
Je me gare, et sonne à la porte d’entrée, alors que la voix de Sheldon lance un « c’est ouvert ». Je pousse le battant, et deux voix très familières se font entendre.
Le dicton « quand on parle du loup… » Trottine innocemment dans ma tête, bien qu’en cet instant, le terme plus approprié serait « quand on pense au loup ».

- Mais merde Andreas, si je t’accueille deux jours chez moi, c’est pas pour que tu te tapes Camilla à la première occasion ! Lance Lindsay, furieuse.
- Tu m’emmerdes, me parviens la voix de son frère. Si j’ai besoin de mes heures de baise quotidienne, ça te regarde certainement pas !
Que de poésie, dans cette maison… Les hommes sont aussi irrécupérables que les femmes sont stupides. J’hésite à m’avancer un peu plus, un peu gênée à l’idée de les déranger en plein milieu de cette discussion si touchante. Mais les connaissant, je devine que leurs éclats de voix ne vont pas s’éterniser. J’envisage deux solutions possibles ; soit ils se tombent dans les bras l’un de l’autre, soit Andreas quitte la pièce avec son légendaire « tu me casses les couilles ! ».
Je cherche désespérément Sheldon des yeux, mais celui-ci semble décidé à ne pas se montrer. Je me poste donc timidement dans l’encadrement de la porte donnant sur la cuisine, salle exacte ou se déroule la dispute.

Lindsay me remarque aussitôt, et me sourit de la manière la plus convaincante dont elle est capable. Andreas m’aperçoit à son tour.
- Tu me casses les couilles, siffle-t-il à sa sœur.
Solution numéro deux, donc. Il sort, et me cogne l’épaule en passant. Le garçon se retourne vers moi, et je m’en étonne. Ce n’est pas dans ses habitudes de demander pardon pour si peu.

- Comment va ta sœur ? Me demande-t-il directement.
Bien sûr… Andreas Young ne se refera jamais. Pas d’excuses lorsqu’elles seraient appropriées, seulement une question formulée avec agressivité, comme s’il avait peur de ce qu’il pourrait se passer s’il ne tournait pas immédiatement la situation à son avantage. J’ouvre la bouche pour lui répondre, ne prenant même plus la peine de relever son manque de politesse, mais il me devance.
- Non, en fait, laisse tomber, J’en ai rien à foutre !
- And… commence Lindsay.
- Ta gueule la chieuse ! Rétorque-t-il avec une véhémence démesurée. Je me barre d’ici, moi !
- Personne va te retenir, marmonne sa sœur d’une voix assez audible pour qu’il puisse comprendre avant qu’il ne sorte en claquant violemment la porte.












