228  posté le jeudi 08 mai 2008 17:17

 

– Ouaaah, c’est trop chouu ! Tonne une voix hautement ironique derrière nous.

 

Nous sursautons, et nous éloignons l’un de l’autre d’un même geste. Lui, parce qu’il n’a aucune envie de se faire prendre en plein dans l’un de ses rares moments de tendresse, moi, parce que je veux justement le lui éviter.

Mon autre frère et ma mère sont là, tous les deux. C’est Will qui vient de parler. Will, je l’aime. Très fort même. Pareil qu’Andy. Mais ça ne l’empêche pas d’être une tête à claque. Andreas dirait plutôt une tête de con, mais ça, c’est une question de point de vue.

 

  

Je n’aime pas lorsqu’il se moque d’Andy. Depuis qu’ils sont tout gamins, c’est comme ça. Et bien évidemment, maman est toujours du côté de Will. Pourtant, parfois, quand je suis témoin, mon frère le plus âgé n’y est strictement pour rien…

Il faut dire qu’ils n’ont qu’un an d’écart, et qu’Andreas est un peu frêle, pour son âge. Le rouquin est sans doute un peu plus grand que lui, et plus costaud. Il faut dire qu’il passe ses journées sur un terrain de baseball, pas à jouer de la guitare.

 

- Tiens, deux con pour le prix d’un, marmonne Andreas dans sa barbe.

  

  

Il est dans l’époque on son esprit est assez détaché pour oser penser ce genre de chose sans que cela ne l’affecte intérieurement, mais pas assez pour les affirmer haut et fort. Je ne me doute pas que cet instant arrive à grand pas.

 

- Qu’est-ce que t’as dit ?! Peste Will en se rapprochant.

 

Personne ne voit rien venir. Le rouquin balance son poing dans la tête angélique de son aîné, et ma mère ne réagit pas, tandis que je pousse un petit cri. Andreas vacille, et son nez saigne fortement. Son nez à toujours été fragile, un simple coup de cahier pouvait déclencher de petits saignements… Alors un coup de poing doté de la force de Will…

Le jeune blond recule et fusille du regard les deux nouveaux arrivants. A treize ans, il est encore plus ou moins capable de ressentir d’autres choses que l’indifférence. Ca aussi, ce sera bientôt fini.

  

  

- JE VOUS DETESTE ! Hurle-t-il sans vraiment s’adresser à un seul, mais à l’ensemble de ce qu’ils constituent. J’VOUS DETESTE ! S’égosille-t-il à présent. Et un jour vous allez voir ! Un jour… Un jour j’en aurais plus rien à foutre, plus rien du tout, et vous, vous resterez derrière moi à vous traîner dans vos petites vies merdiques ! Je s’rai meilleur que vous ! Parce que j’veux surtout pas finir comme vous ! VOUS ME DEGOUTEZ TOUS !

 

C’est son ambition. Réussir, et les laisser derrière lui, rampants comme des larves, sans que cela ne le préoccupe. Il s’en va en courant, et moi, je me demande s’il y a quelque chose que je puisse faire… Si c’est possible, que quelqu’un me dise quelque chose, m’envoie un signe…

Mais rien ne vient.

lien permanent

229  posté le jeudi 08 mai 2008 17:21

 

Sheldon

 

C’est le printemps. Ladite saison des amours. Je n’ai jamais su si cette dispute avait éclaté pour démentir ce préjugé stupide ou simplement pour rajouter un aspect tragique à la vie, mais en tout cas, elle a bel et bien éclatée.

Dans une maison que je n‘ai toujours pas quittée, habité par un jeune couple très amoureux, pour être précis. Elle et moi. Nous sommes encore tout jeunes, à peine dix-huit ans, et déjà en train de voler de nos propres ailes dans un petit quartier tranquille de Londres.

Mais c’était ce que nous voulions. Un coin tranquille, un chez nous, un endroit où nous identifier et nous reconnaître. Parfois le « chez nous » explose. Ou plutôt, le couple explose. C’est le cas, en ce jour.

  

 

La jolie jeune femme châtain qui se tient en face de moi me lance un regard furieux, les bras croisés, tandis que j’opte pour une pose avachie sur le canapé. Je sais très bien que ça la fait enrager, lorsque je me la joue désinvolte.

 

- Tu pourrais au moins prendre la peine de te lever ! Me hurle-t-elle.

 

- Et pourquoi ça ? Je réponds d’un ton tout aussi furieux. Ca va peut-être te faire changer d’avis ? Amener la paix dans le monde ? Non, je ne crois pas, alors tant que ça ne changera rien, je resterai le cul sur le fauteil !

 

- Mais t’es trop con Sheldon ! Tu m’énerves, tu m’énerves, tu m’énerves !

