210  posté le lundi 28 avril 2008 02:33

 

Je fais fi de tous ces tourments inutiles et destructeurs, et je me lève lourdement. Tentant tant bien que mal d’effacer ce magnifique visage angélique qui se promène dans mon esprit, je sens mes yeux partir à la quête de mes vêtements disparus. Je ne les vois nulle part. Alors, mon regard se pose sur l’armoire qui meuble la chambre d’Andreas. Soupirant, je m’y dirige, priant le ciel pour y trouver quoi que ce soit qui se rapproche de près ou de loin à un vêtement féminin.

En effet, c’est ce que j’y vois. J’ai l’impression de reconnaître une tenue déjà vue sur Camilla, et m’en empare avec un léger pincement au cœur. Il l’a touchée, et pas très longtemps auparavant.

 

 

Je dois arrêter d’y penser. Il n’est pas pour moi, ne sera jamais pour moi, et par-dessus tout ne doit pas être pour moi. Je commence même à me demander s’il existe une seule femme sur terre qui lui est destinée. Après tout, peut-être est-il fait pour rester seul ?

Homme sauvage et solitaire, jusqu’à la fin de sa vie. Comme cela me paraît triste, soudainement. Cependant, mon élan de compassion ne dure pas. Il se transforme petit à petit en une colère tellement légitime que je me demande pourquoi j’ai mis tant de temps avant de la ressentir.

Une rage qui lui est directement adressée, bien évidemment. Il s’est servi de moi, je le sais pertinemment, et je l’ai laissé faire. Néanmoins, il en a profité. Un homme pourvu d’un minimum de morale n’aurait jamais agit de la sorte. Jamais. Mais après tout, qui a jamais prétendu qu’Andreas était un homme normal ?

 

 

Personne, et certainement pas moi, même ensevelie sous mes sentiments mièvres et stupides.

Sentiments mièvres et stupides, oui. Peut-être me suis-je laissée emporter par une affection particulièrement forte ? Peut-être, en dépit de ce que je me suis échinée à contredire, j’avais en fait été à la recherche de l’amour, et qu’une simple et stupide attirance avait faussé mes réelles émotions…

Oui, c’est sans doute cela. Je n’aime pas Andreas. J’ai simplement été bernée par sa beauté et ses airs inaccessibles. Peut-être cette éternelle souffrance qu’il penser masquer a-t-elle joué en sa faveur, je ne sais pas… Cependant, souffrance ou pas, ce n’est soudain plus assez pour atténuer mon ressentiment. J’en ai marre. Marre qu’il manipule tout le monde de façon parfaitement consciente, et qu’il n’en éprouve aucun remords. Je me demande même s’il estime réellement ses meilleurs amis, à savoir Jake et Camilla.

 

 

Cette pauvre femme en a déjà vu de toutes les couleurs avec lui. Est-il vraiment aussi protecteur que l’on me l’a déjà raconté, lorsqu’elle se trouve dans une situation embarrassante ? Je n’arrive plus à y croire. J’aimerais le voir, une fois, seulement une fois, et obtenir la preuve qu’il n’est pas une sorte de robot sans aucun sentiment sous le masque que constitue sa peau.

Quel con, mais quel con… Pire, c’est tout bonnement un salaud, un enfoiré…

J’en arrive à me demander comment il parvient à ne pas se faire rejeter par ses proches, qui semblent tant tenir à lui, en dépit de leur désespoir provoqué par la manière d’agir de ce charmant blond.

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211  posté le lundi 28 avril 2008 02:37

 

Mais pas question de lui montrer à quel point je suis perturbée par notre nuit qui, malgré la douleur poignante ressentie quant à cette manipulation apparente, s’est trouvée être tout, sauf nulle. Le sexe avec Andreas, c’est bel et bien quelque chose. Même s’il fait mal, au sens figuré. Je m’en fous. J’ai tiré mon coup, et c’est tout.

