170  posté le dimanche 06 avril 2008 03:14

 

Nous continuons de parler en évitant de mentionner le jeune blond, lorsque ce dernier arrive dehors. Il tient par la main sa petite sœur qu’il fait avancer vers nous.

 

- J’ai encore un petit truc à régler avec Will, lance-t-il. Lyra, tu peux la garder s’te plaît ?

 

La petite se dirige vers moi, et je regarde le jeune homme un peu interloquée. Il paraît très détendu, pour quelqu’un qui vient de converser avec son frère qu’il hait.

 

- Euh… Oui, oui, bien sûr, je peux… Tu vas où ? Je demande alors, le voyant se diriger a gauche, alors que Will l’attends du côté droit.

 

 

Andreas se retourne vers moi avec un sourire en coin à la fois craquant et fortement déplaisant. Une lueur horriblement moqueuse prend possession de ses iris d’un noir toujours aussi profond alors qu’il croise les bras.

 

- Je vais jouer à l’infirmière, plaisante-t-il d’un ton désinvolte.

 

La compréhension se peint sur mon visage après quelques secondes. Il vient de dire cela d’une façon si commune et sans la moindre envie de le cacher qu’il me faut un certain temps pour assimiler ses propos. Il nous provoque comme un adolescent. Il exhibe son addiction comme une fierté à certains moments, alors qu’il la cache, assailli par la honte, à d’autres. Tout ne tourne qu’autour d’une chose ; la réaction que son attitude engendrera chez nous. Sans doute parce qu’il appelle à l’aide indirectement, mais que nous ne sommes pas assez fins pour le remarquer… Ou plutôt, mais ne pouvant absolument rien faire, nous jouons les aveugles et les sourds. Dans les deux cas, cela reste pathétique.

 

 

- T’es vraiment con, je lance d’un ton venimeux. Tu crois que tu vas tout régler comme ça ? C’est lamentable, Andreas !

 

Son air narquois disparait pour laisser place à une expression profondément blasée, morne et exaspérée. Il soupire sans retenue.

 

- Tu me blesses beaucoup, Lyra, tu le sais ? Fait-il.

 

- Je sais bien que tu t’en fous complètement, merci ! Seulement…

 

- Seulement, il est temps que tu te la fermes, ma belle, plaisante-t-il à nouveau avant de me laisser seule avec Jake et Cloe.

 

Humiliée, je leur tourne à moitié le dos, et fixe mes yeux avec obstination sur la poubelle non loin de nous. Mine de rien, ces objets peuvent parfois se révéler captivant…

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171  posté le dimanche 06 avril 2008 03:18

 

La porte claque dernière nous, et personne ne rattrape Andreas, ce que je trouve stupide, lâche, pathétique, lamentable, faible… Tous les adjectifs les plus péjoratifs de ce monde pourraient nous être attribués. Jake semble penser la même chose que moi, quant à la petite, elle ne comprend pas tout, mais saisit l’essentiel. A croire qu’il fait exprès de nous foutre dans des états pareils…

Brusquement, une vague de détermination s’abat sur moi, et je me précipite à l’intérieur, ne prenant pas garde à Jake qui me rappelle.

 

 

J’entre en trombes dans le studio, pour m’immobiliser au dernier moment devant la porte des toilettes, coupée dans mon élan par un oppressant sentiment de doute.

Je ne suis pas sûre de lui être utile. Pire, je pense lui être néfaste en agissant ainsi. Il est bien naïf de ma part de croire que je puisse changer quoi que ce soit. Il ne m’écoutera pas, se moquera ou s’emportera, et à la fin, mes efforts seront vains. Brusquement, je comprends Camilla… Il est tellement normal de ne plus avoir la force d’essayer lorsqu’on sait d’avance que rien ne marchera…

Mais se dire cela n’est-ce pas condamner l’autre au supplice ? Toutes les tentatives seront-elles vraiment sans résultats ? Pour cela, il faut essayer, expérimenter…

J’avance ma main vers la poignée lorsque qu’un raclement de gorge me fige.

 

 

- Mauvaise idée, lance une voix ponctuée d’une intonation vaguement semblable au droguée qui se trouve de l’autre côté de cette porte que je veux franchir.

 

Je fais volte-face pour me retrouver confrontée à Will Young. Ce jeune homme un peu frêle mais solide tout de même. Il porte en lui une délicatesse présente également chez son frère, bien que celui-ci ne la laisse jamais apparaître de façon évidente. Ils se ressemblent sans doute plus qu’ils ne veulent se l’avouer. Will est séduisant, ainsi qu’un peu étrange. Mais lui ne m’intrigue pas comme Andreas l’avait fait lors de notre première rencontre. Il a l’air de ne cacher aucun mystère, et s’il souffre, ses yeux le passent sous silence.

 

- Je ne parierai pas, je réplique en le détaillant discrètement.

 

 

Un sourire malicieux anime ses lèvres, dont je suis sûre qu’Andreas ne serait même pas capable de simuler Cette expression enjouée, pétillante qu’à son frère, il ne la connaît pas. Ce qui ne fait que renforcer la peine que j’éprouve en pensant à son malheur.

 

- Après tout, peut-être qu’avec toi, ça marcherai, c’est vrai, reprend Will en se rapprochant. Il t’a laissé la garde de Cloe pendant qu’il allait se défoncer, ça veut dire qu’il doit avoir un minimum de confiance en toi.

