180  posté le samedi 12 avril 2008 12:16

 

Flash back

 

Mes traits trahissent sans doute mes souvenirs du moment. Mais après tout peu importe, puisqu’au moment présent, je me trouve à des mois de cela…

J’entre dans un studio qui n’a pas changé depuis. Les couleurs sont claires et figées. La nuit tombe bientôt. Mon angoisse tombe bientôt.

A l’encontre de Lyra, je n’ai jamais réussi à me sentir en sécurité dans le noir. J’aime la rassurante lumière du jour, j’aime l’éclat et la brillance, pas cette obscurité effrayante. Je remarque sur la table de l’ordinateur, un verre à moitié remplit d’eau, ainsi qu’une boîte d’aspirine vide. Fronçant les sourcils, je me dirige vers le salon.

 

 

Et c’est là que j’y découvre Clint, affalé sur le sofa. Son expression trahit une profonde amertume qui ne le quitte plus depuis qu’elle est partie, mêlée à un certain aspect chétif qui en revanche ne lui est pas habituel.

Je le regarde, me demandant à quel moment il prendra conscience de ma présence, ce qui ne semble apparemment pas urgent. Je finis par comprendre qu’il nage dans un état second, et que sans mon aide, il ne le quittera pas de si tôt. Je me dirige vers lui et m’accroupis devant son visage encore plus pâle que d’ordinaire. A cet instant là, il me voit enfin.

 

- Salut, je lance doucement.

 

-Mm… Répond-t-il en grognant.

 

 

Sa voix cassée m’interpelle. Il semble enroué, maladif, et j’en suis étonnée. Clint est réputé pour être immunisé de toute sorte de maladies. Il se relève avec peine, et me permet de m’asseoir à côté de lui. Je le regarde, plus anxieuse que je ne le devrais. Mon cœur bat très fort, comme toujours lorsqu’il est si près. Je joue à un jeu dangereux, en m’accrochant tant à lui, mais c’est une tentation trop forte.

 

- Tu as attrapé froid ? Je demande stupidement l’évidence.

  

- Ouais, grogne-t-il de cette même voix cassée. Et pas qu’un peu… Fais chier, merde !

 

Je ris doucement. Lorsqu’il est dans cet état un peu bougon, je ne peux m’empêcher de le trouver adorable. Il est différent de ces moments où sa froideur l’emporte. En fait, ce roux est des plus lunatiques. Ses colères sont explosives, ainsi que ses sentiments, mais lorsqu’il s’agit de parler d’amour, de peine, de sujets délicats de la vie, il devient glace. C’est pourquoi j’appréhende toujours les conversations sérieuses avec lui, très effrayée par l’idée de dériver sur un sujet délicat. Je me suis habituée à tenir ma langue, lui à côté de moi.

 

 

- Pauvre de toi, je me mets à rire gentiment.

 

Même lui, esquisse un sourire. L’un de ceux qui lui sont si rares. Je me dis sans arrêt que j’ai de la chance d’être considérée comme sa meilleure amie. Clint aime peu de monde. Mais c’est plus fort que moi, j’en veux plus. Je n’ai jamais su me contenter de ce qui m’était donné, c’est sans doute d’ailleurs pour ça que je suis sujette à cet horrible sentiment qu’est la jalousie.

lien permanent

181  posté le samedi 12 avril 2008 12:30

 

Oui, par moments, la jalousie me ronge d’une manière alarmante. Chose dont j’ai honte et dont je me cache. J’essaye de combattre ce vice, l’un de mes principaux, qui me consume petit à petit, mais ce n’est pas chose aisée. J’aimerais, parfois, que lui aussi soit touché par cela… Ainsi, peut-être ma relation avec Jeffer aurait-elle eu un quelconque impact…

J’ai honte, soudainement, très honte de ces pensées. J’ai conscience de me servir de Jeff, et je me trouve méprisable. Le pire est que je m’en rends compte, et que je ne fais rien… Y a-t-il plus pathétique au monde ? Pourtant, je ne souhaite pas faire le moindre mal à ce jeune homme que j’apprécie tout de même plus que la moyenne… Et j’espère ne jamais lui en faire. Mais de toute façon, pourquoi serait-ce le cas ?

