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327  posté le dimanche 08 juin 2008 03:26

 

- Arrête de faire chier et PARLE-LUI ! Hurle soudain Andreas.

 

Je me fige, et résiste non sans mal à l’horrible tentation de me retourner pour lui faire face. L’entendre exploser de la sorte c’est… Inhabituel. Voire improbable. Alors, cela lui arrive, à lui aussi ? Alors, il peut parfois réagir comme un être humain ?

 

- Andreas… Commence Jake avec un air de reproche dans la voix.

 

- Quoi ? Vocifère celui-ci avec férocité. C’est ce que tout le monde veut non ? Qu’elles s’expliquent enfin pour que chaque pièce où elles se trouvent côte à côte ne se transforme pas instantanément en boucherie ?! Mais bien sûr, personne ne fait rien ! Vous voyez bien que l’une est aussi conne que l’autre, elles n’iront jamais se parler d’elles même, alors au lieu de vous plaindre, faites quelque chose, merde !

 

 

Un léger silence se fait sentir, durant lequel je crois mes bras sur ma poitrine, en signe apparent de refus. Il peut espérer tant qu’il veut, je ne dirai rien. Parce qu’elle sait parfaitement pourquoi je lui en veux, bien qu’elle choisisse de jouer les innocentes aux yeux de tous. Je ne viderai jamais mon sac devant elle, parce que je n’en ai pas besoin.

Doucement, Jeffer se rapproche de ma sœur, et pose une main dans le bas de son dos.

 

- Pour une fois il n’a pas tord… Tu devrais essayer.

 

- Tu rêves ! Rétorque-t-elle. Je ne veux plus rien avoir à faire avec elle !

 

- Tu dis des bêtises, Tess… Lance-t-il. Non, tu dis même de grosses conneries. Ca te bouffe de la voir te détester comme ça, et tout ce que tu souhaites, c’est que ça s’arrange Ne dis pas le contraire, parce que j’ai raison, et tu le sais très bien.

 

 

J’ai l’impression qu’à la fin de chaque parole juste et posée, il est de tradition de se taire pour imposer aux autres un silence de réflexion. Cette fois-ci ne fait pas non plus exception à la règle. Un ange passe, tandis que je retourne dans ma tête toutes les possibilités que s’offrent à moi afin de sortir d’ici, sans qu’Andreas ne m’en empêche. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il lui prend à celui là ? Pourquoi est-ce qu’il s’acharne de la sorte ? C’est tout, sauf son genre. Et je sais très bien qu’il s’en fout, que nous nous détestions ou pas… Alors quel est son but ?!

Sans que je ne l’aie vraiment remarqué, la distance entre Tess et moi s’amenuise. Ma sœur vient de perdre son masque de dureté pour me regarder d’un air implorant.

 

 

- Lyra…

 

- Ne gaspille pas ta salive, je la rembarre.

 

Et alors, soudainement, sans que je n’aie eu le temps de le prévoir, elle m’enlace, tandis que par réflexe, je serre encore plus les bras sur ma poitrine.

Son contact. Sa chaleur dérangeante. Sa présence répugnante. Son existence accablante.

SALOPE !



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328  posté le dimanche 08 juin 2008 03:26

 

- Pourquoi ? Se met-elle alors à sangloter. Pourquoi est-ce que tu me hais comme ça ?! Qu’est-ce que je t’ai fait, Lyra ? Mais putain qu’est-ce que j’ai fait pour qu’on en soit arrivées là ?!

 

ARRÊTE… Arrête… Tu me dégoutes. Arrête de m’étreindre comme ça, arrête. Cesse de tout faire pour me paralyser… Pour que je ne me dégage pas…

Tess, tu utilise tes atouts, ne crois pas que je ne le sais pas. Tu sais que je t’aime toujours, inévitablement, parce que tu es ma putain de sœur, ma putain de jumelle, avec qui j’ai tout partagé pendant seize ans. Pourquoi relances-tu cette histoire de manière si répétitive ? Avec le temps, je pourrais apprendre à avancer, à pardonner… Ou peut être que non, en fin de compte. 

 

 

 Je ne veux pas repenser à la nuit du trois Septembre, pourquoi est-ce que tu ne peux pas comprendre ça ?

