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351  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

– Salut, lance-t-elle timidement à l’adresse de son ami.

 

Celui-ci sursaute, fait volte face, et braque sur elle un regard assassin. Camilla se sent tressaillir. Elle n’a jamais eu la force d’affronter sa colère, qui la consume à chaque fois qu’elle en est l’élément déclencheur.

 

- Quoi ? Aboie-t-il d’une voix rauque.

 

- Lyra est en bas si tu veux…

 

- Je m’en fous.

 

Elle n’ose plus bouger, trop apeurée de faire quoi que ce soit de travers. Elle ne supporte pas son rejet, et préfère ne pas prendre de risques. Elle le connaît, maintenant. Elle sait quand agir.

 

 

Elle se tait donc. Qu’elles que soient les raisons de son soudain énervement, elle préfère ne pas les alimenter. Le silence dure plusieurs minutes, interminables à ses yeux. Puis, le visage d’Andreas se détend, sans que ses iris ne perdent de leur méfiance.

 

- C’est tout ce que tu veux ? Lui demande-t-il d’une voix plus posée.

 

Elle sourit faiblement, et s’approche de lui. Trop. Beaucoup trop. Elle se colle à son torse de pierre, et enroule ses bras frêles dans le dos du blond. Il ne bouge pas d’un pouce, et se contente de regarder droite devant lui, fixant obstinément un point sur le mur.

Il ne l’encourage pas. Mais il ne la dissuade pas.

 

 

Elle pose ses lèvres dans le cou du jeune homme, et l’embrasse doucement. Elle frémit au contact de sa peau. Elle frémit à sa présence, tout court.

Elle remonte vers ses lèvres. Andreas semble se réveiller.

 

- C’est pas une bonne idée, lance-t-il, toujours aussi froid, tandis que sa bouche n’est plus qu’à quelques millimètres de celle de sa meilleure amie.

 

- Tu me manques, répond celle-ci désespérément. Juste pour ce soir… Je ne t’en demande pas plus.

 

- Non, répète-t-il, inflexible.

 

Camilla se détache brusquement de lui, et s’écarte de plusieurs mètres. Les larmes menacent de se montrer, mais elle lutte intérieurement. Elle sait combien son amant à horreur des pleurs.

 

 

Sa façon de ne pas réagir plus que ça la frustre au plus haut point. Pourquoi n’exprime-t-il aucun autre sentiment que la froideur absolue ? Un bloc de glace, ni plus ni moins.

Il ne semble même plus en colère, ni amusé, ni rien, rien, absolument rien.

C’est comme si un vide l’habitait sans cesse, créant un trou noir intérieur qui absorbe tout sentiment possible.

Il à l’étoffe d’un robot. Et peut-être plus que l’étoffe.

 

- T’as raison, préfère-t-elle la colère aux plaintes, vaut mieux pas que je te voies à poil ! Je risquerais de remarquer les piqûres sur tes bras !

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352  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Elle se fige intérieurement. Elle vient d’aller trop loin, et c’est seulement maintenant qu’elle s’en rend compte. Il n’est plus de glace. Il est de métal.

Il se ferme dans une fureur qui n’explosera jamais d’une manière saine. Il se ferme dans une fureur qui a le pouvoir de détruire n’importe qui.

 

- Ta gueule, rétorque-t-il. Je fais ce que je veux de ma vie.

 

- Alors pourquoi tu te caches ?! Hurle-t-elle, désemparée.

 

 

En cet instant, elle se hait. Elle se méprise de ne pas parvenir à le comprendre, bien qu’elle le connaisse depuis toute petite. Elle se déteste de ne pas arriver à le faire parler, à le soulager. Et par-dessus tout, elle ne se supporte pas, car elle sent que bientôt, elle cèdera aux larmes redoutées.

