346  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

– Emy… Je lance alors qu’elle est à nouveau enfouie au creux de mes bras.

 

Mon ton hésitant l’interpelle et je ne sais pas si je dois continuer dans ma lancée ou prétendre que ce que j’ai à dire n’est en fait pas important le moins du monde. Le regard de la jeune fille m’encourage plus ou moins à continuer.

 

- Pourquoi…

 

Je n’ai même pas le temps de finir ma phrase que déjà elle soupire et se détache de mon emprise. Et voilà, comment foutre une journée qui a bien commencé en l’air… Elle a deviné que je m’apprêtais à lui demander pourquoi était-elle partie. Mais d’un côté, n’est-ce pas parfaitement légitime de lui poser la question ? Pour moi si. Je veux savoir pourquoi j’ai vécu quatre ans de chaos.

 

 

- Clint, commence-t-elle, écoute moi. Je suis désolée, je suis vraiment, vraiment désolée pour ce qu’il s’est passé, et que tu me croies ou non ça m’a fait énormément de mal, mais je ne suis pas prête à en parler mon cœur… Pas maintenant alors qu’on est enfin tous les deux ! Tu peux comprendre ? Je te jure que tu sauras, je te promets, mais pas tout de suite.

 

Je reste immobile quelques instants à la suite de ces paroles. Alors comme ça, ce serait quelque chose dont elle a honte ? C’est forcément un truc dans ce genre, si elle n’ose pas m’en parler. Oui, forcément… N’a-t-elle pas confiance en moi ? Ne pense-t-elle pas que je mérite de connaître la vérité ? Plus je m’interroge et plus la frustration est grande. J’ai supporté ce qu’il me paraît être une éternité une souffrance engendrée par un simple départ, j’ai porté sur mes épaules les dégâts du chaos, alors pourquoi n’aurais-je pas le droit de savoir ? C’est injuste ! Trop, trop injuste !

 

 

- Je ne suis pas digne de confiance ? Je lâche alors d’un ton amer dans lequel je dissimule toute ma méchanceté.

 

- Non mon chéri, répond-t-elle d’une voix douce. Ce n’est pas du tout ça… Mais si je t’expliquais maintenant, ça détruirait tout. Ca te rendrait malheureux, je le sais, parce que c’est quelque chose qui me fait beaucoup de mal aussi. On essaierait de vivre sans se poser de questions mais on n’y arriverait pas… Je le sais parce que c’est déjà mon cas, et je ne souhaite pas que cela devienne le tien tout de suite. Alors est-ce qu’on peut être heureux quelque temps avant de sombrer à nouveau ? Parce que je… Parce que moi… J’en ai marre d’être au fond… J’en ai marre, Clint, j’en peux plus…

 

 

Petit à petit, je sens sa voix dérailler, alors qu’elle baisse la tête. Mon regard intercepte une de ses larmes qui vient finir sa course en s’écrasant banalement sur le sol. Alors évidemment, je fonds littéralement. Mon cœur se serre. La voir pleurer me démunit totalement, jusqu’à en perdre presque l’usage de la parole.

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347  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Je soupire et lui force à relever son visage humide.

 

- Ca à toujours été une habitude chez toi, tu sais… Je lance avec un sourire.

 

- Quoi ? Demande la jeune fille, perdue.

 

- Ne jamais oser me montrer que tu pleure… Alors que je le devine bien même sans te voir ! Petite boulette va…

 

Elle rit faiblement avant de hausser les épaules avec une moue que je ne peux m’empêcher de trouver absolument craquante.

 

- Je pleure tout le temps Clint… Tout le temps ! Et j’en ai marre. J’ai envie de profiter de la vie, j’ai envie de rire sincèrement, et j’ai envie d’être forte parce que j’ai envie de te rendre heureux et que je sais très bien que je n’y arrive pas et que je suis nulle… J’ai peut-être eu tort de m’accrocher, peut-être que tu serais un milliard de fois plus épanoui sans moi. Si c’est le cas, laisse-moi, je veux juste que tout aille bien pour toi.

 

 

- T’as fini de délirer ? Je la rembarre immédiatement. Comment tu oses affirmer ce genre de choses ? Si tu commences à douter de moi on ne va pas aller loin, Emy ! Je suis plus heureux que jamais maintenant que tu es là, et si ce n’était pas le cas ce serait déjà fini ! Je t’aime, alors essaye de me croire, ça me ferait du bien… Écoute, je ne sais pas pourquoi tu es parti, ni pourquoi le savoir risque d’être si terrible, mais sache que quoi que ce soit, je ne t’en voudrai pas. Je t’ai pardonné à l’avance, alors…

 

- Le problème, me coupe la jeune fille, c’est que ce n’est pas vraiment quelque chose auquel on puisse accorder son pardon. Enfin, je veux dire, c’est simplement quelque chose qui s’accepte, parce qu’on ne peut rien y faire, c’est tout. Je… n’en suis pas vraiment responsable.

