267  posté le dimanche 18 mai 2008 23:07

 

Clint

 

Je crois que je vais casser l’ambiance précédente, mais… Putain, quel est le con qui me réveille à dix heures du mat’ ? Ouais, je sais pas, c’est pas tôt… Et ben pour moi, si, c’est tôt. C’est même l’aube. Il est inhumain de réveiller les gens à une autre aussi indécente. Surtout lorsqu’on s’est tapé une bonne cuite la veille, un peu comme moi, quoi. Jurant de tous les diables, je m’extirpe avec difficulté de mes couvertures pour aller répondre illico presto. Manquerait plus que je rate l’appel, tien… Quitte à me faire réveiller, autant que ça serve à quelque chose ! D’un pas lourd, j’avance dans le couloir pour enfin arriver devant le combiné dont je m’empare sans douceur.

 

   

- Allô ? Je lance d’une voix pâteuse et peu engageante.

 

- Bonjour, lance une voix vaguement familière, j’aimerais parler à Clint Lawson…

 

- C’est moi, je soupire, las.

 

Génial. Les gens qui m’appellent ne savent même pas me reconnaître. Cette femme et moi ne devons pas être de très bons amis, ou alors nous ne nous sommes pas vus depuis des lustres, si elle n’arrive même pas à identifier ma voix. Quoi que… C’est pareil pour moi.

 

- Oh, bonjour Clint, lance-t-elle alors. C’est Adriana, tu te souviens ?

 

Ce nom me fait l’effet d’un coup en pleine gueule, mais je m’en remets passablement bien. A la place d’exprimer ma surprise quant à l’appel de celle-ci je ricane ;

 

- Adriana… Oui la nouvelle salope… Euh, pardon, femme de mon père… Oui, oui, je vois très bien.

 


 

Et le pire dans tout ça, c’est que je suis fier de moi. Je suis vraiment quelqu’un d’étrange. Je sais parfaitement que je ne suis qu’un pauvre con, le revendique, et j’en abuse. Mais ce n’est tellement pas un problème à mes yeux…

 

- Tu n’as vraiment pas changé, constate-t-elle un peu tristement.

 

- Et vous, vous avez changé ? Je rétorque du tac au tac, parce qu’autant que je m’en souvienne, mon père à toujours été un aimant à putes… Faites gaffe, avec l’âge, vous allez devenir vulgaire… Bon, sinon, que me vaux l’immense plaisir de cet appel ?

 

Se moquer. Poignarder. Rabaisser. Ces trois règles d’or s’appliquent à toutes personnes approchant de trop près mes parents.

   

   

Sauf ceux qui s’en approchent pour leur faire payer, évidemment. Je crois que la seule femme que j’aie jamais appréciée ayant été avec mon père, c’est la première qu’il a réellement aimée.

Celle avec qui il a eu ma sœur, mais celle qui a eu le bon sens de se barrer, se rendant compte qu’il n’était qu’une énorme pourriture. Lynn Denzell était partie, emportant ma sœur, Leah, avec elle. Sœur que je ne vois presque jamais, puisqu’elle n’est venue me rendre visite que très, très rarement, mais que je connais néanmoins par cœur, que j’apprécie, et que j’aime inévitablement.

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268  posté le dimanche 18 mai 2008 23:10

 

Leah. Elle me manque, tiens. Je la reverrai bien, un de ces jours. La seule de ma famille qui vaille encore le coup, elle, et sa mère qui n’est pas la mienne, bien que je l’aurais aimé. La voix d’Adriana résonne à mon oreille d’une manière très désagréable.

 

- Clint, c’est à propos de ton père…

 

- Quoi ? Il a été mis en prison pour ne nombreux meurtres jusqu’alors restés dans l’ombre ? Je demande machinalement, comme s’il s’agissait d’une évidence.

 

J’aimerais que ce soit cela qu’il se passe. J’aimerais qu’il soit puni, pour avoir abusé de son argent, et d’en avoir profité pour tuer, assassiner lâchement et sauvagement. Il est l’icône même de la haine, pour moi. Incarnation de tout ce que je déteste et méprise. Parfois, je pense à ce qu’il serait arrivé si je l’avais pris pour model, et… J’en ai froid dans le dos.

  

  

- Bien sûr que non, prend-t-elle ma réplique au pied de la lettre. Il est malade. Très malade, même. Il est à l’hôpital, en ce moment même.

 

- Ah.

 

- Il est atteint d’une maladie apparemment encore inconnue, qui le fait parfois beaucoup souffrir, et il… Il semblerait qu’il ne lui reste pas beaucoup à vivre, ajoute-t-elle avec une voix de martyre.

 

- Ok.

  

  

C’est le Docteur House sadique qui va être content, tiens… Un nouveau cas inconnu à traiter. Faudrait que je pense à le faire sortir de ma télé, un jour, ce serait assez drôle. Oh, et puis, j’essayerai de le confronter à Andreas. Un duel entre ces deux « je-m’en-fous-de-la-vie-vous-me-cassez-tous-les-couilles », ça serait drôle à voir. J’explose de rire comme un débile profond, tandis que la salope de mon père s’énerve, outrée par mon comportement.

