26  posté le dimanche 10 février 2008 21:54

 

– Pourquoi tu recule ? Me demande mon frère.

 

- Je ne vaux rien, c’est ça ? Je l’agresse. Je lui suis inférieure en tout point !

 

- Mais de quoi tu parles ?

 

- Mais de Lyra ! Je crie tellement que ma gorge me fait mal. Pourquoi est-ce que la compassion va toujours en sa faveur ? Pourquoi est-ce qu’on me méprise tout le temps ?! Même toi tu es comme ça ! De toute façon…. Tu tiens plus à elle qu’à moi !

 

Oui, elle avait toujours été « sa » protégée. Lorsque petite, elle tombait, qu’elle s’écorchait le genou, c’était Kendall qui la réconfortait, et nos parents arrivaient juste après lui pour en rajouter. Lorsque nous nous disputions, c’était de ma faute, c’était moi que Kendall réprimandait.

Et pourtant, je ne disais rien, parce que je l’aimais, je les aimais tous les deux, et les voir heureux était plus important que tout. Mais aujourd’hui, c’est différent. Aujourd’hui, c’est moi qui souffre, c’est moi qui ai besoin de la tendresse d’un frère.

 

- Tu dis n’importe quoi, Tess. Me lance-t-il d’une voix blanche. Comment est-ce que tu peux même avoir cette pensée ? Je sais que tu as autant souffert que Lyra il y a huit ans, je sais qu’elle t’en veut injustement… Alors arrête de te morfondre, s’il te plaît, si tu ne comptais pas tout autant qu’elle, je ne serais pas assis là à t’écouter !

 

 

 

J’acquiesce. Il a raison. Et je le sais très bien, mais cette effusion de sentiment m’empêche d’être réaliste. Mon esprit se métamorphose en un tourbillon de pensées et de doutes. Tout n’est plus qu’un gouffre, un immense trou noir qui m’absorbe petit à petit, un incendie impossible à éteindre, qui me consume lentement, mais sûrement.

 

- Ne te laisse pas tellement perturber par son retour, me conseille Kendall.

 

Mais je suis tellement perdue dans mes pensées que je l’entends à peine.

 

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27  posté le dimanche 10 février 2008 22:02

 

Lyra 

 

Je me réveille en douceur, et constate avec une satisfaction que je ne prends pas la peine de cacher qu’elle n’est pas là. Première bonne nouvelle de la journée.

Je me demande quelle heure il peut bien être. Sûrement pas encore dix heures, ou dans ces eaux là, mais les volets fermés, il est difficile de dire.

Je sens mes cheveux venir chatouiller ma nuque, et me tomber dans les yeux. J’en déduis que l’élastique qui les retenait en queue de cheval a dû glisser pendant la nuit, et doit se trouver à présent quelque part dans les méandres de ma couverture.

Aucun son ne parvient à mes oreilles, tout est aussi silencieux qu’une nuit d’hiver.

Je pose un pied à terre. Ils doivent tous être partit au travail, ou quelque chose dans ce goût là. Grand bien leur fasse !

 

 

J’ouvre la porte, et m’avance dans le salon de ce grand appartement encore plus où moins inconnu. Quelque chose dans cet endroit semble vouloir me rappeler que je ne suis pas chez moi, et que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler la bienvenue. Pourtant, je n’arrive pas à saisir quoi. Je sais simplement que je ne suis pas réellement à ma place ici. Mais de toute façon, peu importe, je ne partirai pas.

 

 

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28  posté le dimanche 10 février 2008 22:05

 

Je m’avance dans la petite pièce carrée qui sert de cuisine pour me faire un café, et me dirige vers la table dans le séjour.

Là, je sursaute, et renverse la moitié de mon breuvage sur le sol. Mon cœur continue de battre la chamade, même après que je me sois rendue compte qu’il n’y a personne de qui je dois avoir peur.

Le rouquin de la veille, Clint, si ma mémoire ne me fait pas défaut, s’y tient assis, en compagnie d’un jeune homme brun, très pâle.

Mon nouveau colocataire me foudroie du regard, tandis que je porte à ma bouche le doigt que je me suis ébouillantée à cause du café.

