248  posté le lundi 12 mai 2008 00:24

 

Nous restons enlacés quelques secondes, puis, il tourne la tête vers moi, et en quelques secondes, je me retrouve sur ses genoux, et il m’embrasse avec une passion presque nouvelle. Instantanément, j’ai envie de sourire. Embrasser tout en éclatant de rire à la fois, c’est une sensation étrange. Je n’ai plus vraiment envie de penser à tout ça, maintenant. Quand je dis tout ça, je parle de Nikita. D’ailleurs, il est très rare que j’y pense, depuis que j’ai surmonté ma culpabilité.

Sheldon relâche mes lèvres et m’adresse un sourire radieux auquel je réponds avec enthousiasme.

  

  

- Tu ne veux toujours rien me dire ? Me taquine-t-il.

 

J’hausse les épaules avant de poser ma tête contre la sienne.

 

- Crois-moi, c’est sans importance, et puis, ça va déjà mieux…

 

- Mes baisers seraient-ils le remède ? S’amuse-t-il en empruntant une voix encore plus grave qu’elle ne l’est déjà, cherchant sans doute à jouer les séducteurs.

 

Je feins une profonde réflexion avant de sourire malicieusement, mon regard retrouvant enfin de sa vivacité. C’est presque effrayant de constater à quel point son caractère à un effet indéniablement bénéfique sur moi.

  

  

- Mm… Je ne sais pas, je crois que tu devrais réessayer pour voir…

 

- Je pense aussi, on ne sait jamais, des fois qu’on se tromperait…

 

J’étouffe un léger rire avant de l’enlacer un peu plus fort, et de rapprocher mon visage du sien. Sheldon s’avance légèrement, penche son visage et ses lèvres se rapprochent des miennes. Elles s’effleurent, mais n’entrent pas encore en contact. Mon fiancé prend un malin plaisir à reculer légèrement à chaque fois que le baiser est susceptible de s’approfondir. J’émet un très léger soupir de frustration, tandis que celui-ci éclate d’un rire franc, tout en resserrant son étreinte autour de ma taille.

  

  

- Putain, t’adore te faire désirer toi, je lance d’une manière désespérément franche.

 

Ah, pour sûr, niveau richesse du langage, mon frère n’a pas vraiment eu une excellente influence… D’un côté, comment pourrais-je aller très loin lorsque l’expression fétiche d’Andreas est « tu me casses les couilles », et celle de Will, « Quelle bande d’enculés ! »…

 

- Quelle élégance, mon amour, se moque doucement Sheldon.

 

- Oh, toi, tais-toi et embrasse-moi si tu ne veux pas que je te viole sur place !

 

- Oh, non, au secours, violé par ma future femme, quel supplice, rit-il avant de fondre sur mes lèvres.

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249  posté le lundi 12 mai 2008 00:28

 

Petit à petit, notre baiser s’approfondit, encore et encore. Lentement, il commence à glisser contre moi, et me pousser un peu en arrière. Je me laisse faire, tout en m’agrippant à son dos qui se fait brûlant. Nous sommes à présent complètement allongés sur le canapé, l’un serré contre l’autre. Je crois que nous sommes tellement proches qu’il est presque impossible de distinguer un corps d’un autre. Je sens les mains expertes de Sheldon déboutonner ma chemise qui tombe sur le sol, tandis que dans un geste synchronisé, je lui retire son haut également.

  

  

A présent peau contre peau, je sens le désir monter en moi comme une flèche, quand quelque chose m’interrompt.

Sans doute cette photo qui vient de glisser de la poche de son jean n’aurait pas eu d’importance, si, en lançant un regard au hasard sur le sol, elle ne s’était pas trouvée du bon côté, de façon à ce que je puisse voir qui figurait dessus…

  

 

Une longue chevelure châtain, de jolis yeux bleus presque turquoise, un air assez dur, mais attachant… Et à côté d’elle, un jeune homme que je ne connais que trop bien… Ils ont l’air de nager dans un bonheur incommensurable. Mon cœur semble imploser. Je ne sais pas si je me fais des idées ou non, mas j’ai l’impression qu’il la regarde d’une manière à laquelle je n’aurai jamais droit.

Je m’écarte de Sheldon brusquement, presque violemment, tandis que celui-ci vacille, un peu déboussolé.

  

  

- Chérie, qu’est-ce qu… Oh ! Lance-t-il un peu faiblement, en s’apercevant que je suis en train de fixer la photo de lui et Nikita.

 

- Ouais, Oh… Je souffle tout doucement.