  

  

- C’est bon, j’ai compris, pas la peine de le répéter quarante milliard de fois !

 

- Je l’ai dit que trois fois, je te ferais remarquer !

 

-C’est une expression, putain ! Je m’emporte d’autant plus.

 

Qu’est-ce que Nikita peut se montrer horripilante, lorsqu’elle s’y met… Surtout los de disputes dans ce genre, où nous nous déchirons pour des futilités. Non, vraiment, je regrette d’avoir un jour engagé un sujet tel que…

 

- Je ne veux pas d’enfants ! Me beugle-t-elle. Pas pour l’instant, on a que dix-huit ans, même pas de boulot, encore a la fac, qu’est-ce que…

  

  

- J’ai laissé entendre que j’aimerais en avoir avec toi plus tard, en aucun cas je n’ai dit, « viens chérie, je vais te faire l’amour comme une bête pour que tu tombes enceinte »…

 

Nikita étouffe un cri de rage, et je ne prends même pas la peine de lui répondre lorsqu’elle me lance l’éternel «  tu vois très bien ce que je veux dire ». Elles sont marrantes, les femmes, dans ces moments là… Non, je ne vois pas très bien ce qu’elle veut dire, sinon, j’aurais déjà compris. Gné…

lien permanent

230  posté le jeudi 08 mai 2008 17:24

 

Elle me saoule d’une force inexplicable. J’ai à peine évoqué l’idée de construire quelque chose avec elle que d’ores et déjà, elle monte sur ses grands chevaux. Elle est bien connue pour réagir au quart de tour, et c’est un risque que j’ai décidé de prendre, en l’aimant comme un fou, mais là, tout de suite, je n’en peux plus.

Et tout cela est tellement idiot ! Je n’arrive pas à croire qu’on en soit arrivé là avec un sujet de conversation pareil… En plus d’être stupide, c’est inattendu. La majorité des femmes saute au plafond lorsque leurs hommes leur font comprendre qu’ils veulent construire quelque chose de solide avec elle… Mais bon, Nikita ne si situe apparemment pas dans la majorité. Bordel, qu’est-ce que c’est con…

  

  

Nikita s’empare d’un objet posé sur la table basse et le jette sur le sol avec violence. C’est une bougie, chérie, tu ne risques pas de causer beaucoup de dégâts avec ça… Je la reconnais bien là, toujours besoin d’exploser quelque chose pour se soulager. Elle a d’ailleurs commencé par exploser ma bonne humeur.

 

- Ouuuh, mais quelle violence Nikky, une vraie terroriste dans l’âme ! Je me moque avec un malin plaisir.

 

Je n’ai pas très envie de calmer le jeu, maintenant. Elle m’a énervé également, et je sais très bien comment la faire sortir de ses gonds. Elle ne supporte pas la moquerie. Alors je continue de railler autant que je peux, puisque apparemment, elle ne veut pas comprendre que ce que je lui avais dit n’était pas à prendre pour un désir immédiat.

Oui, j’ai envie de fonder une famille avec elle. Pas tout de suite, évidemment, mais dans les années à venir… Et sa façon de réagir avec tant de véhémence me blesse considérablement. Elle n’est pas bête, elle a bien comprit qu’il s’agit d’une projection dans le futur…

Alors la seule explication à sa colère soudaine, c’est… Qu’elle ne veut pas. Que notre couple n’est pas sérieux, à ses yeux.

Mes moqueries s’arrêtent, instantanément. Je lui lance un regard hésitant.

  

  

- Nikky, je lance d’un ton beaucoup plus posé, tu… Tu n’as vraiment pas envie de…

 

- Non mais il recommence en plus ! S’exaspère Nikita, laissant mes derniers mots se noyer dans ma gorge.

 

- Non, mais attends, écoute-moi, je veux dire…

 

- Tu sais quoi, Sheldon ? Je vais aller faire un tour ! Je vais appeler Kathleen, et toi tu vas rester tranquillement ici, appelle Clint si tu veux, je m’en fous, mais en tout cas, reste loin de moi, parce que je sens que je vais exploser, et quand tu auras bien réfléchi, on en reparlera calmement ! Lance Nikita d’un ton sec.

lien permanent

231  posté le jeudi 08 mai 2008 17:30

 

Ses talons claquent contre le parquet, et elle referme brusquement la porte derrière, ce qui entraîne un bruit sourd.

Elle est marrante, elle… Si elle a envie de voir sa meilleure amie, moi, je n’ai absolument aucun désir d’être entouré. Je veux seulement qu’elle soit à côté de moi, dispute ou pas, parce que je me rends soudainement compte que je regrette amèrement de m’être emporté de la sorte. C’est effrayant de constater à quel point je ne peux me séparer d’elle, alors que je suis incapable d’apprécier à leur juste valeur les moments passés avec elle. C’est idiot, mais c’est lorsqu’elle se trouve loin de moi que je me rends compte à quel point j’aime Nikita.