 

- Tu sais, je remarque bien que tu ne porte jamais de manches courtes. Tu te caches du regard des autres. Si tu es si fort que ça, alors assume ! Assume les aiguilles que tu t’enfonces dans les bras à perte de temps !

 

Elle n’en peut plus. Elle sent des gouttes rouler lentement sur ses joues, lui brûlant la peau.

Il est crispé. Les veines de ses avant bras ressortent sous sa peau pâle. Ses tendons saillent. Et pourtant, son visage est de nouveau impassible.

 

 

Andreas se rapproche d’elle doucement, de sa démarche presque féline, indomptable. C’est à son tour de se coller à elle. C’est à son tour de l’embrasser sensuellement.

Mais lui, il calcule tout. Elle, elle le fait avec le cœur. Cependant, elle décide d’y croire, ne serait-ce qu’un instant.

Elle ne comprend pas ses sautes d’humeurs, toutes dues à la drogue, et décide de ne plus chercher. Alors elle y croit. Elle se laisse convaincre qu’il ne fait pas cela uniquement pour la faire taire.

 

- Je t’aime, souffle-t-elle.

 

 

Il ne répond pas. Il n’a sûrement pas entendu. Oui, il n’a pas entendu. C’est pour ça qu’il ne réagit pas. Quel homme serait assez cruel pour laisser une femme se donner à lui d’une manière aussi évidente et désespérée, sans même prendre la peine de la regarder lorsqu’elle lui déclarait son amour ? Aucun. Même pas Andreas Young. C’est ce qu’elle décide de s’imaginer.

Ce qu’ils sont en train de faire, en cet instant, sur le sol, ce n’est pas de l’amour.

Une partie de baise pure et simple, de jambe en l’air, peur importe le nom qu’on lui donne. Mais ce n’est pas de l’amour.

Pas quand les sentiments n’étaient éprouvés par une seule des deux personnes.

Le jeune homme la pénètre violemment, brusquement. Même en cet instant, il demeure de glace. Il se contente d’allés viens secs, mécaniques.

Elle en à presque mal. Presque.

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353  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Mais la douleur n’est rien. Tant que c’est lui, la douleur n’est rien.

Elle réalise l’ampleur de son amour, et en est soudainement effrayée. Ce n’est pas normal. Ce n’est pas sain.

Aimer un homme d’une manière aussi forte relevait de la folie. Pourtant, elle ne peut rien y changer. Elle dépend de lui, entièrement, complètement.

Il se relève.

Camilla se recroqueville sur elle-même, et tante de faire abstraction de l’horreur grandissante qui compresse son âme.

 

 

Andreas fait face à la fenêtre, ayant enfilé un sous vêtement. Il contemple le ciel d’un bleu éclatant qui semble se moquer de lui.

Comment ? Comment a-t-il pu arriver à commettre un acte d’une telle bassesse ? Pire que pitoyable, il est méprisable. Coucher impulsivement avec elle pour ensuite la laisser seule dans son amour insensé… Quel salaud. Que salaud…

Pourquoi a-t-il fait ça ? Par envie d’oublier ? Sans doute. Il se rend compte qu’il est incapable d’assumer quoi que ce soit se rapportant à Lyra. Alors il se sert de cette jeune femme qui, il sait, sera toujours là pour lui. Au lieu d’affronter le regard de la seule femme qui puisse avoir une quelconque emprise sur lui, il se réfugie dans la soumission d’une autre.

 

 

Toute son enfance, il a juré être différent de sa mère et son frère. Il voulait devenir meilleur qu’eux. Et bien il a réussi à être dissemblable, oui. Mais dans sa rage les laisser loin derrière lui, il est presque devenu pire. Sera-t-il un jour capable d’assumer ses fautes ? Sera-t-il un jour capable d’être à nouveau humain ? Il voudrait tellement que Camilla sache à quel point il est désolé… Pourquoi n’a-t-il pas la force de le lui dire ?

Lâche. Pourra-t-il un jour aimer ?

