
Jake ne s’est même pas levé pour aller faire un café, et j’en déduis qu’il a passé une nuit blanche tout entière, et aussi qu’il ne doit plus en avoir l’habitude.
L’ancien fêtard perd la main, il sera bientôt bon à jeter aux ordures.
Je m’amuse à le taquiner alors qu’il me répond à peine. Décidément, il est bien inactif lorsqu’il n’a pas eu ses quatorze heures de sommeil, ce pauvre petit bout de chou.
Le garçon blond débarque dans la pièce, l’air exaspéré et lance d’un ton brut ;
- Jake, toi et moi, manager, maison de disque, tout de suite.

Le brun lève la tête vers son meilleur ami au moins trente bonnes secondes après qu’il lui ait adressé ces mots, alors que je me moque d’une voix narquoise :
- Bénis sois-tu, ô, Andreas, toi et tes phrases si claires et structurées.
Il lève les yeux au ciel, énervé par ma réaction, et rétorque tu tac au tac :
- Tu me casses les couilles, le rouquin. D’ailleurs, pourquoi t’es aussi joyeux, toi ? T’es pas censé souffrir le martyr après le retour de ta chienne là ?
C’est bien bas, ça, Andreas. C’est bien bas, d’autant plus qu’il semble réellement se foutre de ce que je ressens…

Est-ce vraiment une amitié que nous entretenons ? Oui. Parce que bien qu’il ne semble pas le mériter à première vu, il bénéficie de mon respect le plus total. Je dois bien avouer que ce n’est pas toujours évident, mais c’est la pure vérité. Nous sommes amis.
Seulement, je pense que d’après lui les femmes ne sont pas une réelle cause de souffrance. Je crois que je comprends pourquoi. N’ayant cessé de payer avec sa mère, il a fait des jouets de toutes les filles qui s’approchaient de lui avant même de les laisser se rendre compte de quoi que ce soir.
Je ne me laisse plus vraiment atteindre par les sarcasmes du jeune homme. Ils me peinent toujours, mais pour lui. Parce qu’il doit vraiment avoir mal pour se sentir obligé de nous faire payer. Il doit vraiment souffrir, pour penser être au dessus de tout.
- La ferme, je rétorque. Mais dis-moi, j’ai entendu dire que tu avais joué les chevaliers servants auprès de Lyra, il n’y a pas si longtemps… T’es son ange gardien, ou quoi ?

Andreas esquisse un sourire. Il n’est pas touché. Évidemment, qu’il n’est pas touché, puisque rien ne l’atteint. Il faudrait que j’arrête de vouloir le déstabiliser, c’est peine perdue.
Camilla se rapproche de son amant, l’air abattu. Elle a entendu ce que je viens de dire, et je sais qu’elle bouillonne de jalousie en cet instant même. Je peux la comprendre.
Les deux jeunes gens sont souvent ensembles. Très souvent, même. De plus il y a quelque chose dont je suis certain d’être l’un des seuls à avoir remarqué. Dès que Lyra est dans les parages, ou que son prénom entre en scène, brusquement, le jeune homme blond refuse toute étreinte, caresse ou baiser de la part de sa meilleure amie.
- Qu’est-ce qu’il se passe avec Lyra ? Demande celle-ci.
- Lâche-moi, Cam ! Lance-t-il. Bon, Jake dépêche-toi d’aller t’habiller, on doit être à la maison de disque dans une demie heure. Clint, si tu veux rester ici, c’est comme tu veux, Camilla reste là jusqu’à mon retour. Hein, Cam, tu ne bouge pas, d’accord ? Sinon la maison serait sans surveillance, vu qu’on a paumé le double des clés et que Matt les a prises…

- Oui, oui, abdique-t-elle avant même qu’il n’ait fini d’argumenter.
Dévouée, entièrement dévouée. Tellement que ça fait peur. S’en rend-t-il compte ? Je n’en ai aucune idée, et préfère ne rien savoir.
















