215  posté le lundi 28 avril 2008 02:50

 

Andreas se rapproche doucement de la jolie blonde et lui attrape la main. Son geste est emprunt d’une douceur que j’envie et jalouse.

Il se pose devant elle, silhouette imposante contre une fragile, et braque son regard dans le sien. Si je ne le savais pas étranger à l’amour, j’aurais juré qu’il était amoureux d’elle. Je tente de ne pas les observer, mais il est trop tard. La scène m’hypnotise de plus en plus, chaque mouvement esquissé semble mériter ma plus grande attention.

Il approche son visage d’elle.

 

- Tout va bien, Cam ? Lui glisse-t-il, d’un ton tout de même assez fort pour que je puisse l’entendre.

 

 

Elle acquiesce doucement, et cela m’exaspère. A sa façon de prendre un air de martyr, il est évident qu’elle ne va pas bien. Je me demande comment fait cet homme pour porter une si grande affection à une pareille cruche… Et mon aversion pour elle n’est pas le fruit d’un quelconque sentiment de jalousie.

 

- Qu’est-ce qu’il y a ? Reprend-t-il.

 

- Je… Rien, rien… Lui assure-t-elle en s’octroyant le titre de la plus mauvaise actrice de tous les temps.

 

 

Le jeune homme lui attrape le menton entre le pouce et l’index et la force à le regarder. C’est le moment ou je devrais, moi, détourner les yeux. C’est le moment où je choisis de me briser le cœur.

Elle le fixe, presque larmoyante, et il l’embrasse, son torse nu collé contre sa poitrine. Il l’embrasse, tellement lentement qu’il donne presque l’impression de vouloir lui communiquer une certaine tendresse.

La scène en serait presque émouvante, belle et pleine d’émotion, si nous ne savions pas tous que c’est déjà arrivé un million de fois par le passé, dans le simple but de la mettre à ses pieds.

 

 

La scène en serait presque émouvante, belle et pleine d’émotion, si ce beau garçon n’avait pas passé une nuit des plus animée en ma compagnie pour se comporter comme le dernier des salauds le lendemain. Il faut vraiment que j’arrête de penser à ça…

Blessée ou non, attirée ou non, manipulée ou non, il ne le saura jamais.

C’est une sorte de promesse envers moi-même.

Andreas continue d’embrasser Camilla, et je laisse un sourire croître sur mes lèvres. Simple façade, simple simulation. Je crois bien que j’ai peur d’oublier un jour ce que signifie la simple notion de rire. J’en ai tellement l’occasion, depuis quelques années…

En un éclair, j’aurais juré avoir aperçu le regard d’Andreas se tourner imperceptiblement vers moi avant de repartir sur son amante provisoire.

Je l’aurais vraiment juré…

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216  posté le lundi 28 avril 2008 02:53

 

Puis, sans un seul mot à notre adresse, le jeune homme blond prend la main de celle qu’il vient d’embrasser avec un amour artificiel, et l’entraîne vers l’extérieur. Un sentiment de soulagement mais aussi d’amertume s’empare de moi. Certes, ils n’ont pas pris la direction de la chambre. Certes, il n’a pas l’air de vouloir coucher avec elle comme un pauvre mec en rut. Mais il s’inquiète pour elle. Il a vu que quelque chose n’allait pas bien, et ça le préoccupe… Il tient à elle. Vraiment. Sincèrement.

Alors pourquoi prétend-t-il se foutre de tout ? Cette question en laisse naître une autre dans mon esprit. Une, bien plus folle et idiote.

Se fout-il vraiment de moi, ou est-il simplement en train de prétendre ?... Je ne sais pas. Je n’ai pas envie de me torturer, et pourtant… Cette question m’obsède. Pour la première fois, je n’ai absolument aucune réponse. Même pas quelque part au fond de moi-même. Nulle part. Absolument nulle part.

 

 

Un silence de mort s’abat sur nous comme une fatalité qui s’impose. Personne ne dit rien, mais j’ai parfaitement conscience que les regards des trois hommes présents dans la pièce pèsent sur moi comme une enclume. Surtout celui de mon frère.

Pourquoi ne suis-je pas capable d’aimer une personne inoffensive ? D’abord Keith, et maintenant lui… Sans oublier Diego. Bien que je n’ai éprouvé rien d’autre pour lui qu’un immense besoin de soutien. Aucun amour en vue. J’avais vraiment cru que ce sentiment avait été détruit, anéanti par les horreurs de Keith… Et je me rends compte que j’avais à moitié tort. A moitié seulement, car je sais bien que plus jamais je ne serai capable d’aimer d’une manière saine et vierge de toutes complications au-delà du naturel.

 

- Lily… murmure alors Kendall.

