
– Andreas ? Lance-t-elle soudainement.
- Oui ? Répond-t-il en faisant vivement volte face.
Elle se lève et s’avance vers lui de quelques pas, et je le vois la reluquer sans retenue. Un sourire appréciateur anime ses lèvres. Ma sœur se poste devant lui, s’appuyant plus sur sa hanche droite que gauche, et lève la tête vers lui.
- Est-ce que tu es prêt à passer un sale quart d’heure ?
Il explose de rire, et moi-même je ne peux m’empêcher de l’imiter. Lyra se rend complètement ridicule ; si elle pense avoir un quelconque pouvoir sur lui, elle se met le doigt dans l’œil jusqu’au coude.
Elle attend patiemment que cette crise de rire soit finie et continue d’un ton léger ;
- Je ne parlais pas de moi, et je sais très bien que tu vas t’en foutre complètement, n’empêche que j’en connais une qui va pas te rater quand elle va te voir…

A cet instant, une porte d’ouvre, et Camilla déboule dans la pièce, et reste figée devant son meilleur ami. Ses lèvres sont légèrement entrouvertes tandis que ses yeux s’emplissent d’éclairs, et qu’elle parcourt la distance qui la sépare d’Andreas à grands pas, et le gifle avec une force insoupçonnée. Il ne vacille pas, ne cligne pas des yeux, même, il sourit. Ce type est masochiste, c’est la seule explication.
- Qu’est-ce que tu fous là ? L’agresse-t-elle. Tu ne devrais pas être ici, imagine que…
- Je suis entier, lui coupe-t-il la parole froidement, entier, en bonne santé, et même pas défoncé ! Profites-en, c’est pas souvent, ajoute-t-il en imitant à la perfection ce que l’on pourrait appeler un rire sincère.
Sauf qu’il ne l’est pas. A cet instant, Camilla se déchaîne l’assaille de tapes sur les épaules, lui hurle dessus à la manière d’une hystérique. Ils s’enferment dans sa chambre, et la dispute continue. La jeune fille se met dans tous ses états, et pas une seule fois on ne peut entendre Andreas répliquer. C’est sans doute cela qui la fait crier encore plus.
Je lance un regard en coin à Lyra qui arbore un sourire moqueur. Elle sait aussi bien que moi que cet accrochage n’aura jamais aucune répercussion sur le comportement du jeune homme, cependant, elle est sans doute celle qu’il écoutera le plus.

Tout à coup, la voix de Camilla s’éteint. Un long silence se prolonge, atteint les cinq ou six minutes. Drake a également arrêté de jouer, et nous lance un regard intrigué.
Puis, le sourire de Lyra se fige, avant de fondre et disparaître comme glace au soleil. Je tends l’oreille, et entends à mon tour.
A présent, ce sont des soupirs et des gémissements que Camilla produit. Une nouvelle fois, je ne peux pas m’empêcher de rire. Andreas commence à la faire monter au septième ciel après seulement cinq minutes. Ce type est un phénomène.
Mais cela arrive tellement souvent que nous ne sommes même plus choqués ou surpris.
- Ce serait quand même bien que tu ne transformes pas en baisodrome chaque endroit ou tu fous les pieds !Je crie à son adresse.

Pour toute réponse, un râle de plaisir parvient à mes oreilles. Andreas prend son pied aussi, apparemment.
Brusquement, Lyra se lève. Ses traits ne trahissent aucune colère, mais son pas raide traduit une crispation dont je ne mets pas longtemps à cerner les origines. Je soupire. J’avais espéré qu’elle fasse preuve d’intelligence, et qu’elle ne lui tombe pas dans les bras… J’avais eu tort. Face à lui, elle est aussi démunie que les autres. Il sait comment les utiliser, toutes, les manipuler, jouer avec leur nerfs jusqu’à les faire craquer. C’est un jeu, sa seule distraction en dehors de la musique. Comme un gamin. Un gamin brisé qui pleure sans cesse, mais qui est tellement las de n’être point écouté qu’il choisit de faire payer sa souffrance aux autres. Et il s’amuse. Finalement, je cerne plus le personnage que ce que je ne le pensais. Dans un sens…












