
L’attitude réticente de son ami crève pratiquement les yeux à Jake. Celui-ci se demande d’ailleurs quand est-ce que le jeune homme blond se décidera-t-il à parler, n’ayant pas décroché un mot depuis qu’ils sont partis. Il n’ose cependant pas troubler ce silence qui s’est installé d’un accord commun entre eux, et qui n’a absolument rien de froid ou de tendu. Il a même quelque chose d’apaisant, ce qui est rare
Soudainement, Andreas s’arrête, les yeux dans le vague. Jake met quelques instants à s’en rendre compte, et se retourne quelques mètres plus loin, croisant les bras. Il contemple son meilleur ami qui lui ne semble même pas se rendre compte qu’il est fixé. Il est perdu dans ses pensées, et dans sa propre obstination. Le jeune homme brun émet un raclement de gorge, et son compagnon à l’allure angélique se borne enfin à lever le regard vers lui.
- Tu as intérêt à ne pas te défiler, le prévient enfin Jake. Je ne t’ai pas accompagné jusqu’ici pour rebrousser chemin.

Le concerné ne répond pas, se contente de soupirer avant de se remettre à avancer. De toute façon, il le doit, il est trop tard maintenant.
Alors ils s’enferment à nouveau dans ce silence si plaisant. La personnalité de Jake a toujours eu un semblant d’emprise sur Andreas, lorsque celui-ci se trouvait dans une situation qui l’angoissait. Son ami a la faculté de l’aider à se calmer, ne serait-ce qu’un tantinet.
De nature calme, presque réservé, il surprend parfois les gens de voir que deux jeunes hommes tellement opposés partagent une amitié si forte. Pourtant, Jake est loin d’être effacé par rapport à son meilleur ami.

Comme dirait ce dernier, ils ont simplement une manière différente de voir les choses. De voir la vie.
Oui, une manière très différente, même. Jake la vénère, Andreas la maudit. Parce que sa naissance n’a jamais rien apporté de bon. Il sait pertinemment qu’il sème le trouble et la tempête partout ou il passe. Il sait qu’il détruit le peu de personnes qui ne comptent ne serait-ce qu’une demie seconde pour lui.
Comme Camilla, par exemple. Il n’arrive pas à se sentir honteux, puisque c’est le but de son existence ; faire souffrir. Du moins, c’est ce qu’il a toujours interprété.

Il blesse Clint, il blesse Drake, Jeffer, Sheldon, et même Jake. Ce n’est même plus volontaire, il n’a pas besoin de se forcer. Il n’est qu’un monstre, une machine humaine, destinée à tuer.
Il a parfaitement conscience de l’effet qu’il produit chez les femmes, chez Lyra surtout. Oh, oui, il s’en est rendu compte ! Mais il voit aussi qu’elle est différente des autres ; elle ne se laisse pas tomber dans ses bras comme une mouche, elle fait tout pour résister. Elle est déjà dépendante, mais tente de se détacher. Elle essaye de voir au-delà de sa beauté, elle tente de comprendre cette souffrance qu’il porte dans ses yeux. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que cette souffrance est morte. Il ne ressent plus rien depuis longtemps. Mais la douleur s’accroche pour refléter le résultat qu’elle a créé ; un homme détruit. Oui, c’est ça.
Andreas Young, icône de l’homme détruit par excellence.



