 

 

- Arrête ce surnom tu sais très bien que je le déteste, je lui coupe froidement la parole.

 

Il se renfrogne, alors que je me lève impulsivement, en même temps que Matthias. Celui-ci se plante devant moi et me fixe avec un faux air désespéré.

 

- Ma pauvre, qu’est-ce qu’on va faire de toi… Lance-t-il en soupirant.

 

Je le regarde quelques secondes à peine, et constate avec surprise que ma fulgurante envie de lui coller mon poing dans la gueule s’estompe pour laisser place à un sourire en coin. J’émets un petit rire qui détend considérablement l’atmosphère. Matt pose une main rassurante sur ma taille et sourit largement.

 

- Allez, tu ne vas pas tirer la tronche parce que tu as eu la confirmation qu’Andreas peut être un beau salaud… C’est pas très agréable, je te l’accorde, mais je te promets que tu ne vas pas en crever !

 

 

Jake qui vient de se lever à son tour acquiesce avec un léger hochement de tête avant de braquer sur moi ses yeux reflétant un calme habituel. Je me demande parfois comment un homme peut regrouper à la fois douceur et dureté.

 

- Je sais que t’as raison, je réponds au jeune brun. Ca m’énerve, c’est tout.

 

Mes mensonges deviennent de plus en plus convaincants, avec le temps…

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217  posté le lundi 28 avril 2008 02:56

 

Matthias se dirige vers la machine à café, étant apparemment le seul à ne pas avoir eu sa dose de caféine ce matin. Je le suis du regard un peu inconsciemment, bien plus perdue dans mes pensées qu’autre chose. Ils ont parfaitement raison, je ne vais pas mourir, ce n’est d’ailleurs pas un scoop. Je suis bien plus blessée qu’ils ne s’en doutent, mais je n’ai qu’à ne pas le montrer. Diego m’a habituée à masquer mes émotions, et c’est aussi bien une tare qu’une qualité. Oui, je n’ai qu’à ne rien laisser paraître, et tout ira bien. Surtout en face de lui. Il doit voir que je me fiche bien de cette nuit, qu’elle ne signifie rien.

 

 

Une poigne se resserre soudain sur mon cœur. Un immense soulagement s’empare de moi. Heureusement, mon Dieu, heureusement que hier soir, je n’ai pas osé lui dire je t’aime… Heureusement. Rien que cette pensée me donne des hauts le cœur.

Andreas, amour ou désespoir, je suis bien incapable de le dire.

 

- Et puis d’ailleurs, pourquoi est-ce que tout le monde fait cette gueule d’enterrement ? Lance soudain Jake. C’est pas la première fois qu’il couche avec quelqu’un d’autre que Cam, loin de là… Souvenez-vous quand c’était Tess…

 

Le dernier mot prononcé par mon ami se répercute des millions de fois dans ma tête. Je manque de m’étouffer lamentablement avec ma propre salive, et me mets à tousser comme une folle avant de reprendre une respiration plus ou moins normale.

 

- Pardon ?! Je lance. Tess et Andreas ont été…

 

 

- Non, ils n’ont pas du tout été « ensembles », la seule que nous connaissons avec qui ça a jamais été officiel, c’est Camilla, mais disons qu’ils se sont envoyés en l’air l’espace d’un soir, me répond Matthias d’un ton totalement désinvolte.

 

Bizarre… J’ai soudainement à nouveau envie de lui envoyer un coup de poing bien senti…

 

- Ils étaient aussi bourrés l’un que l’autre, précise enfin Kendall d’une voix apaisante.

 

Matthias est sur le point de répliquer quelque chose, mais j’entrevois mon frère lui intimer le silence d’un geste de main plus ou moins discret.

Cette nouvelle ne m’emmerde pas plus que ça, en fait… Tess est follement amoureuse de Clint, Andreas est follement amoureux de lui-même, pas de chance pour qu’une éventuelle relation entre eux ne puisse me faire de l’ombre. Et puis, de toute façon, c’est de ma sœur que je parle… Cette salope qui tente de se racheter en jouant les lèches bottes avec moi.

 

 

- Tu l’aimes ?

 

Deux mots, une question, aucune réponse. Jake, auteur de ces paroles déroutantes me regarde sans ciller tandis que je me fabrique un rire grotesque qui ne trompe personne.

 

- Non. J’ai tiré mon coup, et c’est tout.

 

Il est étrange de constater à quel point cette phrase qui sonnait déjà faux dans mon esprit parait encore moins convaincante proférée à voix haute.

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218  posté le lundi 28 avril 2008 03:00

 

Entendant mon ton froid, les trois jeunes hommes décident qu’il est temps de changer complètement de sujet. Et ils ont tout, sauf tort.

