
– Oui ? Je l’encourage, hésitante.
Je ne veux pas qu’il se sente brusqué. Et par-dessus tout, je ne veux pas qu’il remarque à quel point mon attention redouble lorsque le prénom du blond revient sur le tapis.
- Et les personnes comme Andreas, poursuit-il d’une voix plus stable, qui sont froides à en faire peur, mais au fond ne sont pas méchantes, ou du moins pas avec ceux qui ne méritent pas d’être mal traités.
Je sens, dans le ton qu’il emploie en parlant de son meilleur ami, qu’il lui témoigne un profond respect. Leur lien a l’air très fort, plus que je ne l’aurai pensé.
Andreas, froid… C’est un bel euphémisme.
Cet homme est bien plus que ça. Il semble assister au déroulement de sa propre vie en simple spectateur. Il donne l’impression de ne pas souffrir, mais aussi de ne pas jouir de quoi que ce soit. Je me représente ses traits parfaits et intriguant, et sens un frisson me parcourir le corps lorsque ses iris noirs me reviennent en mémoire.
- Qu’est-ce qui est arrivé à Andreas ? Je demande timidement, mais tellement désireuse de savoir.
Jake se renferme tout d’un coup. Je me mords la lèvre inférieure. Quoi qu’il se soit passé, il n’a vraiment, vraiment, vraiment pas envie d’en parler, soit parce que c’est douloureux pour lui également, soit par loyauté envers son ami. Je me sens coupable d’avoir demandé cela. Je le connais depuis la veille à peine, et voilà que je lui pose une question qui touche à un registre très personnel.
- Pardon, je m’excuse immédiatement.
Il secoue la tête pour me faire comprendre que ce n’est pas grave, et ses jours reprennent leur couleur.
- Ne m’en veux pas, se justifie-t-il, mais Andreas n’a jamais voulu parler de sa vie à personne d’autre que moi et partiellement à Camilla… Je ne veux pas trahir sa confiance.
Je souris et lance un « je comprends », tandis que le prénom Camilla résonne inlassablement dans ma tête.
Si le jeune homme lui a fait part ne serait-ce que d’une partie de son passé, il doit beaucoup l’aimer. Inexplicablement, une jalousie démesurée par rapport à la situation s’empare de moi. Une jalousie que je refoule au plus profond de moi-même honteuse.
Je me laisse avoir par les apparences angéliques, comme toujours. Il est temps de me réveiller, et de mettre une fin à cette superficialité fatigante.
Je ne dois pas oublier que mon soi disant ange, quelques années plus tôt, m’a terriblement déçue.
Les anges cachent des démons. Et celui enfoui en Andreas m’atteindra comme les autres, si je le laisse faire.
Il ne le faut pas. Ca n’arrivera pas, je me promets que ça n’arrivera pas.
Du moins, j’essaye de me le promettre…















