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341  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Je pose machinalement mes mains sur les hanches de la jeune fille pour la regarder. Dieu qu’elle est belle… Dieu qu’elle m’a manqué ! Je crois que seuls ses yeux verts ont le pouvoir de me faire tout oublier. Je crois que seul son visage doux me passionne autant. Je crois que jamais je n’ai pu aimer à ce point. Cela explique bien pourquoi je n’ai pu lui résister lorsqu’elle est venue me trouver. Aujourd’hui je me demande bien comment j’ai pu ne pas penser à aller la voir… Mais en fait, la réponse est évidente. J’avais peur et honte. Tout simplement.

 

- Tu… Tu étais avec lui quand je n’étais plus là ? Je commence à demander, un peu hésitant. Je veux dire… Tu le voyais toujours ?

 

 

Elle me répond par un hochement de tête avant de prendre la parole.

 

- Oui. On est toujours restés amis… Quand il a voulu te voir pour se faire pardonner, il est venu me demander conseil, et…

 

Je n’écoute pas la suite. Une boule se serre dans ma gorge. Se serre et grossit à la fois. Tellement que j’ai l’impression d’avoir du mal à respirer. Je me souviens parfaitement du moment où Alex a frappé à cette porte pour me dire ; « excuse-moi Jake, pardon de t’avoir tenu pour responsable de la mort de papa et Violet. Tu n’étais pas responsable.

 

 

Je me souviens encore de son visage, de son expression en cet instant. Il parlait, hanté par la frayeur que je ne le rejette. Frayeur qui s’était muée en réalité. Trop blessé par les accusations de mon frère, je n’avais pas su pardonner. Et je ne lui ai jamais reparlé jusqu’à sa mort. Nous aurions pu nous entendre à nouveau, comme avant, mais j’ai tout gâché. Je gâche toujours tout.

 

- Oh pardon, lance soudain Tania qui se rend compte de ce que ses paroles ont involontairement provoqué. Je suis désolée, je ne voulais vraiment pas.

 

- Embrasse-moi.

 

- Hein ? Lance-t-elle un peu désorientée.

 

- Embrasse-moi, je répète d’une voix grave. J’ai besoin de tes lèvres, j’ai besoin de toi Tania… Ne me laisse pas…

 

 

Elle sourit doucement et se rapproche de mon visage.

 

- Je ne te laisserai pas, déclare-t-elle très simplement, mais d’un ton sincère. Je t’aime, et tu le sais.

 

- Mais moi aussi je t’aime, je réponds en faisant légèrement pression dans son dos pour qu’elle se colle d’avantage à moi.

 

Et ses lèvres se fondent dans les miennes avant même que je n’ai le temps de réaliser que je l’embrasse aussi.

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342  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Puis, la jeune femme s’éloigne de moi, et se relève. Posant les mains sur ses hanches, elle me fixe d’un air déterminé que je lui connais bien. Malgré ma tristesse passagère, je ne peux m’empêcher d’esquisser un léger sourire.

 

- Allez debout, simule-t-elle un air autoritaire. Interdiction de broyer du noir !

 

Interdiction… Si les interdictions empêchaient les sentiments de faire surface, ou quoi que ce soit d’autre ça se saurait. Interdiction de tuer son père et la meilleure amie de son frère dans un accident. C’est arrivé. Interdiction de mourir d’une tumeur au cerveau. C’est arrivé.

 

 

- Hop, debout mon cœur ! Me presse Tania d’un ton plus ou moins énergique. On se fait un film ?! Hein ? Crie tes réponses moins fort Jake tu me brises les oreilles, ironise-t-elle. Bon, allez, adjugé vendu, on se fait un film, merci pour ton active participation au débat !

 

Je pouffe très discrètement. La jeune fille se retourne pour m’adresser un sourire et me fixer rapidement, ses yeux remplis de malice et de bonne humeur. Et le pire dans tout ça, c’est que je sais qu’elle a horriblement mal. Elle et Alex étaient très proches. Elle souffre, elle est triste, mais elle se force à ne pas le montrer… Pour moi. C’est mon rôle, normalement. C’est mon rôle de faire en sorte qu’elle ressente le moins de douleur possible. Sur cette pensée, je quitte ma place sur le canapé pour aller rapidement rejoindre cette huitième merveille du monde, sur l’instant occupée à mettre un dvd dans le lecteur. Une fois cette opération faite, elle se relève, et je me jette sur ses lèvres sans avertissements.

