
Kendall
Deuxième sonnerie depuis huit heures du matin. La première visite ayant été effectuée par nul autre que ma sœur la plus hyperactive, j’ose espérer naïvement que la dépressive vient à présent calmer le jeu. Mes amis trouvent souvent mes propos cruels envers Tess et Lyra. Seulement, ils n’ont pas la malédiction – et à la fois bénédiction - d’être leur frère. Je les aime, certes, mais bon sang leur éternelle querelle me tape vraiment sur le système. Bien sûr, ce n’est même pas la peine de leur demander de me laisser en dehors de tout cela ; pour ce faire, encore faudrait-il connaître l’histoire entière.
Moi-même, je ne la connais pas. Lyra ne nous a pas fait l’honneur de nous la raconter.
Et je n’arrive pas à lui en vouloir, étrangement. Parce que pour devenir aussi renfermée, elle avait du vivre quelque chose de perturbant. Sans doute plus que ce que Tess ou moi nous imaginons.

Savoir cela me rend mal à l’aise, et doucement mais sûrement, un insupportable sentiment d’impuissance s’infiltre en moi pour prendre possession de mes membres, de mes tripes, et pour finir, de mon esprit. C’est comme si, minute par minute, j’étais victime d’une paralysie irréversible. Cette paralysie s’applique à moi parce que je me sens coupable de n’avoir rien vu venir, d’avoir agi trop égoïstement pour me rendre compte du malaise qui s’était emparé d’elle la nuit du trois septembre, un malaise qui allait bien au-delà de la mort de notre mère.
Je chasse de mon esprit ces pensées à l’arrière-goût de déjà-vu, puisqu’elles accaparent mon esprit presque vingt quatre heures sur vingt quatre, et ouvre la porte.

Devant moi se tient un jeune homme d’environ mon âge, peut-être un peu plus jeune, aux cheveux d’un blond très pale, et à la peau livide. Il braque sur moi ses iris d’un noir encre, icône même de l’agressivité. Tout, dans sa manière d’être, de sa posture jusqu’à sa façon de respirer lui donne une apparence de prédateur.
Et ce jeune homme ne devrait pas se trouver là.
Ma main reste stupidement accrochée à la poignée alors que la porte est grande ouverte. Je regarde Andreas avec une expression ébahie, un sourcil relevé.
- T’as vu un cadavre ? Lance-t-il en guise de bonjour. Bon allez, laisse-moi entrer ou on va me voir !
Je m’écarte comme un stupide robot. Non pas que je sois incapable de lui refuser quoi que ce soit, seulement sa conduite me sidère trop pour que je ne puisse réagir correctement. Qu’est-ce qu’il fout ici ?
- T’es pas censé être là ! Je vocifère, me reprenant un peu.














aaah nos auteurs chéries vous nous étonnerez toujours