- Comment va le groupe, Jake ? Je demande innocemment.

 

- Bien, répond-t-il sans grand entrain.

 

Je l’assassine du regard. Quitte à lancer une nouvelle conversation, il pourrait y mettre du sien ! Il lève un sourcil interrogateur en vue de cet air fortement réprobateur, mais je détourne les yeux avant que l’envie ne me prenne de lui sauter à la gorge.

J’ai du bouffer un lion à mon insu… Jamais je n’ai autant eu envie de frapper quelqu’un. Ce doit être l’effet « Andreas t’as prise pour une conne » ou quelque chose comme ça…

La porte s’ouvre, et une jeune femme blonde fait son apparition.

 

 

Jake quitte la pièce avant même d’avoir regardé qui venait troubler le silence de son humble demeure, nous laissant tous trois, Kendall, Matt et moi face à Lesley.

Soudainement, un grand froid s’installe entre nous, accompagné d’une tension palpable que je ne comprends pas.

Lesley non plus, apparemment, vu son sourire un peu gêné et hésitant.

Je lance un regard vers mon frère et Matthias qui a fixent démesurément, puis, après quelques secondes, Ken se dirige vers sa petite amie pour lui donner l’inévitable baiser matinal.

J’ai maintenant l’impression qu’un immense mur de glace les sépare, un mur de glace qui croît à chaque secondes.

 

 

- Bien dormi ? Lance mon frère d’une voix neutre.

 

- Mm… oui, répond-t-elle un peu endormie. Mais quelle heure il est ? Tu ne bosses pas aujourd’hui ?

 

Kendall se détache d’elle, trop soudainement pour que ce soit naturel. Ses bras retombent mollement le long de son corps tandis que Matthias croise le siens sur son torse, une expression presque hautaine se baladant à présent sur son visage.

 

- Il est treize heure trente, répond-t-il froidement. Et oui, je travaille. J’y vais pour quinze heures.

 

- Une heure et demie, déjà ? Se récrie la jeune fille. Merde, je file me préparer, j’ai une tonne de boulot ! Salut Lyra ! M’adresse-t-elle furtivement avant de rebrousser chemin à toute allure.

 

 

La porte claque, et je perçois les regards de Matt et Kendall se rencontrer. Ils se fixent, yeux dans les yeux pendant quelques secondes, quelques minutes même, sans mot dire.

Je crois bien qu’ils viennent de comprendre quelque chose qui m’échappe totalement…

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219  posté le lundi 28 avril 2008 03:04

 

Clint

 

Je sors à peine de ma chambre lorsqu’une silhouette que je connais plus ou moins bien se poste devant moi, les mains sur les hanches. Tess m’adresse son plus beau sourire, masquant sans doute ainsi son hésitation et son anxiété.

Je la gratifie d’un regard interrogateur, encore légèrement emprisonné par la douce chaleur du sommeil.

Je ne sais plus vraiment comment j’ai fini ma nuit, ce qui me donne au moins une indication ; je me suis bien bourré la gueule sur mes dernières heures d’éveil.

Bien bourré, oui, mais pas au point d’en avoir une gueule de bois monstrueuse, ce qui est déjà un léger soulagement.

 

- Ca va ? Je demande d’une voix pâteuse. Jeffer est parti ?

 

 

Il est vrai que l’absence de celui-ci m’étonne un peu. Je suis à présent habitué à les voir sans arrêt fourrés ensembles. De plus, ces deux là me semblent tellement assortis que je me demande pourquoi mon amie s’accroche à moi, simple fantôme de ses rêves.

 

- Ouais, répond-t-elle d’une voix un peu aiguë. Il n’a pas dormi là…

 

- Ah, alors vous n’êtes pas ensemble ? Je tente innocemment, espérant la pousser encore plus vers lui.

 

Elle affiche un léger sourire emprunt d’une amertume qui me pince le cœur. Je n’ai pas envie de briser le sien à nouveau…

 

- Non, on n’est pas ensemble non, mais tu le sais très bien… Dis-moi, est-ce qu’on pourrait se parler un peu ?

 

 

La voilà, la fameuse question que j’avais sentie venir. J’acquiesce tranquillement alors qu’elle m’entraîne un peu plus loin, sans doute pour ne pas déranger la personne qui dort encore dans la dernière chambre occupée de la maison. Ou plutôt, les dernières personnes. Sheldon et Lindsay se sont vus aujourd’hui décerné le prix du couple le plus dormeur de toute l’Angleterre.

Il faut les comprendre les pauvres, tout comme Lyra et Andreas, une fois sous la couette, ils n’ont pas fait que dormir.

Le sexe tuera l’homme, oui, c’est bien moi, Clint Lawson qui le déclare.

J’aime mon cynisme du matin.

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