 

 

Je la fixe quelques secondes, les sourcils froncés. C’est quelque chose qui s’accepte ? Quel genre de chose ? Et pourquoi ne peut-on pas accorder son pardon ? Pourquoi Emy ? Pourquoi ? Je ne comprends plus rien, et…

 

- Tu me fais peur là, je lui communique mes pensées directement. Dis-moi, je t’en supplie…

 

- Plus tard, d’accord ? Plus tard… Pas aujourd’hui.

 

Sa voix ne laisse aucune négociation possible. Je me voix donc obligé de me résigner et d’hocher la tête en guise de consentement.

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348  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Alors que je m’apprête à la lâcher, une nouvelle question met mon cerveau au supplice, et je me sens dans l’obligation de lui en faire part.

 

- Dis-moi, je me demandais, qu’est-ce que tu faisais à l’hôpital quand tu m’as… trouvé ?

 

J’attends une réponse. Qui ne vient pas. Elle se contente de me fixer et de ne rien dire. Je lis dans ses iris une peur indéniable ainsi qu’un refus de prendre la parole qui me fait mal et me révolte. J’en ai marre. Cette fois, j’explose intérieurement. Extérieurement, aussi.

 

- Putain Emy ça me saoule ! C’est un pari stupide de ne pas me répondre à chaque fois que je pose une question ?!

 

 

Toujours aucun mot. Seule une culpabilité palpable émane d’elle, mais ça ne suffit pas à me calmer. Encore heureux qu’elle se sente mal !

 

- Tu sais quoi ? Je vais te laisser !

 

Alors que je m’éloigne de quelques pas impulsifs, ressassant mon amertume et ma frustration, sa voix me parvient.

 

- Tu me quittes ? Demande-t-elle d’une voix neutre.

 

Je me fige. Mes doigts se crispent. Je me retourne et lui fait face.

 

 

- NON ! Je me mets à hurler, incapable de me contenir. Non, je ne te quitte pas Emily ! Tu sais, tu me poses tellement cette question que j’ai l’impression que c’est ce que tu souhaites, au fond ! Je ne te quitte pas, je me barre pour me remettre les idées en place c’est tout… Tu sais très bien que je t’aime trop pour me séparer de toi, j’ajoute, un peu hésitant.

 

- Moi aussi je t’aime. Désolée.

 

- Arrête de t’excuser.

 

Et je sors de la maison, bien décidé à marcher pendant des heures et des heures afin de réfléchir un peu… Juste réfléchir. J’éviterai tous les bars du quartier, parce que me connaissant, je ne résisterai pas à la tentation. Boire pour oublier, c’est un de mes passes temps favoris. Mais maintenant, je ne le ferai plus.

 

 

Je n’oserai pas lui faire subir ça. Pas à elle.

Ha, et voilà… On laisse une femme accéder à son cœur, et on a même plus le droit de se bourrer la gueule. Ou va le monde ?

Droit dans la cuvette des chiottes, moi je vous le dit !

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349  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

A peine quelques minutes plus tard, j’arrive devant chez Matthias. C’est affolant… Je n’ai tellement pas confiance en ma capacité à résister aux bars que je me réfugie instantanément chez mon meilleur ami ! Et la palme d’or du mec le plus lâche de l’univers est attribué à… Clint Lawson !

Bizarre, je n’entends aucun applaudissement…

Poussant la porte, je dévoile mon identité aux trois hommes assis sur le canapé, sûrement avides de savoir qui pouvait bien leur rendre visite à cette heure-ci. Jake est assis en compagnie des frères Killeen, et en me voyant, tous trois m’acclament à l’aide de rires moqueurs.

 

 

- Hé ben vieux, entame Matthias les hostilités, on ne savait pas que toi et Emily c’était reparti !

 

- Dis-donc vieux, je rétorque du tac au tac, je savais pas que tu t’étais tapé Kendall !

 

Un lourd silence se fait sentir et soudain j’écarquille les yeux. Aurait-il vraiment… Et moi qui disais ça seulement pour déconner !

 

- Non ? T’as vraiment… Attends j’ai dit ça comme ça, moi !

 

- Ca a failli, précise Matthias. Maintenant changement de sujet, parce que ta demi-sœur est là pour te voir !

 

 

- Ma sœur, je rectifie automatiquement, n’aimant guère l’appellation de « demi ».

 

Je m’apprête à aller m’asseoir lorsque je percute et comprends enfin les paroles de mon ami.

 

- Hein ? Quoi ?! Ma sœur est là ?