 

- Mais tu t’en fous complètement ou quoi ?!

  

  

- Absolument, je me marre, non peu fier de ma capacité à la faire enrager.

 

- Mais… Mais tu es inhumain, Clint ! S’exclame-t-elle.

 

Sa voix chevrotante m’indique qu’elle est au bord des larmes, et je décide de me calmer un peu. Non pas que ça m’importe de l’entendre chialer, mais j’ai pas envie de me retrouver avec une vieille mémère pleurnicharde au bout du fil. J’ai des heures de sommeil à rattraper, moi.

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269  posté le dimanche 18 mai 2008 23:12

 

Et la « nouvelle » madame Lawson qui n’est d’ailleurs plus si nouvelle que ça dans la vie de mon père continue de déblatérer sur des sujets profondément inintéressants, comme par exemple m’expliquer depuis quand mon paternel souffre, de quelle façon, et le diagnostic que les médecins lui ont annoncé. Mon Dieu, si elle savait comme je m’en fous !

A vrai dire, je ne suis pour la mort de personne. C’est vrai, ce n’est pas vraiment quelque chose de réjouissant. Mais je ne suis pas non plus pour la survie de tous. Que mon père vive ou meurt, ça m’est bien égal. Tant mieux pour lui si son cœur continue de battre. Et si ce n’est pas le cas, et bien qu’il ne compte pas sur moi pour venir pleurer sur sa tombe.

 

- Il faudrait que tu ailles le voir…

  

  

Là, c’est la phrase en trop. J’explose d’un rire narquois et j’ai du mal à m’arrêter. Elle en a de bonnes, la vieille… Aller le voir ? Moi ? Mais putain, depuis quand est-ce qu’elle se fait des rails de coke ? Parce que sur elle, ça à un effet du tonnerre !

 

- Jamais de la vie, vous m’entendez ? Et puis, même si je le voulais, ce qui n’est absolument pas le cas, lui ne le voudrait pas.

 

- Détrompe-toi, Clint, il le veut.

 

Je fronce les sourcils, sans comprendre. Mon père, Dave Lawson, voudrait me voir, moi, son fils ? Est-il possible d’avoir deux pères ? Parce que je crois bien qu’on ne parle pas du même.

 

- Il a des choses à te dire, m’affirme-t-elle.

 

- Et bien il enverra une carte postale, je rétorque, sans cœur. Au revoir.

  

  

Et je raccroche, sans lui laisser le temps de répliquer. Je ne vois même pas pourquoi on prend la peine de me prévenir que mon père est malade. Comme si ça allait changer quelque chose, pour lui comme pour moi… Non, ça ne change rien. Je me fous de ce qu’il peut lui arriver, et lui, se fout de savoir si je vais bien pour pas. C’est exactement la même chose.

Alors qu’on arrête de venir m’emmerder avec les leçons à deux balles sur les valeurs familiales. C’est ton père, tu l’aimes forcément… Non, bien sûr que non, je ne l’aime pas. Comment aimer un monstre ? Moi, je n’y arrive pas, et n’y arriverai jamais.

Et puis en plus, gamin, j’avais peur des monstres. Ouais, ils étaient sous mon lit, et ils m’attendaient pour m’attraper le pied au moment où je le poserai à terre… C’est ce que je croyais. En fait, aujourd’hui, je me rends compte que le seul véritable monstre, c’est lui.

Mon père, cauchemar de mes nuits, destructeur de mon âme.

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270  posté le dimanche 18 mai 2008 23:14

 

Kendall

 

Je marche tranquillement vers le studio d’enregistrement, d’un pas léger. Je me sens libre, aujourd’hui. J’ai dans la tête de faire une chose précise, qui consiste à aller lui parler, à elle. Mettre les choses au clair à propos de notre couple, et les choses ne pourrons que s’arranger. Il faut que j’arrête de me laisser influencer par les idioties de Matthias, engendrées par une pure et simple jalousie dévastatrice. Une fois avoir parlé notre union n’aura plus de raison d’aller mal. C’est aussi simple que ça… Ce n’est pas irrécupérable… Non, ça ne l’est pas. Aucune réelle dispute ne nous a d’ailleurs opposée. Une simple méfiance de ma part, qui n’avait aucune raison d’être… Tout va aller mieux, j’en suis plus que persuadé.

  

  

Poussant la porte, je découvre un petit groupe assis sur les habituels canapés et fauteuils. Jake, Lyra, Clint et Andreas. Les quatre, plus ou moins inséparables, bien qu’entre ma sœur et le jeune blond, l’humeur ne soit pas au beau fixe. Lui… J’ai envie de lui arracher les yeux, plus que jamais. Qu’il fasse parti de mes meilleurs amis ou non, je n’en ai absolument rien à foutre. Dès que je pose un regard sur lui, je ne vois qu’un homme qui a prit, et prend toujours, Lyra pour un simple objet, avec lequel il peut s’amuser à loisirs. Celle-ci ne se laisse pas vraiment faire non plus… Jamais elle ne lui montre la souffrance qu’elle éprouve, bien que moi, je la devine sans mal. Nous en avons parlé, elle et moi. Elle m’a avoué qu’elle pensait l’aimer, ou en tout cas, ressentir quelque chose de bien particulier.