A cette époque, je ne pensais pas qu’il m’aimait.



Clint pousse un profond soupir lascif. Je tente de cacher la tendresse dans mes yeux.

 

- Et bien, je t’ai connu plus en forme !

 

- Tu me serres dans tes bras ? Demande-t-il soudainement avec un sourire absolument craquant.

 

 

Et bien, que lui arrive-t-il ?! Mon meilleur ami n’est pas du genre câlin… Il doit sérieusement être fatigué. Néanmoins, je me réjouis de cette demande. Et bien que je sache pertinemment qu’il n’a aucune intention cachée, bien que je sache pertinemment qu’il l’aime toujours, je ne peux faire tarir cette note d’espoir qui m’assaille. S’il savait à quel point je m’enivre, et son approche…

Je me glisse sur ses genoux qu’il m’offre, et l’entoure de mes bras tandis qu’il me serre fort également. Je crois que sa maladie est amplifiée par une certaine nostalgie qu’il n’ose pas avouer. La nostalgie des beaux jours heureux. Ceux qui sont partis.

Je connais son odeur, et pourtant ne m’en lasse pas. Un parfum très spécial qui inspire à la fois confiance et distance. Il a le don pour mêler deux sentiments bien différents en lui-même.

 

 

Se passe alors ce que je redoute et attends d’un autre côté. Je me laisse emporter. Je promène très doucement mes mains dans son dos, et bouge mon visage. Sa bouche est là, à quelques millimètres de la mienne… Je me rapproche un peu plus, j’entre en contact avec elle… Ses lèvres sont douces, encore plus douces que dans mes fantasmes.

Mais tout cela ne dure qu’une fraction de seconde. Je me vois brusquement rejetée. Sans réelle méchanceté, plutôt par surprise.

 

- T… Tess… Bégaie-t-il.

 

Je baisse les yeux, penaude. Je n’aurais jamais dû… Le vase s’est brisé sur le sol, et il est trop tard pour en recoller les morceaux.

 

- Je t’aime… Je murmure alors.

 

 

C’est à cet instant que je commets la deuxième plus grosse erreur de ma vie. La première fut de tomber amoureuse de lui. La deuxième fut de le lui avouer.

Il me regarde, ahuri, se lève, et s’en va, trop étonné pour dire quoi que ce soit.

Quelle idiotie que de s’éprendre d’un homme dont le cœur est éternellement prit par une autre…

lien permanent

182  posté le samedi 12 avril 2008 12:37

 

Présent

 

– Euh… Tess ?

 

La voix rauque de Jeffer me sort de mes songes douloureuses. Je prends conscience du présent, et tire un trait provisoire sur le passé. Je me fabrique un sourire un peu trop radieux que je lui adresse sans plus tarder. Aussitôt, la suspicion se peint sur son visage si séduisant. Pourquoi, mon Dieu, pourquoi ne suis-je pas amoureuse de lui ? Peut-être n’est-t-il pas parfait, mais il a le mérite d’être équilibré… d’être là.

 

- Pardon, j’étais dans la lune, je ris tranquillement.

 

Mes capacités de mensonges n’ont jamais été élevées. Cependant, il a l’élégance de ne pas insister. Ce type me comprend d’une manière ahurissante. Peut-être est-ce un don chez lui de cerner la personnalité des gens…

 

 

- Tu veux pas sortir un peu ? Propose-t-il soudainement. Aller se poser dans un café, je ne sais pas moi…

 

Je considère sa proposition quelques secondes avant de secouer la tête.

 

- Non, désolée… J’ai envie d’être au calme aujourd’hui… Mais reste ici ci ça ne te dérange pas ! J’aime bien que tu sois là !

