
Je mets quelques minutes à me rendre compte que la musique a cessé. Je rouvre les yeux, et rencontre son regard. Bien qu’il se trouve de l’autre côté d’une vitre à plus de quatre mètres de moi, je peux voir l’expression qui anime ces iris en ce moment.
Intense et inexplicable.

« Sauve-moi, sauve-moi de tout, sauve-moi de rien Sauve-moi de ce néant qui me brûle, qui me rend sourd... »
Ces mots le reflètent à la perfection. Il donne envie d’être sauvé. Mais de quoi ? De rien, justement. Sa vie est un immense… Rien. Un vide.
Du moins, c’est l’impression qu’il dégage.
J’ai conscience d’être égocentrique, mais ces paroles raisonnent inlassablement dans ma tête, si bien que j’ai l’impression qu’il me les adresse.

- Je… Cette chanson est très belle, je lance à Jake, cherchant à dissimuler mon malaise, mais également à lui faire part de mes impressions.
Il se renfrogne, et je fronce les sourcils. Qu’ai-je encore dit ?
- Je ne l’ai jamais entendue avant, marmonne-t-il. Je crois que c’est ce qu’il écrivait cette nuit, à la table du salon.
Je ne masque pas mon étonnement. Alors il composait une chanson entière, paroles et mélodie en une seule nuit ? Était-il un véritable génie ?
- Il écrit tout le temps, m’informe Jake impulsivement. Il a un peu foiré l’air du refrain, ça colle pas du tout, puis je n’aurais pas ouvert le stéréo à ce point, mais après c’est une question de goût… et puis le chant, c’est vraiment pas ce qu’il fait le mieux !
Je le regarde, effarée qu’il puisse trouver une seule critique à faire sur ce que je venais d’entendre. Mais après tout, c’était eux les musiciens, par moi.
J’entends alors quelqu’un pester depuis la salle d’enregistrement, et étant donné que le blond est la seule présente, je devine que ces cris si mélodieux proviennent de lui. Il sort d’un pas vif et sec.