  

  

Moi, je sais bien qu’au fond, il n’y a pas vraiment à chercher plus loin. Elle est folle amoureuse de lui, comme il en a été le cas pour bien d’autres, mais elle, au moins, a l’intelligence de ne pas le lui montrer.

Quant à lui, qu’éprouve-t-il ? C’est l’éternel mystère. Je ne peux pas croire qu’il avait simplement envie de la sauter, c’est impensable. Si cela avait été le cas, il se serait jeté sur elle bien avant cela… Il semblait, en dépit de ses habituels sarcasmes et de sa froideur apparente, lui manifester un certain respect, un respect que je ne l’avais jamais vu porter à personne… Et puis, quelque chose à dégringolé. Je ne sais pas quoi… En à peine quelques jours, il a eu l’air de la regarder d’une toute autre façon. Que ressent-il ?

  

  

Je ne sais pas, mais c’est profond. Et fort. Que ce soit colère ou amour. Mais une chose est sûre ; s’il fait un seul nouveau faux pas, et bien, je m’occuperai de lui. Il ne faut pas l’idéaliser ce con. Il paraît peut-être invulnérable, mais au niveau de la force physique, il se fait bien souvent dépasser. Il sait se battre, il est musclé, mais nous savons tous parfaitement que n’importe lequel d’entre nous, Sheldon, Matt, Jake, Drake, Jeff, Clint ou moi aurait le dessus. D’après ce que j’ai entendu dire, déjà petit, il était incapable de tenir tête à son frère… Cette pensée m’emplit d’une compassion rageante à son égard. J’aimerais être incapable de lui témoigner une once de sympathie, sachant très bien quel genre d’homme il est, et pourtant, je ne peux pas. Je ne peux pas haïr un éternel enfant martyre.

  

  

Enfin… A défaut de la force physique, il sait parfaitement se protéger par les mots et son attitude. Car c’est la grande différence entre nous. Nous pouvons le blesser, physiquement, donc, très temporairement. Lui, peut nous rabaisser et nous détruire, moralement, donc, à long terme. Elle est là, sa force. Aussi déplorable soit-elle. Il exerce sur n’importe qui une emprise des plus effrayantes. Un mot assassin de sa part, et c’est fini. On plonge.

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271  posté le dimanche 18 mai 2008 23:17

  

Lyra m’aperçoit, et me dévisage d’un air abasourdi. Instinctivement, je passe ma main dans mes cheveux raccourci, un peu gêné. Je déteste cette manie qu’ont les gens de vous fixer lorsque quelque chose à changé chez vous… C’est vraiment, vraiment insupportable. Et je crois bien que ma sœur en rajoute, car elle sait combien j’ai horreur de ça.

 

- Oh Kendall ! S’exclame-t-elle. Mais qu’est-ce que t’as fait ?!

 

- Bah ça va, dis tout de suite que c’est moche, je marmonne d’un air grognon.

 

- Même pas, en plus ! Me contredit-elle vivement. Moi j’aime bien comme ça, ça m’a juste fait bizarre, sur le coup, c’est tout !

  

  

Bref. Parler coiffure, c’est pas vraiment mon truc, en fait… Je me laisse tomber sur le canapé, m’octroyant quelques minutes sabbatiques avant la discussion à la fois attendue et redoutée. Malgré mes certitudes de réconciliation, je ne peux m’empêcher de douter un petit peu, un tout petit peu…

- Faudrait qu’on te parle, Ken, lance alors Jake d’un ton grave.

Je le fixe dans les yeux. Mon ami a beau être souvent bien calme, ce n’est pas son genre d’afficher un tel sérieux pour des choses anodines. Mon cœur commence à battre soudainement la chamade, cependant, Andreas et Clint réagissent en même temps.

  

  

- Non, lancent-ils en chœur.

 

- Pas tout de suite, Jake, lui conseille Andreas.

 

- Attends un peu renchérit Lyra.

 

Je les regarde, les sourcils froncés. La situation m’échappe, en revanche, ce qui ne m’échappe pas, c’est le regard noir que lance le blond à ma sœur. Apparemment, le fait qu’elle le soutienne l’offusque grandement. Celle-ci défie ces yeux accusateurs d’un air hautain. Je soupire de lassitude devant ces deux là. Aucun ne se montrera vaincu d’avance. Ils jouent un jeu, tout en se détestant petit à petit. Se détestait, ou se forçant à se détester, de toute façon, c’est la même chose.

  

  

Andreas se lève, très doucement et calmement, mais je suis sûre que c’est sous le coup d’une impulsion, d’un énervement qu’il dissimule derrière une façade réfléchie. C’est vrai… Montrer aux autres qu’il se laisse guider par des accès de colère pourrait briser son image d’intouchable… Mon Dieu… En le regardant s’appuyer contre le mur, je me rends compte que je l’aime beaucoup, que je le respecte, que parfois je ne le supporte pas, mais surtout… Que je le plains.

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