 

Il m’adresse un sourire sous-entendant que rester là ne l’ennuie pas le moins du monde. Et tant mieux. Je ne mens pas en lui disant cela, se présence me plait vraiment. Elle est apaisante. Vraiment apaisante, même. Il dégage cette aura serein que peu de personnes possèdent. Son apparence très posée ne connote pas vraiment à sa personnalité de laxiste invétéré à propos de telles chose que la fac, par exemple. Il lui arrive parfois d’agir de manière surprenante, ce qui est toujours agréable. Jeffer est un garçon plein de ressources et de surprises.

Même Matthias, son frère adoptif, bien que ces deux là se considèrent comme frères de sang, qui lui est très proche peut encore le découvrir. L’ennui n’est pas de mise.

 

 

Le téléphone sonne, et j’esquisse un mouvement pour répondre, avant que la sonnerie ne soit coupée brutalement. Sans doute Clint vient-il de s’emparer du combiné…

Je ne cherche pas vraiment à savoir qui c’est en réalité. Prise d’une lubie certaine, je me demande soudainement où se trouve ma sœur. Parfois, subitement, il m’arrive de m’inquiéter pour elle. Je rêve par-dessus tout que notre relation chaotique s’améliore, ainsi que de comprendre pourquoi elle l’est devenue. Enfants, nous nous entendions si bien…

Cette légende selon laquelle les jumeaux seraient liés n’en est pas une. Je pouvais tout ressentir, en ce qui la concernait. Connexion qui s’est brisée avec le temps. Sans doute son aversion pour moi en est la cause principale… Ca fait mal, certes. Mais après tout, c’est ainsi. Je ne suis pas vraiment fataliste, mais parfois, il faut savoir accepter la réalité des choses. L’optimisme ne fait jamais de mal, même s’il n’est parfois qu’illusoire.

lien permanent

183  posté le samedi 12 avril 2008 12:41

 

Une voix nous parvient, une que nous ne connaissons, l’un comme l’autre que trop bien. Son intonation monte, de plus en plus, se fait à la fois déchirée et déchirante. Je me lève d’un bond, tandis que Jeffer tente de me retenir par le bras. Mais ma vivacité surprenante l’en empêche. Je me précipite vers la chambre de Clint, dont la porte est grande ouverte. Il est là, de dos, téléphone en main, immobile. Si sa voix puissante ne se faisait pas entendre, je n’aurais jamais deviné qu’il était en train de parler. D’hurler, plutôt. Son poing valide est serré.

Je m’apprête à entrer dans la pièce lorsque mon bon sens reprend enfin le dessus. Peut-être n’est-ce pas la meilleure chose à faire, face à un Clint apparemment furieux.

 

- Tu ne sais pas de quoi tu parles ! Vocifère-t-il.

 

 

Son ton est si haineux qu’il est aisé de deviner avec qui il converse. Elle… Il est bien trop touché, dans le mauvais sens du terme, par cet appel pour prétendre se ficher réellement d’elle.

 

- Tu ne sais pas, et ne sauras jamais, Emily, alors arrête de jouer les victimes, ça n’a jamais pris avec moi ! Comment ça ? Si, c’est parfaitement ce que tu fais ! Tu es partie, je dois te le rappeler une nouvelle fois ? Tu as choisi, assume un peu ta part ! Je ne veux pas entendre tes putains d’explication tu m’as entendu petite conne ? JE NE VEUX PAS LES ENTENDRE ! Tu peux penser au passé si tu veux, mais seule, moi, j’ai tiré une croix dessus.

 

 

Il s’interrompt, son interlocutrice partant sans doute dans un long monologue auquel il va tenter tant bien que mal de ne pas donner d’importance. Il ne se rend pas compte que toute parole venant de cette femme le touche considérablement. Il ne s’en rend pas compte, mais le ressent parfaitement. Il connait l’amour… Peut-être mieux que personne. Il faudrait simplement qu’il s’en rende compte. Oui, c’est ça qui lui manque. Une soudaine prise de conscience. Bien que je méprise Emily pour tout le mal qu’elle lui a fait, je ne peux fuir cette réalité, qui consiste à dire qu’elle fut son premier amour, et qu’elle l’est sans doute toujours.