J’ai tiré mon coup et c’est tout.

J’ai tiré mon coup et c’est tout.

J’ai tiré mon coup, et si seulement cela pouvait être tout…

J’enfile rageusement le haut noir de cette frêle blondinette qui lui sert d’amie et d’amante avant de m’engager dans les escaliers sans un dernier regard vers la chambre.

J’observe au passage les objets qui meublent cet endroit, ainsi que les murs, le sol… Je me dis que cet endroit est chez lui, son repaire, sa tanière, presque. C’est une pensée très étrange. Andreas n’est pas le type de personne à qui l’on puisse facilement associer un univers. A vrai dire, lorsque je pense à lui, je pense parallèlement… Au vide et au chaos.

 

- Tiens, une revenante… Tonne une vois si désagréable que je me dis soudain que j’aurais mieux fait de me jeter par la fenêtre au lieu de descendre, quitte à me casser une jambe.

 

 

Mon regard se pose inévitablement sur le plus charismatique de ces hommes ici présents, ou non d’ailleurs, vêtu d’un simple jean sans doute afin d’afficher aux yeux du monde sa musculature ô combien spectaculaire. Dommage que l’esprit n’aille pas avec le corps.

Je distingue par la suite de cette vision à la fois féerique et cauchemardesque, la silhouette de Camilla, adossée à l’un des comptoirs, ainsi que Jake, Matthias et Kendall.

Comme à son habitude, mon frère ne porte rien d’autre que l’éternel boxer, et je me rends compte que tous ces autres mâles ne se sont pas embarrassés avec ces bouts de tissus aussi inutiles que les jeans.

 

 

Je crois bien qu’ils ont lancé le concours du torse le plus respectable. Qui gagnera ? Seul l’avenir pourra le décider.

Mon Dieu, comme mes pensées paraissent idiotes quand je tente de penser à tout, sauf à mon partenaire de la nuit dernière…

 

- Je t’emmerde, je rétorque immédiatement à l’adresse d’Andreas, dont les lèvres se traduisent instantanément en son insupportable sourire moqueur.

 

Il s’apprête à me lancer une réplique, blessante pour moi, anodine pour lui lorsque mon frère endosse le costume de superman pour voler à mon secours.

 

- Un conseil mon vieux, ne t’avise pour d’enfoncer ma sœur encore plus, je crois que t’en as assez fait.

 

Le concerné le toise, une lueur amusée dans le regard.

 

- Une simple partie de baise n’a jamais fait de mal à personne. Y a qu’à voir la façon dont elle a hurlé l’autre nuit…

 

- Mais ferme-là enfoiré ! Rugit mon frère.

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212  posté le lundi 28 avril 2008 02:40

 

Je pose une main apaisante sur son épaule avant de rentrer dans l’indestructible jeu du blond. L’indifférence par excellence.

 

- Laisse tomber, il a pas tout à fait tort.

 

Les trois hommes me dévisagent, et mon frère reste le plus choqué des trois. Je vois bien qu’il ne gobe pas un mot de mon mensonge. Il me connaît. Si j’avais simplement voulu tirer mon coup, je n’aurais pas attendu tant de temps pour passer à l’acte.

Seulement, je déteste être percée à jour. C’est pourquoi je joue la carte de la cruauté.

 

- Ca fait huit ans que tu ne me connais plus, Ken.

 

Il se renfrogne soudainement, une culpabilité apparente dans les yeux. Je n’en cerne pas réellement les origines, mais je crois bien qu’il s’en veut de m’avoir laissée partir seule. Oui, ce doit être pour ça.

 

 

Un silence de mort s’installe alors dans la pièce avant que je ne le brise avec tout le naturel dont je suis capable.

 

- Dis Camilla, j’ai emprunté des fringues à toi que j’ai trouvé dans l’armoire, ça ne t’embête pas ?