 

 

- Allez, sur le canapé mademoiselle ! Je lui murmure. Vous allez souffrir !

 

- MMM… on est censé regarder un film Jake, hein… Lance Tania d’un air amusé.

 

- Oui, oui ma chérie ! Censés… Je rajoute très bas.

 

- Idiot ! Rit –elle.

 

Je la laisse s’allonger, la tête sur mes genoux. Le film commence, et je reconnais d’ores et déjà la musique de pulp fiction. Un sourire presque involontaire parcours mon visage. Elle a mit mon film préféré… Même si elle sait pertinemment qu’elle s’endort toujours à la moitié.

Mes mains caressent légèrement la courbe de ses hanches pour ensuite remonter jusqu’à ses épaules, et suivre le même trajet dans l’autre sens.

 

 

Je fais mon possible pour me concentrer sur le film, pour éclater de rire aux moments qui d’ordinaire provoquent chez moi une réelle hilarité… Je fais tout pour qu’elle ne se sente pas obligé de tenir les rênes et me remonter le moral

Au bout d’un moment, je sens le contact de la tête de Tania sur mes genoux s’alourdir quelque peu. Jetant un rapide regard vers elle, je souris tendrement, et lui écarte quelques cheveux de son visage.

 

- Hé ben mon cœur, je lui lance d’un ton à la fois doux et gentiment moqueur, tu tiens moins bien qu’avant. Uma Thurman n’a même pas encore fait son overdose.

 

- Mmm, sadique qui me réveille en plein rêve…

 

- Je suis sûr que tu rêvais de moi, je continue de m’amuser.

 

Cette fois elle ne répond pas. L’embrassant légèrement sur le front, je reporte mon attention sur le film. Elle dort dans mes bras…

 

 

 

-> QUENTIN TARANTINO POWAAAA \o/ <-

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343  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Clint

 

Le jour se lève. Enfin, non, le jour ne se lève pas, je me lève moi, ce qui est bien différent. Mais ayant parfois de fortes tendances à l’égocentrisme, je ne peux m’empêcher de penser que le soleil apparaît dès que j’ouvre les yeux. Idiot ? Mais non !

Doucement, je tourne mon visage vers la droite pour découvrir le corps à la peau laiteuse d’une brune endormie. Celle-ci ne semble pas avoir envie de se réveiller, faisant ainsi s’éparpiller autour d’elle une atmosphère calme et apaisante.

 

 

Ce corps que j’ai réappris à connaître par cœur, je ne me lasse pas de le contempler. Ces épaules frêles qui dépassent légèrement des couvertures sont bien plus provocantes que ce que la jeune fille pourrait imaginer. Cette nuque que chatouille tranquillement quelques fins cheveux échappés de sa coiffure défaite par une nuit agitée me donne envie d’y déposer d’innombrables baisers. Cette poitrine… Ok, nan, là je m’arrête. Je vais devenir une sorte d’amoureux transi insupportablement mièvre, ça ne va pas du tout. Et puis il faut vraiment que j’arrête de fantasmer quand elle dort !

Je suis Clint Lawson, merde ! Je vis pour l’alcool et le sexe, et c’est mon dernier mot. Ouais, non, je suis bien pathétique là… Plus que pathétique, ça sonne faux. Je suis maladivement amoureux d’une fille pour qui j’ai pleuré, crié, hurlé, et détesté l’humanité. Je suis maladivement amoureux de l’amour de ma vie. Donc, je recommence ;

 

 

Je suis Clint Lawson (merde) ! Je vis pour l’alcool, le sexe, et Emily Hokins. Tiens, étrangement, avec l’ajout de cette dernière, cette déclaration me semble soudain un milliard de fois plus crédible !

Je pousse un profond soupir las. Je ne suis pas habité à tant de pensées affectives. Même lorsque nous étions ensembles la première fois, je m’obstinais à renier, éviter l’inévitable.