Il tremble. Pour lui, rien n’a de couleur.

Rien n’a de goût, et rien n’a de senteur. Les choses existent, simplement.

Aucune n’a de réelle utilité, aucune n’est indispensable.

 

 

Il a honte, au fond de lui-même, et même en surface. Honte parce qu’il aime cette fille fragile. Oui il l’aime. Comme une sœur. Il veut s’excuser, il veut crier, il veut hurler.

Il veut exposer au monde entier son désespoir, il veut prouver à tout être humain à quel point il se déteste. Il se hait parce qu’il n’a jamais eu la force de reprendre pieds. Il s’est lui-même enfermé dans ce monde imaginaire que lui procure la drogue. Il ne peut plus en sortir. Il en a besoin, chaque jour un peu plus.

Il rêve par-dessus tout de s’en aller, de fuir, mais à chaque fois qu’il ose essayer, ses pieds semblent collés au sol. Il appelle à l’aide, mais sa voix semble se répercuter en écho dans un long tunnel noir sans que personne ne l’entende.

 

 

« Je suis désolé. Pardonne-moi. » Sont les mots qui resteront à jamais de simples pensées.

Les larmes, en revanche, sont les seules rescapées de sa fierté dangereuse.

Elles coulent inlassablement. Il n’en peut plus. Il craque.

Il laisse tout s’évacuer. Tout ce qu’il n’a pu exprimer depuis tant d’année.

Il explose en sanglots, perd toutes ses forces, tombe à genoux.

Que l’humiliation l’emporte. Que la honte l’achève. Il n’attend que ça.

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354  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Lyra

 

Camilla descend les escaliers à une vitesse anormale. Elle semble vouloir fuir.

Matthias lève la tête, aussi intrigué que moi. Elle est en sous vêtements, pourtant ne semble éprouver aucune gêne. Ses yeux sont simplement emplis de larmes, et ses joues brillent.

Rarement ai-je eu le loisir de lire tel désespoir dans un simple regard.

Mon cœur ne fait qu’un bond dans ma poitrine. L’image d’un jeune homme blond magnifique et détestable se dessine alors dans mon esprit, aussi clairement que s’il s’était tenu à mes côtés. Quoi qu’il vienne de se passer pour Camilla, cela a forcément un rapport avec lui.

Et contre mon gré, je suis effrayée.

 

 

Matthias se précipite vers elle, et passe un bras autour de ses épaules, cherchant à la rassurer. Elle se noie dans un flot de paroles incompréhensibles dont je m’échine à comprendre de simples bribes.

Mon cœur se compresse, petit à petit. Je ne sais même pas ce qui la met dans cet état, mais je suis déjà paralysée. Très peu de choses concernant Andreas pourraient avoir une telle emprise sur elle. Une rapide image du corps du jeune homme inerte me traverse l’esprit, et je sens mon cœur semble lâcher.

Je me reprends. Je dramatise, forcément. Il faut que je dramatise, il le faut.

 

- Lyra ! Lance-t-elle alors, première parole distincte. Lyra… Il… Va le voir… VA LE VOIR ! Hurle-t-elle à s’en casser la voix.

 

 

Mon corps réagit plus vite que mon esprit. J’ai déjà atteint le premier étage lorsque je comprends le sens de ces paroles. La porte est grande ouverte.

Je me rue à l’intérieur.

 

- Un problème ? Lance une voix sereine à ma droite.

 

Je tourne vivement la tête, et découvre un Andreas parfaitement… normal. Les bras négligemment croisés sur son torse, un sourire narquois et dénué de réelle joie accroché aux lèvres. J’ai soudain le sentiment que quelque chose m’échappe.

Il me fixe intensément, et fait celui qui ne comprend pas.

 

 

Cela m’horripile. Il s’est passé quelque chose, c’est forcé. Même le plus excellent des acteurs n’aurait pu paraître aussi perdu que Camilla.