 

Celle-ci lèvre vers moi un regard doux. Son obstination à se montrer éternellement gentille et compréhensive m’exaspère tellement que j’en ai presque envie de lui tordre le cou. Je découvre aujourd’hui une chose. Coucher avec les blonds développe de fortes envies de meurtre.

 

- Non, aucun problème, sourit-elle.

 

Je la remercie d’un bref mouvement de tête tandis que je fais mon possible pour ne pas plonger mon regard dans celui d’Andreas, ce même regard qui pèse en cet instant sur moi.

 

- T’as fouillé dans ma chambre ? M’accuse-t-il très froidement.

 

 

- Non, je réponds en poussant un profond soupir. Non, je n’ai pas fouillé dans ta chambre, j’ai simplement vérifié si tu ne possédais pas une tenue féminine dans ce lot de tissus masculins, après la disparition de mes propres vêtements.

 

Matthias émet un léger rire et me gratifie d’un clin d’œil encourageant que j’accepte avec plaisir, tandis qu’Andreas lève les yeux au ciel.

 

- T’es qu’une pauvre idiote… J’ai foutu tes fringues sur le balcon ce matin, elles puaient la clope, et je déteste cette odeur. Ca me casse les couilles.

 

- Et c’est un camé endurci comme toi qui va me faire une crise sur la senteur de substances illicites ? J’ironise d’un ton tout aussi tranchant que le sien, croisant les bras.

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213  posté le lundi 28 avril 2008 02:43

 

Le jeune blond tourne lentement la tête vers moi, un air morne se baladant sur ses traits, avant de me toiser avec mépris.

 

- Tu sais quoi, Lyra ? Me lance-t-il soudainement. Ce n’est pas que j’en ai quelque chose à foutre, mais parfois je me dis que ta vie doit être bien pitoyable pour que ton seul plaisir se réduise à celui de faire chier les autres.

 

Les mots lancés sont glaciaux, tranchants, blessants, et paradoxalement profanés avec une indifférence déroutante. Si ma fierté n’avait pas intervenue pile à ce moment là, je crois bien que je n’aurais pas été capable d’empêcher mes larmes de se montrer.

Il lance cette phrase d’un ton simple et cruel, se foutant totalement de la façon dont je le prendrai. Il ne cherche même pas à me blesser, il exprime simplement son point de vue.

Je sens un nouvel élan de rage croître en moi à une vitesse fulgurante.

 

 

- De qui tu parles exactement ? Je hurle, perdant pratiquement tout contrôle. De toi ou de moi ?! T’as pas l’impression d’être pareil ? Espèce d’arrogant, prétentieux, idiot…

 

Les mots se bloquent subitement avant de mourir dans ma gorge. Ca en sert à rien, de toute façon il reste inébranlable, peu importe les paroles, les gestes et les mots. Cependant, je n’avais jusqu’alors jamais réalisé à quel point cette attitude pouvait presque se révéler… Dangereuse. Un rictus horripilant anime alors ses lèvres, avant que sa langue de serpent ne se mette à siffler.

 

 

- Précise-moi à quel moment j’ai laissé entendre être différent ? Tu vois ma belle, la grande différence entre toi et moi, c’est que moi, au moins, je ne tente pas de m’inventer une vie parfaite, et je sais très bien de quoi il en retourne ! Tu penses peut-être que je ne sais pas ce que tout le monde pense de moi ? Andreas Young, celui dont l’existence ressemble plus à un immense vide qu’autre chose, lance-t-il en adoptant délibérément un ton théâtrale. Ce que vous ne savez pas, c’est que je n’en suis pas malheureux, moi, de cette putain de vie. En fait, je n’en suis ni malheureux, ni heureux, j’en ai absolument rien à foutre. Alors ne viens pas me faire chier avec tes leçons psychologiques à deux balles, je sais parfaitement qui je suis et quel genre de vis je mène.