Aïe… J’ai mal. Mal au ventre. Je veux vomir, mourir. Lâche-moi ! Lâche-moi ! Lâche-moi ! ARRÊTE CA ! Je te hais, et c’est tout ! Je te hais et je n’oublierai jamais ce que tu as fait, ce que tu as laissé arriver, en toute connaissance de cause ! Tu savais… Tu savais… TU SAVAIS ! Tu savais ce que j’allais subir, et tu n’as rien fait, rien fait pour me prévenir, rien fait pour m’empêcher de souffrir ! Et tu t’es conduite comme si tu n’étais au courant de rien ! C’est ça que je ne pourrai jamais de pardonner… Ca, en plus de m’avoir toi-même propulsée dans la gueule du loup.

Chaque fois que je te touche, une image de cette nuit me revient. Chaque fois que je pose un œil sur toi, mon sang contaminé par la honte de ce jour s’écoule de mes veines malades pour mettre mon corps au supplice de ce virus engendré par l’amertume. 

 

 

 Quoi que tu fasses pour racheter l’irréparable, cela ne changera jamais rien. Jamais. Ta trahison ne connaît aucun remède. Ta négligence et ton hypocrisie accélèrent l’effet dévastateur du poison que tu as créé.

Ne me touche plus, ne me parle plus, ne me regarde plus. Je comprends aujourd’hui ce que j’ai toujours plus ou moins tenté de contredire. Tu as tout détruit, et définitivement.

 

- Lâche-moi ! Va-t-en ! C’est fini Tess, c’est fini, je me barre d’ici ! Je n’aurais jamais dû revenir, mais j’ai compris… Je m’en vais !

 

- NON ! Crie-t-elle, les larmes se déversant injustement sur ses joues. S’il te plaît ne pars pas ! R… Reste-là ! Je t’ai… t’aime ! Dis-moi ! Explique-moi !

 

 

La vue de son visage ruisselant me fait perdre le contrôle total de moi-même. Je m’écarte impulsivement, violemment, brusquement. Ma maladie abstraite atteint donc aujourd’hui son apogée. Tremblements. Tension. Je craque.

Tu veux savoir ? Tu veux vraiment savoir ce dont tu as déjà toute les connaissances ? SOIT ! Parlons, Tess. Non, hurlons. Tu vas voir… Tu vas entendre, de tes propres oreilles, les cris, les hurlements de celle de qui tu as détruit le monde ! Tu vas entendre ma douleur, et tu ne le supporteras pas ! Je vais te tuer te t’enterrer par le poids de mes accusations, de mes mots qui incarneront la détresse même.

ECOUTE-MOI ET CREVE !

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329  posté le dimanche 08 juin 2008 03:26

 

Ma respiration ne m’obéit plus, et choisi de se renouveler à sa propre aise. J’halète prête à tout laisser sortir. Peu m’importe que quatre autres personnes soient témoins de cette scène. Peu m’importe qu’ils m’entendent, que le monde entier m’entende. Écoutez donc tous, puisque la seule chose qui intéresse les hommes en ce bas monde, n’est autre que les malheurs des autres ! Écoutez tous, bande de larves assoiffées de souffrance. Écoutez. Apprenez le déchirement. Apprenez la décadence d’une femme.

 

- Tu veux que je t’explique, Tess ? Je lui lance alors, ne voyant plus qu’elle. Tu veux vraiment que je t’explique ce que tu fais semblant d’ignorer ? TRES BIEN ! Alors rappelle-toi bien… Rappelle-toi la nuit du trois septembre 1996 ! Avant que maman ne nous abandonne, souviens-toi ! Qu’est-ce qu’il s’est passé, avant, Tess ? QU’EST-CE QU’IL S’EST PASSE ?!

 

 

J’attends indéfiniment sa réponse. Je l’attends, tandis qu’une boule d’angoisse se forme au beau milieu de mon ventre afin de me figer de l’intérieur. Je t’en prie… Fais un effort… Montre-moi ! Montre-moi que ce que tu as fait n’était pas assez insignifiant pour toi pour que tu aies déjà oublié ! Montre-moi ! Souviens-toi !

