureux égoïstes, se foutant de tout ce qu’il peut se passer autour de nous, ne prêtant garde qu’à nos baisers et nos caresses. Mais je suis le seul à l’entendre de cette oreille. Je m’incline.
- Ah Matthias, parvient la voix de Lesley à mes oreilles, comment tu vas ?

Je ferme les yeux et ne préfère même pas entendre ce que le jeune homme lui répond. Il ne maquait plus que lui ! Pourquoi, pourquoi apparait-il toujours aux moments où je me pose le plus de questions ? Ce type a le don pour m’embrouiller l’esprit, ce n’est pas possible !
L’instant que je redoute le plus arrive, ils passent tous deux la porte, le garçon brun arborant un sourire étrangement malicieux. Je serre les dents, et ignore ma forte envie de l’envoyer balader royalement. Ce n’est pas le moment de créer un drame. Lesley l’invite à prendre place sur l’un des fauteuils, tandis qu’elle s’assied sagement à côté de moi. Je passe mon bras autour de mon épaule et prend sa main. Au moins, elle se laisse faire…

Je me sens soudain étrange. Une question involontaire assaille mon esprit. Suis-je en train d’agir par amour ou de provoquer Matt ?
Je secoue la tête. Bien sûr que j’agis par tendresse, quoi d’autre ? Ce genre de questions ne devraient même pas le traverser l’esprit… Ce n’est pas de ma faute si ce diable me fait douter sans arrêt… Il a une façon de me regarder…Lorsque ses yeux gris emprisonnent les miens, je manque d’en oublier mon nom. Il a une espèce de lueur dans le regard… Si assurée, si pétillante…

Je ferme brusquement les paupières et tourne vivement la tête vers Lesley, et contemple son visage aux traits doux. J’inspire longuement le parfum de ses cheveux blonds que je connais par cœur, je m’en imprègne jusqu’à ne plus me souvenir d’aucune autre senteur que celle-ci…
Je suis tiraillé. Horriblement tiraillé.
Les deux objets de mes tourments discutent, eux, innocemment. Ma petite amie est bien loin de se douter de ce qu’il se passe, quant à Matthias, il est assez intelligent pour se la fermer devant elle.
Mon après-midi romantique est bel et bien foutue… Que de joie en ce bas monde !

Lesley semble remarquer ma gêne impromptue et fronce les sourcils alors que je la rassure de mon habituel regard qui traduit un parfait « Je vais bien, ça va passer. Je t’aime. »
Elle sourit alors et exerce une légère pression sur ma main en guise de soutient, car elle sait que je mens à moitié, que quelque chose me perturbe. Nous nous passons de mots, les gestes et les regards peuvent suffire. Non, décidément, nos problèmes ne sont rien, de simples légers tourments passagers.