 

Il termine ce petit monologue sous les regards figés de tous ceux présents dans cette pièce, et retourne sans un seul regard vers nous à sa précédente occupation, c'est-à-dire, se préparer une tasse de café. Je ne peux m’empêcher d’être impressionnée par la façon dont il vient de dire tout cela. D’un ton infiniment calme et posé. Ce qui ne l’a pas empêché de se révéler très… Méchant. C’est le mot.

 

 

Il est extrêmement intelligent, porte un regard lucide sur lui-même et les autres, et pourtant, il est doté d’une âme profondément méchante. Ou peut-être est-ce la façade derrière laquelle il se cache…

Mais en réalité, je crois bien qu’il n’y a pas de façade… Il me semble même qu’il n’en a jamais eue… Aucune façade, aucune forteresse autour de lui… C’est simplement un homme mauvais, chez qui je me suis échinée à voir le bon. Est-ce possible qu’il n’en possède pas une once ? Pour l’instant, je ne sais pas, et refuse de le savoir.

Pour l’instant, je suis blessée…

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214  posté le lundi 28 avril 2008 02:47

 

Blessée, mais impassible de l’extérieur. Je fais simplement semblant de le détester, n’étant pas aussi douée que lui au jeu de l’indifférence. A vrai dire, je n’ai pas vraiment à me forcer. Si je n’en suis pas tout à fait à la haine, toute mon ancienne compassion et sympathie vient de s’envoler comme un oiseau qui sort de sa cage.

 

- Laissez tomber tous les deux, nous lance alors Jake d’un ton las.

 

Je dois me faire violence pour ne pas le foudroyer immédiatement du regard alors qu’Andreas ne semble même pas l’avoir entendu.

 

 

J’ai tout de même du mal à croire qu’il puisse se révéler si infecte, si soudainement. Peut-être est-il toujours de la sorte avec celles qu’il souhaite mettre dans son pieu… Mais dans ce cas là pourquoi a-t-il attendu si longtemps avant de coucher avec moi ? Pourquoi s’est-il seulement décidé à passer à l’action après cinq mois d’amitié approximative ? Je ne sais toujours pas. Et je dois arrêter avec ces questions débiles, sans intérêt, et qui plus est sans réponses.

Me laissant lourdement tomber sur la place libre, juste à côté de mon frère, je tente de ne pas montrer mon désarroi et ma douleur croissante. Je crois bien qu’il est en train de détruire le peu de vie qui m’habite encore…

 

 

Kendall presse ma main dans la sienne, dans un geste discret et attentionné. Je me retiens de justesse à me jeter dans ses bras et pleurer à chaudes larmes tout en maudissant celui qui me prend obstinément pour un objet.

Je troque cette envie de laisser aller contre une volonté de fer qui frise le lamentable. Tant qu’à se foutre de ma gueule, autant qu’il pense que baiser était également la seule chose qui m’intéressait.

Avec une discrétion féline, Andreas passe derrière mon frère et moi pour se diriger vers Camilla. Si je ne lui avais pas prêté une si grande attention, je suis sûre que jamais je ne l’aurais remarqué.

Mon visage semble soudain aimanté à je ne sais quel objet sur ma gauche. Exactement le côté sur lequel se trouve le blond.

Je suis prise d’une irréversible envie de tourner la tête. Même un peu… Un tout petit peu…

 

 

Pas pour le voir lui, non, bien sûr que non… Ni pour voir ce qu’il fait avec elle… Juste… Comme ça.

Au diable les illusions. Bien sûr que je veux voir ce qu’ils font. Et par peur de me faire immédiatement griller, je choisis le subtile stratagème sui consiste en laisser tomber ma cuillère sur le sol.

J’aimerais ne pas ressentir ce soudain, que dis-je, immense soulagement, mais c’est quelque chose que je ne peux contrôler. Oui, voir qu’il ne se rue pas sur elle comme un loup en rut me soulage d’une manière exagérée.

Mais après tout, peut-être ai-je parlé trop tôt…

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