L’amour… C’est quelque chose de nouveau pour moi, c’est la première fois que je le reconnais. Et pour l’instant, c’est merveilleux. Jusqu’au jour où j’en souffrirai comme un chien. Et je sais pertinemment que ce jour arrivera. Comme tout être humain, je vais avoir mal à en crever à cause de cet putain de sentiment indispensable à la con. Je déteste l’amour. Je hais l’amour. J’exècre l’amour. Et pourtant, attention, warning, phrase à venir très mièvre et cliché, je ne peux pas vivre sans l’amour. C’est lamentable de ma part, tellement lamentable. Si mon père me voyait, il rirait de a faiblesse devant les émotions. Enfin, mon père, lorsqu’il était encore celui que je connais si bien, pas cette loque larmoyante que j’ai vu à l’hôpital, non, ça ne compte pas. Pas ce résidu d’homme qui implorait mon pardon.

 

 

Pardonne-moi Clint gnagnagna… Je t’aime Clint gnagnagna… Il aurait du se mettre à genoux et se mettre à geindre et hurler encore plus fort. Tant qu’à faire dans le déplorable, autant aller jusqu’au bout des choses.

Et le pire dans tout ça c’est que je ne peux pas dire que ces mots, qui ont pour moi le même effet que des vomitifs très efficaces, ne m’ont pas touché. Oui, c’est ça le plus grotesque.

Je soupire et entreprend de me relever. Peut-être n’est-ce pas plus mal… Peut-être que si je n’avais pas craqué, Emily et moi ne nous serions pas tombés dans les bras l’uns de l’autres sans nous poser de questions…

Visite à mon géniteur détraqué bénéfique ? Mouais, peut-être.

L’art de garder sa mauvaise foi jusqu’à la fin. Ca ne s’apprend pas. C’est comme l’aptitude à faire chier le monde, on la possède, ou on vit sa vie sans.

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344  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Je reste dix bonnes minutes inactif devant mon armoire, à me tanner afin de savoir quel vêtement vais-je enfiler. Question ô combien existentielle et palpitante, évidemment, l’être de perfection que je suis ne s’interroge pas sur des choses futiles et inutiles.

J’opte pour une de mes tenues préférées en toute indifférence avant de laisser mes pas glisser vers la cuisine. La café à une heure de l’après-midi, il n’y à que ça de vrai !

Oui, une heure de l’après-midi ! Apercevant cette heure déjà si avancée dans la journée, je fais un bond immense. Bordel, déjà ?! Je suis quand même un gros boulet…

Enfin, il est vrai que nous n’avons pas beaucoup dormi de la nuit… Même Emy qui est plutôt le genre de femme à partir faire un footing à six heures du matin, elle roupille toujours comme un beau bébé.

 

 

J’ai la désagréable impression que j’oublie aujourd’hui quelque chose de très important, sans arriver à mettre le doigt sur l’omission. Un peu comme une date d’anniversaire… Mais ce n’est pas ça… Bref. Je hausse les épaules en me disant que de toute façon, cela finirait bien par me revenir. Je sens un contact dans mon dos, une main fraîche se posant sur mon torse.

Je souris d’un air amusé, narquois, presque blasé. J’étais quasiment sûr qu’une fois levée, elle manifesterait sa présence d’une manière similaire. Même deux ans après, je la connais encore par cœur. Et ça ne me dérange pas le moins du monde.

La connaître ne rend pas notre couple monotone. Ne l’a jamais rendu monotone.

 

- Oh, une jeune femme en sous vêtements dans ma cuisine ! Je m’exclame, sachant pertinemment sans avoir besoin de regarder qu’elle n’a aucunement pris la peine de s’habiller. Je suis choqué !

 

 

- Oui, sois choqué, ça te vas tellement bien, rit la jeune femme.

 

- Tout me va bien de toute façon ! Je pourrais me balader avec un sac poubelle sur la tête que ça m’irait bien ! Je m’amuse pour la faire réagir.

