
Je ne sais pas exactement où je suis ni où je vais, mais je me rappelle le chemin que j’ai emprunté pour arriver ici, et je sais que je n’ai qu’à revenir sur mes pas pour retrouver ma route. Donc je n’ai pas peur le moins du monde.
J’aimerai vivre la nuit. J’aime ça.
Je me sens bien dans l’obscurité, lorsque le silence est roi. Je suis une créature de l’ombre.
Et je le revendique. Petite, j’avais peur du noir, maintenant, j’ai presque tendance à être effrayée par la lumière. Comme ci celle-ci révélait ma personnalité toute entière aux yeux de tous, comme une mise à nue.

L’endroit où je suis me semble désert, et je décide de m’allonger juste sur le bord de la route. Ce n’est pas dangereux, et puis si une voiture arrivait, je l’entendrais.
Le temps passe, lentement, rapidement, je ne sais pas. Il passe, et j’attends. Ce n’est pas désagréable, et je commence à me dire que je devrais m’isoler plus souvent, le soir. Peut-être cela m’aiderait-il à faire plus souvent le vide, à me détendre… Car c’est ce dont j’ai besoin.
Mais trop de problèmes m’assaillent de tous les côtés. En tête de la liste, maintenant que j’y pense, l’argent.

A sec, complètement à sec, telle est ma situation financière. Il serait temps que je me trouve un travail… Ou que je recommence quelque chose d’immoral.
Nouveau problème ; je suis en rupture de marchandise. Le peu de drogue qu’il me restait de mes quelques années passées à Londres, je l’ai revendu quelques mois plus tôt. Je n’y ai jamais touché, je la revends. Je ne suis pas fière, sans pour autant être accablée par un insupportable sentiment de honte.
A la guerre comme à la guerre, pour vivre, on fait comme on peut.
Mais de toute façon, je n’ai pas envie de recommencer ça. Ce serait me rattacher à la vie que j’ai mené depuis que j’ai quitté la maison familiale, chose à laquelle je ne tiens absolument pas. Un boulot, un vrai, il va falloir que je me débrouille.
La vraie vie commence, à moi d’y faire face.

Tout d’un coup, au loin, j’entends le bruit des roues d’une voiture contre le gravier. Je me relève en quatrième vitesse, constatant que le véhicule ne prend pas non plus la peine d’aller lentement. En quelques secondes, deux phrases m’aveuglent d’une lumière blanche insupportable.
J’attends qu’il passe pour reprendre ma position, cependant, je me rends compte qu’il ralentit, jusqu’à s’arrêter complètement.
Brusquement, mon cœur se met à battre la chamade. Je suis seule, en plein milieu de la nuit.

S’il m’arrive quelque chose rien ni personne ne peut m’aider.
Je tente de me décontracter en riant de moi-même. Moi et ma tendance à voir le mal partout…
N’empêche, quelqu’un vient tout juste de s’arrêter à mon niveau, et mon instinct de survie me crie de prendre mes jambes à mon cou.
J’entends le bruit d’une vitre qui se baisse grâce à un système automatique.