 

Je ne cherche pas à l’accuser ou quoi que ce soit. Je constate juste. Sheldon se relève alors, et fais quelques pas vers la fenêtre. J’ai soudain l’impression que le froid qui vient de se laisser entre nous s’apprête à avoir des effets dévastateurs. Il fixe l’extérieur, sans ne plus bouger d’un pouce. Je le regarde attentivement Est-il fâché ? Et si oui, de quoi ? Est-ce parce qu’il ne voulait pas que je voie cette photo ?

  

 

- Tu pensais à elle, hein ? Lâche-t-il soudainement. C’est pour ça que t’étais bizarre… Tu pensais à Nikita…

 

D’interrogatif, son ton devient affirmatif. Il se retourne vers moi, les sourcils froncés et me regarde avec sérieux. Je décèle une note de colère sur ses traits.

 

- Je croyais que t’avais surmonté ça ? S’emporte-t-il alors. Ta culpabilité injustifiée, et tout le reste…

 

- C’est… C’est le cas, j’affirme, surprise par son ton cassant.

 

- Alors pourquoi est-ce que c’est toujours aussi insupportable pour toi de penser à elle et notre couple ?! Tu trouves qu’on triche ? Qu’on agit mal ? Quel est le problème bordel ?!

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250  posté le lundi 12 mai 2008 00:34

 

J’ai du mal à suivre cet énervement soudain. Sheldon s’avance, et s’assied juste en face de moi. Il semble faire de gros efforts pour se maitriser. Il ouvre la bouche, et me regarde directement dans les yeux.

 

- Je ne sais pas si tu te souviens, mais aujourd’hui, c’est son anniversaire de mort…

 

Je laisse involontairement échapper un cri de surprise. C’est pour ça que je me sentais étrange, et que je pensais soudainement à elle ! Je n’ai pas vraiment réagi en voyant la date, mais mon subconscient l’a fait pour moi…

 

- Je suis allé au cimetière ce matin, et j’ai croisé Kathleen, qui m’a donnée cette photo, en disant que ça faisait longtemps qu’elle voulait me l’offrir. C’est tout…

  

  

Comment sait-il que l’apparition de cette photo vient de me faire douter sur la réelle ampleur de ses sentiments ? Comment sait-il que je désire une explication, à propos de comment elle est arrivée en sa possession ? Comment le sait-il ? Parce qu’il me connait ? Parce qu’il… m’aime ?

 

- Lindsay, je n’en peux plus que tu doutes constamment de moi et de ce que je ressens pour toi dès que Nikita entre en jeu… Pourquoi est-ce que tu es comment ça ?

  

  

Son regard me touche, son ton me touche. Il ne me comprend pas, et au-delà de la colère qui lui sert en ce moment à masquer ce qu’il éprouve réellement, ça le rend profondément triste. Comme si une bulle s’était refermée autour de moi, empêchant quiconque venant de l’extérieur de me cerner.

Je soupire.

 

- Tes yeux, mon coeur… Je vois très bien qu’à côté d’elle tu es heureux, et jamais je n’ai vu ce regard depuis que tu es avec moi…

  

  

Il m’interrompt immédiatement d’un geste de main, et je sursaute en rencontrant ses yeux, à la fois furieux et peinés. Le sérieux avec lequel il me dévisage, je ne l’ai jamais encore jamais vu sur son visage. Ce n’est même plus du sérieux, c’est de la gravité qui se lit sur ses traits. Et pour la première fois, je me dis que peut-être… Et bien peut-être que j’ai tort… peut-être qu’il est vraiment heureux, et que c’est mon obstination à croire le contraire qui le rend malheureux…

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251  posté le lundi 12 mai 2008 00:38

 

- Lindsay, je vais te dire un truc, commence-t-il d’une voix lente, déjà au collège, j’étais amoureux de toi, mais je ne faisais rien, d’abord parce que tu étais la sœur de l’un de mes meilleurs amis, et qu’en plus, très sincèrement, tu n’en avais pas grand-chose à foutre de moi. Et puis on a grandit, t’as rencontré ton premier amour, et moi j’ai rencontré Nikita. Pendant toute cette période, tu n’étais plus qu’une simple amie, et puis, petit à petit, avant même que Nikky ne… Il déglutit avec peine. C’est toujours quelque chose de difficile à dire, ce genre de phrases. Avant même que Nikky ne meurt, j’avais recommencé à ressentir des choses pour toi, mais je l’aimais elle aussi, et la question de qui choisir entre vous ne se posait pas pour l’instant. J’étais avec elle, tu étais avec Samuel, point. J’étais réellement amoureux de vous deux. Puis quand elle est morte, tu sais bien le choc que ça m’a fait, les quelques années sombres que j’ai vécues… Et j’ai fini par me torturer, parce que plus le temps passait, plus je pensais à toi, à trouver un moyen d’être avec toi… Et je me dégoûtais, parce que l’une de deux femmes que j’aimais était morte, et que je pensais déjà à une autre. Mais tu n’étais pas tout simplement « une autre » Lindsay… Tu étais bien plus qu’une simple « autre »… Et puis, j’ai fini par comprendre. J’ai fini par comprendre que je t’aimais plus que tout, même plus qu’elle. Plus que Nikita, et qui si elle avait été en vie, cela n’aurait rien changé, parce que je sais que j’aurais fini par aller vers toi. Alors j’ai arrêté de m’n vouloir et j’ai décidé de me relever… Je ne peux pas dire qu’elle n’occupe pas une place particulière, ce serait mentir. Et je ne peux pas non plus dire que la perdre ne m’a pas détruit, ce serait faux aussi. Mais tu as su être là, et tu as su me reconstruire à toi toute seule, toi toute petite, toute frêle et toute fragile. Ne doute jamais de mon amour pour toi, parce que je crois bien que c’est le sentiment le plus sincère que j’ai jamais éprouvé.