 

- Tu… Tu es partie passer une soirée avec Keith…

 

Keith. Ce nom me fait mal. Ce nom m’attaque pour me blesser. Ce nom m’arrache et me tue. Ce jeune homme tant aimé autrefois… Tant aimé, tant aimé… Tellement que le retour à la réalité fut brutal et sans pitié. Tant aimé… Pourquoi as-tu… Pourquoi… Pourquoi as-tu…

 

 

Mes yeux s’humidifient, je me courbe sans vraiment m’en rendre compte.

 

- Oui… Je lui lance d’une voix secouée d’un hoquet. Oui, je suis partie avec lui… Et après…

 

- Et après tu es rentrée, haletante et en larmes, et…

 

Ma sœur s’interrompt soudain. Ses yeux s’écarquillent, et elle porte inconsciemment une main à sa bouche. Ca y est… Elle sait. Elle comprend.

 

- Je… Lance-t-elle faiblement. Qu’est-ce que… Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je croyais… Je t’avais laissé un message sur ton portable avant que tu n’arrives ! Je croyais que tu l’avais reçu et que… Tu étais dans cet état pour ça… Pour maman… Oh, Lyra… Qu’est-ce que… Qu’est-ce qu’il…

 

 

Elle s’agenouille à côté de mon corps déjà à terre. Mes yeux meurtriers se posent sur le corps de celle qu’ils veulent faire leur victime.

 

- C’EST TOI QUI M’AS DIT D’ALLER AVEC LUI ! Je hurle alors. C’EST TOI TESS ! ET TU SAVAIS TRES BIEN CE QUI ALLAIT SE PASSER, TU LE SAVAIS ! JE L’AI VUE, CETTE EXPRESSION SUR TON VISAGE QUAND JE SUIS PARTIE ! Tu savais…

 

- Lyra… Lyra de quoi tu parles ? Lyra…

 

Je la regarde encore… Pourquoi prétend-t-elle encore être innocente ? Pourquoi joue-t-elle encore la comédie ? Et alors, un énorme doute s’empare de moi, une fraction de secondes. Se pourrait-il… Se pourrait-il qu’elle ne sache vraiment rien ?... Non… Non, elle savait… Et ainsi, à partir d’un simple doute, d’une simple hésitation, je me repasse en mémoire une partie de ma vie que j’ai toujours voulu oublier.

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330  posté le dimanche 08 juin 2008 03:26

 

Flash Back

 

Il est huit heures du soir, et j’ai seize ans, le soir du trois septembre 1996. Adolescente, je n’aime pas vraiment ma vie. Du moins une partie. Ma mère est dépressive, alcoolique, suicidaire, et mon père… Mon père, impuissant, fuit les problèmes en passant ses journées bloqué à son travail, volontairement. Je n’ai pas un caractère extrêmement facile, et de ce fait, je ne cumule pas un nombre impressionnant d’amis. Agressive et constamment sur la défensive, j’ai tendance à repousser les gens et leur faire peur. Les seules personnes imperméables à ce comportement qui me porte préjudices, sont ma sœur, mon frère, et… lui. Lui, qui est bien plus qu’un simple adolescent. Il est celui qui me supporte. Il est celui qui me console. Il est celui qui me tient la main dans le noir, à l’époque ou j’en ai encore peur. Il est mon premier amour, et je veux qu’il soit le seul. Je l’aime… à en crever, je l’aime.

 

 

Keith est là, en cet instant, et sort de la cuisine ou il se trouvait avec ma sœur. Tous les deux si dirigent vers moi, tout sourire.

 

- Qu’est-ce qu’il y à tous les deux ? Je demande, souriant à mon tour devant leurs faces rayonnantes. Vous préparez un mauvais coup ou quoi ?

 

- Je viens de dire à Keith pourquoi tu voulais rester à la maison au lieu de sortir t’amuser avec lui !

 

- Tu pouvais le dire ici, ça, je marmonne, un peu indifférente à cette si petite anomalie.

 

Indifférente, parce que Keith vient de se rapprocher, un petit sourire aux lèvres, celui que j’aime tant. Celui qui en dit long sans l’aide de mots. Il s’approche de moi, pour me prendre les mains, et me regarder droit dans les yeux. Depuis quelques jours, nous avons passé notre temps à nous engueuler pour un rien, et le voir soudain si doux me rend le sourire, d’une manière presque incompréhensible.