 

- Mais qu’est-ce que tu fous là ?! M’agresse Clint.

 

 

 

Pas de « bonjour », pas de « comment tu vas ? ». Juste une remarque bien sentie qui me fait plus que jamais sentir comme une intruse.

 

- Bonjour à toi aussi ! Je rétorque immédiatement. Comme tu vois, je prends un café.

 

Il lève les yeux aussi, tandis que le brun nous regarde alternativement.

 

- Ne joue pas sur les mots ! Me prévient-il. Je voulais dire pourquoi tu n’es pas au boulot ?

 

J’hausse les épaules, et je m’assieds, tandis que le roux attend sa réponse avec une pointe d’impatience.

 

- J’avais un boulot jusqu’à hier. Mais plus maintenant.

 

Clint émet un petit rire dénué de joie. Seuls l’animent le sarcasme et le mépris. Il ne m’aime pas. Et c’est réciproque.

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29  posté le dimanche 10 février 2008 22:10

 

– Attends, qu’est-ce que tu veux dire ? Lance-t-il. Tu fais des études ou un truc comme ça ?!

 

- Non.

 

De méprisant, son visage passe au stade d’incrédule. Il me dévisage comme si je venais d’une autre planète. Qui sait, peut-être que ma peau a-t-elle tout d’un coup prit une teinte bleue vif, ça expliquerait cet étonnement démesuré.

 

- En gros, lance-t-il un peu trop calmement, tu te ramène ici pour voir ta sœur, tu plaque ton taffe, tu ne vas pas à la fac, et tu te contente de squatter comme un parasite ?

 

Je ne lui montre pas que ses mots me font l’effet d’un étau très serré autour de mon cœur. Voilà ce que je suis… Un parasite.

 

- Ca résumé bien une partie de l’histoire, ouais, je marmonne d’un ton désagréable. Mais t’en fais pas, Je l’ai ton argent. Et quand je serais à sec, j’aurais qu’à faire la pute dans la rue d’à côté. Ca te va ?

Il m’adresse une grimace de dégoût. Tiens donc, n’aime-t-il pas le sarcasme ? Quel dommage…

 

- Même en tant que pute, personne ne voudrait de toi, raille-t-il alors.

 

Je ne relève pas.

 

 

 

Le brun nous regarde toujours, mais son regard semble un peu plus intrigué. Pour une première impression, c’est sûr que j’aurais pu m’en sortir un peu mieux. Mais après tout, en quoi est-ce important, ce que pense cet étranger de moi ?

 

- C’est Matthias, un pote de cours, le présente grossièrement Clint.

 

- Lyra, je lance au brun avec le sourire le plus franc dont je suis capable.

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30  posté le dimanche 10 février 2008 22:17

 

– Victoria bosse, et ta sœur est chez des amis je crois, c’est son jour de congé. Croit bon de m’informer le rouquin.

 

J’opine, un air narquois se promenant innocemment sur mon visage. Je me retiens de justesse de lui dire que les faits et gestes de Tess ne m’intéressent pas plus, voir moins, que l’an quarante.

 

- Ah non, se rectifie-t-il, elle est chez son… Enfin votre frère.

 

Là, je manque de m’étouffer, et fait tout ce qui est en mon pouvoir pour ne pas recracher ma gorgée de café. Je l’avale avec difficulté, et suis prise d’une quinte de toux presque immédiate. J’en ai les larmes aux yeux. Les deux garçons me fixent avec un regard de poissons rouges.

Une fois la sensation de brûlure passée, je prends enfin la parole.

 

- Kendall et Tess sont toujours en contact ? Je m’égosille.

 

 

Clint éclate de rire. Et je n’aime pas sa sonorité. Il a l’air de me prendre pour une complète idiote, et en plus de ça, je sens que pour ce coup, je le suis réellement. Stupide.

 

- Ils sont toujours fourrés ensemble.

 

A mon grand étonnement, ce n’est pas mon colocataire qui vient de me dire cela. C’est Matthias. Je me disais bien aussi, que cette voix était trop douce et calme pour appartenir au rouquin surexcité.

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