
Andreas tient fermement Camilla par la taille, et l’embrasse de manière lente et sensuelle. Elle ferme les yeux, et les rouvre dès qu’il libère ses lèvres pour ne pas le quitter du regard. Je crois que jamais je n’ai vu une femme amoureuse au point de ne pas voir à quel point les gestes du jeune homme sont mécaniques. J’éprouve même de la peine pour elle. J’aime bien Camilla, beaucoup même. Elle est attachante, débordante de gentillesse et intelligente. Pourtant dès qu’elle se retrouve confrontée à son éternel amant, elle devient stupide. A croire qu’elle ne vit que pour lui.
Andreas se sert d’elle sans le faire. Il tient à elle et ne veut pas la blesser, mais il l’utilise à chaque fois qu’il veut satisfaire ses besoins. A quoi joue-t-il ?

Le couple occasionnel continue ses baisers, bien que le garçon, lui, m’ait remarqué, ce qui n’est absolument pas le cas de Camilla. Elle est bien trop occupée à s’imprégner de son compagnon.
Jake pousse un léger soupir blasé en passant devant eux, et Andreas lui administre un doigt d’honneur magistral et bien peu discret qui nous fait pouffer de rire.

Je m’assieds à la table en face du jeune homme brun, cherchant le troisième colocataire des yeux.
- Matthias n’est pas là ? Je demande, voyant qu’il ne figure nulle-part.
- Non, répond mon ami. Partit chez Kendall, il me semble.
Nous avons tous deux saisis le lourd sous entendu qu’implique cette phrase. Matt et Kendall… Le sujet de conversation qui pourrait durer des heures si nous le souhaitons. Cependant, aujourd’hui je ne désire pas débattre sur ces deux là.
Aujourd’hui, je voudrais même que la notion d’amour n’existe pas. Ca m’éviterait de me torturer. Je hais tellement cette émotion que j’en viens à remettre en question la nature même de l’homme. Notre existence est-elle réellement uniquement fondée sur les relations humaines ? N’y a-t-il pas un seul autre moyen de vivre tout en évitant des relations susceptibles de nous détruire comme de vulgaires châteaux de sables ?
Eparpillé aux quatre vents à cause de l’attachement. Quelle réjouissante perspective.

J’entends Jake me demander si je suis venu pour quelque chose de spécial. Je réponds que non. A vrai dire, je ne sais même pas moi-même ce qui m’a conduit ici… Sans doute parce que mon meilleur ami était l’un des locataires, bien qu’il ne soit pas là… Cependant, son absence ne me pèse pas, et je ne regrette pas d’être assis à cette table. Sans doute ais-je plus besoin de compagnie que de Matthias lui-même, ce matin. Brusquement, je me mets à penser à une amie avec qui je passerais bien l’après midi si elle n’était pas occupée je ne sais ou. Lyra. Quand j’y pense, je suis à la limite de l’étouffement, tant j’en ris, cependant je dois reconnaître que nous devenons bons amis. Je ne sais toujours rien du mystère qu’il s’obstine à flotter autour d’elle, mais le fait est que nos mentalités ne sont pas si différentes l’une de l’autre. Nous nous torturons nous-mêmes dans nos esprits, persécutons la personne responsable de notre amertume, et nous renfermons le reste du temps, nous refusant à parler de nos soucis. C’est un fonctionnement bien simple, que certains ne parviennent pourtant toujours pas à comprendre.

















