
Quelques minutes plus tard, j’arrive devant un studio de belle taille, et me gare juste à côté d’une autre voiture garé en travers. Celle de Matthias, sans doute.
Je claque ma portière, las. Le visage d’Emily est ancré dans ma mémoire, et quoi que je fasse, il ne veut pas partir. A chaque pas que je fais, il se dessine avec un peu plus de netteté, si c’est possible. Je sens presque son odeur, et la chaleur de son corps contre moi lorsque nous nous enlacions, le soir, elle et moi, coupés du reste du monde…

Ou plutôt, coupés du reste de leur monde. Nous, nous étions dans le notre. Une bulle de bonheur véritable qui a explosé le jour de son départ.
Elle a provoqué la haine que je lui porte, alors pourquoi est-ce que j’en arrive presque à me sentir coupable ?! Merde…
Quelque chose est absolument et catégoriquement indéniable. Elle exerce encore une putain d’emprise sur moi. Et elle ne devrait pas.
Tout à l’heure, elle s’est jetée dans mes bras, et je l’ai repoussée. Pas parce qu’elle m’a dégoûtée, pas parce que son contact me répugnait… Parce qu’elle m’a rendu fou. Complètement fou. Et je m’y refuse.

Je veux, et je dois me sevrer d’elle. Être capable de me tenir près d’elle en me contentant de la détester, et rien d’autre. Ne pas avoir envie de craquer à chaque fois qu’elle se trouve un peu trop près, ou qu’elle me regarde un peu trop intensément… Rien de tout ça, rien.
Comment est-ce qu’une femme peut-elle semer autant de trouble chez moi ? Tout aurait été tellement plus simple si elle n’était pas partie ainsi, s’évaporant dans la nature, partant quelque part où je n’avais jamais pu la retrouver…
Ou même mieux, qu’elle n’ait jamais existé. Un monde sans elle aurait pu être un monde parfait.
Un monde sans elle aurait pu être un enfer parfait.
Je secoue la tête. C’est en n’arrêtant pas de penser à elle que je n’arriverai jamais à l’oublier.

Je frappe à la porte, et l’on vient m’ouvrir immédiatement.
La porte me révèle Jake, encore en pyjama, l’air complètement sonné. J’éclate de rire à gorge déployée en le voyant mettre au moins deux minutes avant de m’identifier. Il est pourtant presque midi.
- J’en connais un qui n’a pas beaucoup dormi ! Je me moque.
- Mm, qui donc ? Fait-il semblant de ne pas comprendre avec un sourire. Non mais arrête, les deux autres s’en sont donnés à cœur joie, hier soir, leur cris m’ont empêchés de dormir !
- Les deux autres ? Je m’intrigue. Qui ?
- Les deux meilleurs amis qui baisent plus ensemble que ne le font les couples officiels, hausse les épaules Jake avant de s’effacer pour me laisser entrer.
Tout s’éclaire à présent. Je pénètre dans le salon, pour y trouver deux silhouettes familières collées l’une à l’autre.
