  

  

Il termine cette longue déclaration avec un très léger sourire, et se relève de tout son haut. Déjà que quand je suis débout en face de lui, je dois me dévisser le cou pour lui parler, tellement il est grand, maintenant que je suis assise, c’est encore pire. Je n’esquisse pas un mouvement, les yeux dans le vague. Je ne réalise pas vraiment qu’il vient de faire l’une des plus belles déclarations d’amour que j’aurais pu espérer. En revanche, je réalise que mes yeux sont humides.

 

- T’es trop con… Je marmonne en m’essuyant les yeux. Je pleure maintenant…

  

  

Je me sens bien pathétique après son discours des plus sincères et touchants, mais je suis vraiment incapable de dire quoi que ce soit d’autre. Sheldon me tend les mains afin que je me relève pour l’embrasser une nouvelle fois, mais à la place, je le tire vers moi, et nous tombons sur le canapé en riant aux éclats. Je crois bien que c’est ça qui me manquait, qui m’empêchait de croire pleinement à notre relation… J’avais juste besoin qu’il me dise quelque chose comme ça, tout aussi simplement. Maintenant, je sais que tout ira bien.

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252  posté le lundi 12 mai 2008 00:41

 

Jake

 

Le café trop chaud m’ébouillante la langue, et je repose violemment ma tasse sur la table, avant de morde la langue, comme un con. Ca ne fait passer la douleur en rien, mais peu importe… Matthias me lance un regard absolument désespéré tandis que je lui réponds d’un regard morne, signifiant ici : un seul commentaire, et je te promets que tu t’en prends un dans la gueule. Je suis de nature calme, mais les lendemains d’un concert qui a duré la nuit entière, mieux vaut ne pas trop se risquer à me fréquenter. Mon colocataire et ami sourit légèrement avant de boire son propre café sans se bruler, lui. Je lance un rapide coup d’œil à l’horloge. Il n’est pas aussi tard que ce que je pensais, en fin de compte… Seulement dix heures du matin, pour un coucher programmé cinq heures plus tôt.

  

  

Des pas se font entendre dans les escaliers, lourds, mais rapides. Andreas fait une entrée fracassante dans la cuisine, propageant autour de lui l’habituel cercle de froideur et d’indifférence qui l’habite constamment.

 

- Salut les branleurs, grogne-t-il avant de se diriger en tout bien tout honneur vers le réfrigérateur.

 

Matthias et moi répondons brièvement avant de repartir dans notre activité ô combien prenante, qui consiste… à ne rien foutre. Ce n’est pas vraiment de ma faute, je suis absolument crevé, avec l’impression de vivre dans un rêve éveillé tellement la fatigue grandissante m’accapare.

Andreas s’assied autour de la table, sans aucune discrétion. Sa chaise racle contre le sol, et en s’asseyant, il fait littéralement trembler la table. On ne soupçonnerait jamais une silhouette aussi svelte de créer autant de dégâts…

  

  

- Et allez, l’ouragan s’y met… Marmonne Matt avec mauvaise humeur.

 

- Oh, toi le gamin, tu te la mets en veilleuse illico, parce que tu vas vite me…

 

- Casser les couilles, termine le benjamin de nous trois, ouais, je crois qu’on la connaît, ton expression fétiche.

 

Visiblement, mon meilleur ami ne souhaite pas s’attarder sur un sujet de conversation aussi puéril. Nous sommes tous les trois de mauvaise humeur, alors dans ces cas là, chacun se fait petit. Enfin, petit… Sauf notre iceberg local, j’ai nommé Andreas. Lui et son visage d’ange et à la chevelure dorée n’est qu’un énorme chieur. Un homme complètement détruit, et désabusé, aussi. Mais comme toujours, c’est une autre histoire.

 

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