Seulement, il veut garder l’événement secret. Il semble même vouloir l’oublier.

Je remarque alors ce qui cloche.

Il se tient dans l’ombre. Il cherche à se cacher, lui qui est si souvent en pleine lumière.

Il cache l’expression de ses yeux.

 

- Euh… Je me risque enfin. Camilla, elle…

 

 

- Quoi ? Elle pleure encore ?! S’exaspère-t-il. J’en peux plus, il faut qu’elle accepte que je me fous complètement d’elle, et basta !

 

Sa phrase sonne faux, horriblement faux.

 

- Te fous pas de ma gueule ! Je lui crache. Arrête de prendre les gens pour des cons, tu ne leur est pas supérieur ! Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais la, toi soi disant meilleure amie est dans un état absolument incontrôlable !

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355  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

A ces mots, il semble se renfrogner un tantinet. Il espère que cela passera inaperçu. Ce n’est pas le cas.

Il s’approche, et se poste devant moi de façon à ce que cinq malheureux centimètres de nous séparent. Comme il le fait toujours pour me distraire.

Cette fois, je refuse de me laisser avoir. Je refuse de me laisser contrôler par ma forte attirance. Et pourtant…

Son odeur me parvient déjà, aussi douce et envoûtante que sa voix était dure et sèche. Je n’ai qu’une envie, rencontrer ses yeux. Y lire ce que j’y avais désespérément cherché depuis le début, sans me l’avouer.

 

 

Ses iris noirs me fixent déjà. Et ils brillent.

D’une manière étrange. Ils brillent de larmes qui ont récemment coulées. Ils brillent de larmes qui menacent de refaire surface.

 

- Je croyais que c’était fini, je souffle, perdue. Je croyais que maintenant, tu t’en foutais de moi…

 

Je veux comprendre, sans savoir comment m’y prendre. Ses lèvres s’étendent en un sourire vainqueur et satisfait. Il s’amuse de mon égarement. Il s’amuse de mes hésitations. Maintenant que je sais qu’il m’a un jour aimée, il me manipule. Il veut me faire croire que c’est toujours le cas, pour ensuite me laisser m’effondrer au milieu de mes illusions.

 

 

Je ne ressens rien d’autre que frustration et colère.

Je le gifle impulsivement. Et je hurle.

 

- Quand est-ce que tu vas cesser d’agir comme si tout était un jeu ?! Je m’égosille, désireuse plus que tout qu’il considère mes paroles. Tu ne peux pas manipuler les sentiments des gens qui t’aiment à loisir, merde ! Je ne sais pas ce que tu as pu subir pour devenir comme ça, mais merde, arrête de me mettre au supplice !

 

Je m’arrête. Je n’en peux plus. Il veut continuer à ne rien laisser paraître ? Soit ! Il veut continuer à se faire haïr à force de s’amuser avec les personnes de son entourage ? Soit !

Qu’il aille se faire foutre ! Il ne mérite pas l’amour et l’attachement que tant de monde lui porte. Il s’en sert comme de marionnettes.

 

 

Je tourne les talons lorsqu’il me rattrape fermement par le bras.

Je n’ai aucune idée de comment il s’est débrouillé pour que cela arrive, mais il m’embrasse soudainement.

Et je sens dans ce baiser quelque chose qu’il n’avait jamais laissé paraître avant. J’y sens du désespoir, de l’envie et du besoin.

J’y sens une émotion qui se rapproche doucement de l’amour que j’ai tant cherché.

Par ce baiser, il paraît vulnérable. Par ce baiser, il semble enfin humain.

Souffle mêlés, langue entremêlées. Tout disparaît autour de nous. Et pour la première fois, il ne semble pas jouer la comédie. Il s’agrippe à moi parce qu’il le veut. Il me serre contre lui parce que… Nous sommes là, ici, maintenant.

Dans l’œil d’un cyclone…



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