
Lyra pousse un soupir un peu las et observe la pièce, comme si elle voulait en mémoriser les moindres détails. Puis, elle m’observe attentivement, son regard s’attarde sur mon visage, je le sens s’attarder sur mon front, parcourir le prolongement de ma mâchoire, pour enfin se braquer dans mes iris. Je fronce de plus en plus les sourcils, plus perdu que jamais.
Puis, elle détourne la tête aussi facilement qu’elle avait commencé cet examen, et déclare :
- Cette maison te ressemble. Ca à l’air simple, joli à première vue, assez calme, mais finalement, hyper glacial. C’est l’exacte image que tu donnes de toi.

J’ouvre la bouche pour formuler quelques paroles qui se borne à ne pas sortir, un peu dérouté par cette remarque inattendue. Je serre mes lèvres l’une contre l’autre pour les desserrer, et entreprendre l’exploit de bégayer royalement.
- Je… Euh… tu… Ca te prends souvent de faire des discours philosophiques à quatre heures de l‘après-midi, toi ?!
Je tente un humour plutôt désastreux qui évidemment ne remporte aucun succès. Pire, le regard de ma colocataire se fait de plus en plus oppressant et inquisiteur.
- Qu’est-ce qu’il t’es arrivé, Clint ? Me demande-t-elle d’une voix si basse qu’elle n’en est plus qu’un murmure.
- Et toi ? J’élude, presque instinctivement.

Ses traits perdent le peu de convivialité que j’avais réussi à lui faire gagner. Aussi nettement qu’un bout de bois qui se casse, son visage se fige et se durcit. Comme si quelque chose se brisait.
- Je t’ai demandé la première, rétorque-t-elle d’une voix sèche.
Je pince les lèvres, et me renfrogne de la même façon. Elle ne veut pas dire son secret et je ne compte pas parler du mien une seule seconde. Deux anges déchus tels que nous doivent comprendre les réticences de l’autre à révéler sa source de souffrance première.
- Ca ne te regarde absolument pas, et quand bien même ça serait le cas, tu n’en saurais pas plus, je lui crache tel du venin.

Soudainement, c’est comme si ces quelques minutes n’avaient pas existées. Le mur épais et presque indestructible qui nous séparait vient de ressurgir à nouveau entre nous. Je crois que c’est la force des choses qui veut cette distance. Je souffre, elle souffre, chacun des maux que nous éprouvons n’est qu’un écho des faiblesses de l’autre. Si nous nous mettions à partager nos tourments, nous n’en serions pas apaisés, mais au contraire, encore plus détruit. Je crois que c’est pour ça que ce mur s’obstine à exister. Intérioriser, voilà le seul remède que je connaisse qui montre un semblant d’efficacité.

















(le plus beau des salauds arrongants, mais c'est comme ça qu'on les aime...)
( Tu penses au couple Clint-Lyra hein ?? )