
Nous finissons notre petit déjeuné en silence, puis, Matthias se lève et quitte l’appartement après nous avoir lancé un bref ; bon j’y vais, à tout à l’heure. J’hoche la tête pour lui montrer que je l’ai entendu, quant à mon deuxième colocataire, celui-ci ne daigne même pas relever la tête. On dirait presque qu’il en veut à Matthias, mais non. C’est juste Andreas, quoi.
Le téléphone sonne soudainement, et lui bruit qu’il émet écorche mes oreilles de pseudo endormi. Deux sonneries. Mon ami et moi nous défions du regard quelques instants. Puis, le jeune homme blond soupire et capitule, ce qui est rare.

- Ok, j’ai compris, j’y vais… T’as de la chance, c’est mon jour de bonté !
- Trop d’honneur, je réplique avec une pointe de sarcasme. Allez, bouge toile cul, ça va s’arrêter de sonner !
Andreas tourne la tête quelques secondes vers moi avant de lever bien haut son majeur à mon attention, avant de bondir sur le téléphone, tout cela effectué avec une classe et une élégance propres à lui-même, bien évidemment.
- Ouais ?! Je l’entends dire dans le combiné, d’un ton profondément emmerdé et glacial comme la glace.

Je ferme les yeux en signe de désespoir. Pas étonnant que ce type intimide tout le monde… On a l’impression que tout lui passe au dessus de la tête. Il se fout de tout, même de lui-même. Surtout de lui-même…Sa beauté atypique et son regard d’homme détruit jouent souvent en sa faveur, mais rares sont ceux qui savent aller par delà sa carapace qu’il porte depuis tout gamin. Je dirais même qu’ils sont inexistants. C’est pourquoi il se perd. Il est trop froid, trop indifférent, trop effrayant, et souffre trop pour être sauvé, d’une façon ou d’une autre.
- Ah, bonjour ! Lance-t-il alors.
Je m’étonne. Bien que sa voix demeure hautaine et froide, il fait l’effort de paraître poli, ce qui arrive assez rarement. Ce doit être quelqu’un pour qui il lui est instinctif de montrer du respect… Et j’ai beau chercher, je ne vois pas qui cela pourrait être. Je l’entends baragouiner deux trois paroles de plus, puis il revient vers moi.

- Jake, c’est… Pour toi, me dit-il inutilement.
Il me tend le combiné dont de m’empare, intrigué. Qui, dans mes connaissances, serait à même d’obliger mon meilleur ami à troquer son ton désagréable pour un plus éduqué ?
- Allô ?



































