
Je me dirige vers le salon, et entends un raffut monstrueux provenir de la chambre de Victoria. Au summum de ma cruauté, j’esquisse un énième sourire. Je ne pense pas qu’elle sera regrettée bien longtemps.
Je me laisse lourdement tomber sur l’une des chaises autour de la table de verre et pousse un soupire las.
- Tu sais le rouquin, je ne t’aime pas, mais je dois avouer que tu peux me faire bien rire, parfois ! Tonne une voix narquoise derrière moi.
Je sursaute, pousse un juron, et découvre Lyra, confortablement avachir sur le canapé. Mon cœur prend quelques minutes avant de retrouver un rythme normal.

- J’apprécie tes déclarations d’amour de l‘après-midi, je plaisante à mon tour.
Alors qu’elle se relève, elle me dévisage, les yeux ronds. Je dois avouer que moi-même, je suis surpris. Aussi ironique soit ma remarque, je ne viens pas de la remballer royalement, chose que j’aurais faite sans vergogne si les paroles de Kendall à propos de sa sœur ne m’étaient pas restées en travers de la gorge.
Elle a un passé douloureux. Mais n’est-ce pas le cas de tout le monde, dans ce foutu univers ?! N’est-ce pas le cas de la terre entière ?
Peut-être pas, après tout. Peut-être le passé n’est-il douloureux que pour les personnes qui s’échinent encore à trouver le pourquoi du comment.

- Hé ben, t’as bouffé un clown ? Me lance-t-elle, surprise.
- Assieds-toi, au lieu de dire des conneries, je marmonne entre mes dents, on va parler toi et moi.
Elle parcourt les quelques mètres qui nous séparent. Pendant ce laps de temps, je ne peux m’empêcher de m’interroger. Qu’a-t-elle subi pour que tout dans sa façon d’être montre qu’elle a mal. Chaque geste qu’elle amorce semble constituer pour elle un effort surhumain. Comme si une force invisible semblait vouloir l’empêcher à tout prix d’avancer, de tourner la page…
Cette femme m’intrigue, j’aimerai découvrir son secret. Sans doute est-ce complètement masochiste, mais je veux le connaître, ne serait-ce que pour me prouver qu’il existe d’autres types de souffrances que la mienne.
Elle prend place, une lueur de méfiance animant son regard du même bleu que les iris de Tess. Je crois que pour la première fois, je constate réellement leur ressemblance.