 

 

- Mais est-ce que tu t’entends parler ? Lance-t-il alors d’un ton profondément méchant. Est-ce que tu te rends compte à quel point tu parais lamentable ? Tu veux quoi, exactement ? Que je te répète à chaque fois que je te vois à quel point tu m’as fait mal ? C’est ça que tu recherche ? M’extirper le plus d’aveux possible pour ensuite te délecter de l’emprise que tu as eue sur moi ? Non, Emily… Je ne te donnerai jamais cette satisfaction. C’est trop tard… Non, ce n’est pas ça… Je te déteste. Tu m’entends ? Non, pire, je te hais ! ARRÊTE CA, EMILY ! Arrête ça tout de suite… N’essaye pas de m’attendrir.

lien permanent

184  posté le samedi 12 avril 2008 12:45

 

Je sens une présence derrière moi. Un corps chaud se colle contre moi, mais cette scène ne dégage aucune sensualité. Jeffer est là, dans mon dos, et sa main se pose sur la mienne. Il a peur que je ne fasse une bêtise. Une grosse bêtise… Celle de me jeter dans les bras de Clint par exemple, et de me voir rejetée violemment. Hypothèse que, je dois reconnaître, je n’aurais pas totalement exclue de ma propre initiative. Oui, c’est bien misérable.

 

- Je ne veux plus t’entendre, lance alors le roux. Arrête… Arrête de m’appeler, arrête tout ça. Arrête d’y croire, c’est fini, tu n’es plus rien pour moi… Absolument plus rien. Casse-toi… Sors de ma vie, casse-toi…

 

 

Il raccroche soudainement. Soit parce qu’elle vient d’en faire de même, soit parce qu’il ne peut plus supporter le son de sa voix. Le téléphone tombe sur le sol, mais il n’esquisse pas un geste pour le ramasser. Il se contente de reposer dans cette position immobile. Le souffle de Jeffer se fait de plus en plus insistant. Nous attendons quelque chose. Quoi, nous n’en savons rien, mais nous l’attendons, pour sûr. Une réaction de la part de Clint ? Une quelconque explosion de sentiments ? Quelque chose…

Et nous avons raison de patienter. Raison, ou tort. Clint passe une main dans ses cheveux, et se met à soupirer lourdement, totalement ignorant de notre présence derrière lui. Il est maintenant trop tard pour nous manifester.

 

- Vas-tu arrêter de me harceler, Emy ? Vas-tu me laisser t’oublier en paix ? Pourquoi t’échines-tu ? Je veux me détacher de toi, me sevrer, à jamais… Pourquoi t’accroches-tu…

 

 

Il s’interrompt soudain. C’était trop beau. Nous n’aurions de toute façon pas pu repartir, ni vu, ni connu. Il se retourne brusquement, et nous assassine du regard. Sa fureur est indescriptible. Il nous hait, nous maudit, nous déteste en cet instant. Nous venons de violer son intimité, de constater sa faiblesse étalée sans tabou alors qu’il se croyait seul. Jeffer presse ma main, et non pas pour me rassurer, mais pour me manifester son mécontentement. Oui, c’est de ma faute, je n’aurais pas dû le suivre. Mais je l’ai fait, il est trop tard pour regretter. Clint s’avance, lentement, me jauge de la tête aux pieds avec un dégoût apparent, et sort de sa chambre sans rien ajouter. Et moi, comme une idiote, je me jette après lui. Parce que j’aurais préféré, et ce de loin, qu’il me pourrisse avec ses mots tranchants, plutôt que de lire ce mépris dans ses yeux verts. Bête et amoureuse. Je ne vaux pas mieux que Camilla avec Andreas.

lien permanent