 

- Juste derrière toi, boulet ! Se marre Jeffer. Elle savait plus ou t’habitais, mais comme elle connaissait l’adresse de Matt elle est directement venue ici pour lui demander.

 

 

Je me retourne vivement pour faire face à une jeune femme rousse que je ne m’attendais pas à voir de si tôt. Leah. Je mets du temps à assimiler cette vérité. Leah est ici, juste devant moi. Leah… Leah… Leah…

 

- Oh putain, Leah ! Je m’exclame alors, réalisant pleinement la chose.

 

Ma sœur éclate de rire et me tend les bras, tandis que je m’avance d’un as vif pour la serrer dans les miens.

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350  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Andreas

 

Le jeune homme blond est assis au beau milieu de sa chambre. Il ne sait pas quoi faire. Absolument pas. Depuis l’étage inférieur lui parviennent des cris de joie, des retrouvailles. Il a cru comprendre que la grande sœur de Clint vient de montrer son nez par ici… Mais il s’en fou. Comme toujours. Il ne sait plus quoi faire. Et ça, c’est nouveau.

Plus le temps passe, et plus sa propre vie lui échappe. Petit à petit, il perd le contrôle. Et c’est bien la pire des choses qu’il pouvait lui arriver.

Lorsqu’il regarde ses mains, il ne sait plus comment s’en servir. Il à l’impression que son corps réponds à des ordres données par une puissance supérieur, une puissance qu’il ne connaît pas et qui lui échappe totalement. La puissance de sa folie.

De toutes les pensées confuses qui lui traversent l’esprit et l’âme, une seule lui paraît claire :

Elle se souvient. Il l’a aimée. Elle se souvient.

 

 

Mais comme il l’a laissé entendre, qu’est-ce que cela peut-il bien changer maintenant ? Il n’est plus sûr d’éprouver quoi que ce soit. Parce qu’il est sûr d’avoir perdu la capacité de ressentir. Et pour cela, la seule chose qu’il s’inspire lui-même, c’est simplement du mépris.

Certaines personnes se battent pour remonter à la surface. Certaines personnes savent faire face aux problèmes et avancent, sans pour autant se muer en être de glace, de cruauté et de méchanceté. Pourtant lui, c’est son cas. Il n’a rien fait pour être heureux. Il s’est contenté de se laisser absorber par les sables mouvants de son malheur et il s’est avoué vaincu dès le premier obstacle. Il n’est rien. Rien qu’un être pitoyable, et il le sait.

Les minutes passent. Il entend des conversations animées, en bas. Des conversations de gens heureux. Pourtant, ces voix, il les reconnaît. Celle de Jake, celle de Clint…

 

 

Ces deux là ont pourtant souffert, au moins autant que lui… Et même si Clint n’est pas un exemple de gentillesse incarnée, lui, il sait aimer. Lui, il sait accorder de l’importance aux choses. Et Jake… Jake, encore plus que les deux réunis.

Au fur et à mesure, quelques visiteurs s’éclipsent, et des nouveaux arrivent. Brièvement, il reconnaît deux voix féminines.

Alors il serre les poings. Elle est là. Elle est chez lui. Que faire ? Descendre, aller la retrouver, et se mettre à genoux devant elle pour lui crier qu’il l’aime ? Mais l’aime-t-il vraiment ?

En un éclair, il se souvient de cette nuit, de leur première rencontre. Il n’a jamais trouvé le moyen de tomber amoureux de Camilla, après des années d’amitié et un an de relation, et pourtant, la nuit du trois septembre, un simple regard sur cette brune fragile a suffit pour le faire chavirer.

 

 

Il la voit encore, frêle, entourée de ces six garçons dont il ne connaissait qu’un seul. Keith, qui était l’un de ses anciens amis… S’il avait pu les tuer, tous, il ne se serait pas gêné. Les voir tous autour d’elle, cruauté incarnée, cela l’avait rendu fou. Mais il s’était contenté de les repousser juste le temps de sortir l’adolescente de là. Parce que cette nuit, alors qu’il s’était déjà mué depuis bien longtemps en monstre d’indifférence, il n’avait vécu que pour elle. Et elle avait dormi dans ses bras. Et il était parti avant qu’elle ne se réveille, l’avait suivi du regard jusqu'à ce qu’elle rentre chez elle saine et sauve. Voilà, sa grande histoire d’amour. Une histoire d’une nuit, à sens unique. Et voilà qu’aujourd’hui, il fout tout en l’air. Elle est là, chez lui en cet instant… Allez… Il doit y aller. Il le doit. Pour elle. Pour lui. Pour eux...

Lentement, il se relève. Il n’entend pas la porte de sa chambre s’ouvrir pour laisser apparaître une jeune femme blonde.

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