 

Elle resserre son étreinte autour de moi, du moins, c’est ce qu’elle tente de faire, lorsque je me retourne vivement pour enfermer sa taille dans mes bras. Celle-ci prend un faux air désespéré avant de soupirer ;

 

- Ausecourmonpetitamiestunidiotprétentieux.com tu connais ?

 

- Pas la moindre idée de quoi tu parles petite fille… C’est pas bien de naviguer sur le net, ta maman ne t’as jamais dit qu’on pouvait rencontrer des vieux monsieurs de quarante ans ?

 

 

Un léger silence fait suite à cette phrase idiote, et soudain, je me fige. Mes doigts se crispent dans le dos d’Emily, mais je tente de ne pas trop laisser paraître mon malaise, afin de ne pas le rendre encore plus grand. Comment est-ce que j’ai pu commettre une boulette pareille ? La mère d’Emy fut assassinée de cette manière.

Durant une longue période de dépression dont la cause est encore inconnue aujourd’hui, Mrs Hokins passait ses journées à parler à un précieux ami qu’elle avait rencontré sur un forum. Le soir de leur première rencontre, elle avait été retrouvée assassinée. Le coupable rattrapé quelques heures plus tard, Emy avait eu la confirmation qu’il s’agissait bien de ce type d’internet.

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345  posté le lundi 16 juin 2008 05:39

 

Mais merde, je connais cette histoire, je la connais parfaitement ! Avant, j’évitais tout sujet qui puisse m’y faire penser, de peur de dire quelque chose de déplacé, et voilà qu’aujourd’hui j’en plaisante ! Ne plus l’avoir côtoyée deux années durant l’a fait oublier que certaines phrases peuvent vraiment blesser.

 

 - Je… suis désolé, je lance d’un ton profondément sincère.

 

En guise de réponse, elle pose un doigt sur mes lèvres avant de venir les embrasser brièvement.

 

- Ne t’inquiète pas. Te rends pas malade à cause de moi.

 

 

Ne pas me rendre malade à cause d’elle… C’est l’expression qui revient le plus souvent dans sa bouche depuis qu’il lui est à nouveau possible de me parler. Bien sûr, lorsqu’elle prononce ces mots, je comprends bien le message caché. Sa culpabilité quant à mon malaise des dernières années dû à son absence l’a beaucoup affectée. Aujourd’hui, je me rends bien compte qu’elle a souffert au moins autant que moi. Peut-être même plus…

Je lui caresse doucement la joue.

 

- Je me rends pas malade à cause de toi. C’est le contraire… Je pense qu’il est possible de faire des gaffes et de blesser un peu l’autre sans que ça tourne à l’apocalypse nan ?

 

 

Emily sourit légèrement et hoche la tête d’un air un peu honteux et résigné comme quelqu’un qui vient de faire une grosse bêtise. Je lève les yeux au ciel avant de me jeter sur ses lèvres. Bordel… Qu’est-ce que j’aime l’embrasser ! Qu’est-ce que j’aime la tenir dans mes bras ! Cela fait une éternité que je n’ai pas sentit contre moi le corps d’une femme en ressentant autre chose qu’une simple envie de sexe sans attache. Cela fait une éternité que je n’ai pas été heureux à ce point.

Je reste moi, bien évidemment. Même sarcasme, même caractère insupportable, toujours aussi aigri et plein de rancœur mais… Au moins je suis sincèrement heureux.

Je recule mon visage du sien avec une intenable envie de fondre à nouveau sur cette bouche qui m’a tant manqué, mais je me retiens en me contentant de la prendre par la taille.

 

 

- Je t’aime ma puce…

  

Bouarf ! Ca fait vraiment ridicule, dans ma bouche. Je me sens idiot. Devant elle, chaque parole douce venant de moi me paraît risible. Je ne suis pas habitué à prononcer ce genre de chose. Je me sens presque mal à l’aise. Mais toute gêne s’envole lorsque le sourire de la jeune fille apparaît.

 

- Arrête d’être aussi borné, rit-elle doucement. Si ça peut te rassurer, tu n’as pas du tout l’air idiot quand tu dis ça !

 

Gné… Comment a-t-elle su que je pensais ça ? Ah oui, mais non c’est logique en fait… C’est Emily. Elle me connaît par cœur.

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