 

 

- Viens avec moi ce soir, mon cœur, me glisse-t-il d’une voix terriblement attirante. S’il te plaît, je veux être avec toi…

 

- Keith…

 

Je lance un regard embarrassé vers Tess. J’hésite terriblement. Évidemment, je préférerais mille fois partir avec celui que je considère comme l’amour de ma vie, mais un grand sens de responsabilité m’en empêche. Kendall à déjà prévu de sortir ce soir, et je m’en voudrais de laisser Tess seule, maman à charge, tandis que papa est parti pour le week-end end en voyage d’affaire.

 

 

- Ne t’en fais pas pour maman, Lyra, me réconforte ma jumelle d’une voix confiante. Je peux m’en occuper seule.

 

- Je ne sais pas…

 

- S’il te plaît… Insiste doucement Keith avec une expression irrésistible.

 

Je soupire. Après tout, pourquoi pas… Tess sera bien assez d’une… Ignorant le léger pincement au cœur que je ressens à cette pensée, je lui adresse un sourire amoureux, avant de lui communiquer un bref « Ok… », vaincue.

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331  posté le dimanche 08 juin 2008 03:26

 

- Merci mon cœur ! S’emballe Keith, d’un air sincèrement enthousiaste.

 

Il dépose un léger baiser sur mes lèvres auquel je réponds avec passion et bonheur pur et simple. Enroulant mes bras autour de son dos, je le presse pour approfondir notre baiser, et il s’exécute à la seconde même. Je me fiche bien de quiconque puisse se trouver autour de nous. Pour moi, il n’y a que lui.

 

- On se calme, jeune enfant, rit-il en se reculant. Tu viens ? On va être en retard après…

 

- En retard où ? Je m’étonne.

 

- Haha ! Tu verras ! Allez, let’s go !

 

 

Et il me prend par la taille et m’emmène avec lui vers la sortie. Au moment de passer la porte, il se retourne pour dire au revoir à Tess. A cet instant là, je ne trouve pas le clin d’œil qu’il lui lance alarmant. Ni même le sourire vainqueur, sourire auquel elle répond. Sans doute est-ce parce que je suis follement amoureuse… Il paraît inconcevable pour moi d’imaginer son visage d’ange souillé d’une quelconque expression « maléfique ». Et pourtant….

Une connexion passe entre ces deux là. Quoi qu’il s’apprête à faire, elle est au courant. Même si c’est quelque chose d’atroce. Parce que le regard mauvais qu’il lui adresse ne laisse pas place à l’erreur. Sauf pour moi.

 

 

Quatre heures plus tard, je passe la porte de sa chambre, et me laisse tomber sur son lit, aux anges. Il me regarde avec un grand sourire, les bras croisés.

Je me relève pour aller l’embrasser illico presto.

 

- Merci pour le ciné et le restau… Je lui lance alors. Merci beaucoup…

 

- Si ça t’a fait plaisir, c’est tout ce qui compte, répond-t-il doucement. Attends… Tu restes là deux secondes ? J’dois passer un coup de fil, et je reviens.

 

- Pas de problème chef ! Je lui réponds, enjouée, avant de m’allonger complètement sur ce matelas auquel je me suis habituée au fil des mois.

 

 

Et il sort de la chambre, me laissant seule. Sereine, j’examine les murs de sa chambre. Sombres, sans aucune décoration. Ils reflètent son caractère un peu introverti, à la première approche. Lorsque je l’ai rencontré, la première fois, il a sans doute été le plus intimidé par mon attitude, vis-à-vis des autres… Ou du moins, celui qui s’approchait le moins de moi.

Mais petit à petit, j’avais appris à le connaître. Je ne me rappelle même plus de quelle façon nous nous sommes rapprochés, mais en tout cas, celle-ci à été rapide. J’ai tout de suite été charmée par ses traits si apaisants et inoffensifs, son humour et sa gentillesse. Sa douceur.

 

 

Et voilà maintenant plus de six mois que je suis avec lui, profitant de la chaleur rassurante que m’offrent ses bras.

Six mois de bonheur incommensurables que je n’échangerais pour absolument rien au monde. Keith est ce genre de garçon un peu secret, mais extrêmement présent, discret et pourtant très adulé. Je suis fière de lui, fière de la personne qu’il est.

Il est parfait…



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