
– Ouaaah, c’est trop chouu ! Tonne une voix hautement ironique derrière nous.
Nous sursautons, et nous éloignons l’un de l’autre d’un même geste. Lui, parce qu’il n’a aucune envie de se faire prendre en plein dans l’un de ses rares moments de tendresse, moi, parce que je veux justement le lui éviter.
Mon autre frère et ma mère sont là, tous les deux. C’est Will qui vient de parler. Will, je l’aime. Très fort même. Pareil qu’Andy. Mais ça ne l’empêche pas d’être une tête à claque. Andreas dirait plutôt une tête de con, mais ça, c’est une question de point de vue.

Je n’aime pas lorsqu’il se moque d’Andy. Depuis qu’ils sont tout gamins, c’est comme ça. Et bien évidemment, maman est toujours du côté de Will. Pourtant, parfois, quand je suis témoin, mon frère le plus âgé n’y est strictement pour rien…
Il faut dire qu’ils n’ont qu’un an d’écart, et qu’Andreas est un peu frêle, pour son âge. Le rouquin est sans doute un peu plus grand que lui, et plus costaud. Il faut dire qu’il passe ses journées sur un terrain de baseball, pas à jouer de la guitare.
- Tiens, deux con pour le prix d’un, marmonne Andreas dans sa barbe.

Il est dans l’époque on son esprit est assez détaché pour oser penser ce genre de chose sans que cela ne l’affecte intérieurement, mais pas assez pour les affirmer haut et fort. Je ne me doute pas que cet instant arrive à grand pas.
- Qu’est-ce que t’as dit ?! Peste Will en se rapprochant.
Personne ne voit rien venir. Le rouquin balance son poing dans la tête angélique de son aîné, et ma mère ne réagit pas, tandis que je pousse un petit cri. Andreas vacille, et son nez saigne fortement. Son nez à toujours été fragile, un simple coup de cahier pouvait déclencher de petits saignements… Alors un coup de poing doté de la force de Will…
Le jeune blond recule et fusille du regard les deux nouveaux arrivants. A treize ans, il est encore plus ou moins capable de ressentir d’autres choses que l’indifférence. Ca aussi, ce sera bientôt fini.

- JE VOUS DETESTE ! Hurle-t-il sans vraiment s’adresser à un seul, mais à l’ensemble de ce qu’ils constituent. J’VOUS DETESTE ! S’égosille-t-il à présent. Et un jour vous allez voir ! Un jour… Un jour j’en aurais plus rien à foutre, plus rien du tout, et vous, vous resterez derrière moi à vous traîner dans vos petites vies merdiques ! Je s’rai meilleur que vous ! Parce que j’veux surtout pas finir comme vous ! VOUS ME DEGOUTEZ TOUS !
C’est son ambition. Réussir, et les laisser derrière lui, rampants comme des larves, sans que cela ne le préoccupe. Il s’en va en courant, et moi, je me demande s’il y a quelque chose que je puisse faire… Si c’est possible, que quelqu’un me dise quelque chose, m’envoie un signe…
Mais rien ne vient.


































