
– J’ai besoin d’argent, lance Elizabeth sans oser regarder son fils.
Elle n’a pas honte de lui demander ça, non. Seulement, elle a peur de lire du refus dans les iris noirs du garçon insensible. D’ailleurs, elle l’entend rire. La femme se mord les lèvres. Il va se faire un plaisir de refuser, ce minable.
- Le père milliardaire de tes trois autres enfants serait-il parti sans rien te laisser ? Lance-t-il toujours en ricanant.
Comment diable fait ce gosse pour faire tellement mal à travers de simples mots ? A l’aide de cette phrase lourde de sous entendus, il vient de lui rappeler sa propre bassesse, qu’elle se borgne pourtant à ignorer. Il est démoniaque, c’est la seule explication. Il est venu au monde pour la faire souffrir, et elle a eu beau lui faire payer ce rôle de messager du diable, il n’a jamais changé.

- J’ai besoin d’argent, répète-t-elle. Je sais que tu en as, ne me mens pas… Ton groupe a du succès.
Andreas tourne la tête vers sa mère, et la gratifie d’un regard consterné et amusé à la fois. Un léger sourire vient animer ses lèvres, un sourire qui ne traduit pas la moindre trace de joie.
- Tiens, aujourd’hui ça t’arrange d’avoir un fils musicien, lance-t-il d’une voix emprunte d’une cruauté accablante. Je ne suis plus l’éternel raté hein… salope…
Cette phrase, elle vient du cœur. Ce dernier mot, cette insulte qui n’a pas vraiment une grande importance tant elle a été proférée par lui, elle vient de prendre une signification monstrueuse.

Il tente de lui faire payer la haine qu’elle éprouve envers lui. Pourtant, lui aussi la déteste… Non, ce n’est pas vrai. Elle l’indiffère. Il s’est détaché de cette femme qui n’a rien fait d’autre que lui donner la vie. Cette vie qu’il maudit.
- Si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Cloe, argumente-t-elle sans prendre la peine de répondre. Elle a besoin de toi…
Le jeune homme serre les poings. Sa mère connaît sa faille. Et elle s’en sert. Si forte était la tentation de prendre sa toute petite sœur pour l’emmener vivre avec lui, loin de cette diablesse aux faux airs désespérés ! Mais il ne peut pas. Il ne peut pas, parce qu’aussi pénible était-ce à réaliser, il sait qu’il serait dix fois pire. Camé du matin au soir. Un autre homme, du matin au soir. Oui, même sa mère vaut mieux.

