  

  

Je me lève lourdement pour aller me préparer une tasse de café. Il est tard, mine de rien. Je cois que nous aimons nous disputer la nuit… Ce n’est pas vraiment la première fois qu’elle quitte l’appartement en catastrophe.

Mon regard se pose sur une photo de nous deux, et un sourire se dessine sur mon visage. Je me sens très idiot, d’étirer ainsi les lèvres devant une simple photographie, mais on paraît si heureux que je n’y peux rien…

J’aime lorsqu’elle rit. Lorsqu’elle rit, et aussi lorsqu’elle pleure. Lorsqu’elle s’énerve et lorsqu’elle se calme. J’aime tout chez elle, vraiment tout. Alors bien sûr, nous faisons face à des disputes, comme tous les couples normalement constitués, mais au fond, ce n’est jamais bien grave…

  

  

Tasse de café en main, je retourne prendre ma digne place sur le canapé. Je m’oblige à attendre ne serait-ce qu’un quart d’heure. C’est déjà arrivé qu’elle reste plantée derrière la porte d’entrée à se demander si elle ne ferait pas mieux de rentrer, et qu’elle se décide enfin à le faire après quelques minutes.

Donc j’attends, et bien qu’il me semble que ce soir, elle ne reviendra pas tout de suite, je m’obstine. Après tout, on s’aime. Elle ne peut pas m’en vouloir indéfiniment, à cause d’un simple quiproquo qui a tourné au drame, si ?

En cet instant où je ne sais encore strictement rien de mon avenir, je me dis que jamais je ne retrouverai quelqu’un comme elle. Je me dis également que de toute façon, je n’aurais jamais besoin de chercher. C’est elle, celle qui m’est destinée, alors pourquoi penser à la remplacer ? C’est idiot et inutile.

  

  

Je sens que la fatigue ma gagne petit à petit. Mes yeux se font lourds, et c’est à peine si j’entends la tasse heurter le sol lorsque je la lâche malgré moi. Mon corps tout entier s’avachit sur le canapé, et je ferme les yeux. Lorsque je les rouvrirai, elle sera revenue.

lien permanent

232  posté le jeudi 08 mai 2008 17:33

 

De violents coups de poings tambourinant à ma porte me tirent sans douceur du sommeil. Je sursaute, perdu l’espace de quelques secondes. Ou suis-je, pourquoi, et qui tape ainsi ma porte ? J’obtiens par moi-même deux réponses sur trois. Je suis chez moi, sur le canapé parce que je me suis endormi avant d’avoir rejoint mon lit. La preuve, la télévision est toujours allumée. C’est l’heure des informations.

Quant à savoir qui tente de défoncer l’entrée, c’est une autre histoire.

Prenant tout de même le temps de m’étirer comme il se doit, je me dirige d’un pas lourd vers la porte, et ouvre sans grande conviction.

 

  

Un type brun entre en trombes, l’air affolé. Je le regarde, mes réflexes encore un peu ralentis par le sommeil trop récent. Cependant, je suis assez vif d’esprit pour maudire Harry de débarquer chez moi à huit heures du matin.

Fronçant les sourcils, je l’engueule à moitié.

 

- Mais putain, qu’est-ce que tu fous là ? T’es traqué par un fantôme ou quoi ?

 

En effet, je remarque que le teint de mon ami est livide. Ses yeux grands ouverts m’alertent, et fronce les sourcils de plus belle, cette fois sous le coup de l’incompréhension.

 

- Ou est-ce qu’elle est ?! Me demande-t-il d’une voix blanche. Est-ce qu’elle est là ? Sheldon, répond !

  

  

- Hein, quoi ? Qui ? Nikky ? Non, elle est partie chez Kathleen hier soir, on s’est engueulés, je suppose qu’elle a passé la nuit la bas, pourquoi ?

 

Harry ouvre la bouche pour me répondre avant de se raviser ? Je m’apprête à lui demander pourquoi lorsque j’obtiens la réponse par moi-même. La voix du présentateur télé résonne doucement à mes oreilles pour se faire de plus en plus claire et distincte. Les mots semblent avoir un sens, petit à petit mais… Je ne le veux pas. Je me fige, de l’intérieur, comme de l’extérieur. Tout bourdonne à mes oreilles, et je ne suis plus capable de distinguer le moindre son. Seuls des paroles criminelles se répercutent sans fin dans mon esprit.

Nikita Black.

Agressée, violée, Assassinée.

lien permanent