 

Ces paroles m’interpellent. Je tente de ne pas prêter attention au ton méprisant employé vis-à-vis d’Andreas, et déclare ;

 

- Je ne vois pas vraiment de rapport.

 

- Le rapport, répond Will, c’est qu’il se prendrait une balle pour la petite. Donc tu crois bien qu’il ne la lasserait pas à n’importe qui.

 

J’hausse les épaules, un peu sceptique, cachant mon stupide baume d’enthousiasme.

 

- Qu’est-ce que tu essayes de me dire par là ?

 

- Rien de spécial, rit-il. Et puis, c’est toi qui a commencé… « je ne parierai pas là-dessus » lance-t-il en m’imitant gentiment.

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172  posté le dimanche 06 avril 2008 03:31

 

Il est bien loin du frère tyrannique que j’avais imaginé. Il paraît même relativement simple et agréable. Mais les apparences sont sans doute trompeuses…

 

 

Cependant, je ne peux me résoudre à le haïr, le condamner, ou quoi que ce soit qui s’en approche. C’est l’affaire d’Andreas et sa famille, et je n’ai aucunement à m’en mêler.

Will appuie son épaule contre la porte et me sourit à nouveau, avant d’inspecter les yeux d’un regard bien peu critique.

 

- Pourquoi es-tu venu ?

 

Je me mords la langue. Cette question indiscrète m’a échappée avant même que je n’ai eu le temps de la formuler dans mon esprit. L’expression « tourne sept fois ta langue dans ta bouche avant de parler » trottine alors innocemment dans mon esprit. Le jeune homme aux cheveux flamboyants pose sur moi un regard un peu étonné par cette question, mais aucunement méprisant.

 

- Histoire d’argent, répond-t-il le plus simplement du monde, avant de changer du sujet. Depuis quand es-tu avec mon frère ?

 

 

Ces paroles me surprennent tout d’abord grandement, avant de m’arracher un rire presque hystérique. Presque. Will me dévisage, les sourcils levés. Il doit me prendre pour une folle, et il aurait à moitié raison…

 

- Je ne suis pas du tout avec Andreas, nous sommes justes… amis, je lance, un peu hésitante.

 

Je n’ai jamais vraiment pensé, jusqu’à présent, à ce que nous étions l’un envers l’autre. Amis… oui c’est sans doute la meilleure qualification. Je suis sur le point de lui demander pour quelle raison cette pensée lui a traversé l’esprit lorsqu’il devance mes pensées.

 

- Désolé alors. J’aurais juste pensé que vous étiez ensembles… Il avait une expression un peu différente avec toi, je trouve. Après, c’est Andreas tu me diras, il veut sans doute te mettre dans son lit et basta…

 

 

Le manque d’estime pour son frère me rebute. A moins que ce ne soit la véracité de ses propos. Je m’en fiche, à vrai dire. Ce qui importe, c’est son arrogance dérangeante. Will perçoit ma soudaine froideur, et adopte aussitôt un regard un peu penaud.

 

- Pardon, je ne voulais pas te… blesser, faute d’autre terme.

 

- Je ne suis pas blessée, je soupire un peu lasse, je suis juste blasée. Peu importe, je suppose que tu as raison.

 

- Salope.

 

La voix me glace le sang. Je la connais trop, et aurait donné n’importe quoi pour ne pas l’entendre en cet instant. Ce n’est pas celle de Will, bien qu’elle lui ressemble légèrement. Non, elle vient de derrière. Andreas est planté dans mon dos, et son expression n’a pas vraiment changé. Il ne s’est pas piqué, j’en ai la certitude.

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173  posté le dimanche 06 avril 2008 03:37

 

Je me retourne vivement, mes membres glacés par l’effroi. Il me dévisage d’un air mauvais, très mauvais. Je n’arrive pas à croire que mes paroles aient eu autant d’impact sur lui, et d’ailleurs, peut-être suis-je égocentrique. Peut-être sont-elles simplement la goutte d’eau qui fait déborder le vase suite à la visite impromptue de son frère.

Je n’arrive pas à croire que j’ai pu dire cela. Je n’arrive pas à croire que j’ai même pu le penser. Je n’ai jamais pensé quelque chose de tel à propos d’Andreas, et je me suis bêtement laissé influencer par son frère et ses allures sympathiques. La manipulation pointe son nez après quelques minutes d’inaction.

 

- Déso… Je veux me répandre en excuses.

 

- C’est comme ça que tu me voies ? Crache-t-il alors. Enfin, je ne devrais pas être surpris… Après tout, tu n’es pas différente de ceux qui se disent mes amis. J’ai été bien con de le croire… Ce n’est pas grave, en fait.

 

 

Tout disparaît. Sa rancœur s’envole, et il se met à ricaner. Il montre qu’il s’en fiche. Pourtant, en cet instant, je ne suis pas convaincue à cent pour cent de la véracité de son détachement. Il est trop soudain, après le court orage. Mais peut-être est-ce encore un coup de mon égo qui aujourd’hui se développe à vue d’œil.

 

- Non ! Andreas, pardon… Je ne le pensais pas !

 

- Ouais, ouais, me coupe-t-il avec un soupir exaspéré, bon tu peux sortir là que je finisse de faire ce que j’ai à faire avec mon frère ? Et t’occuper de Cloe comme je te l’ai si gentiment demandé ?

 

 

Il ne m’accorde même plus un regard et toise son frère avec un dégoût non dissimulé. Je brûle à présent de honte, tout en repensant aux paroles de Will concernant le fait qu’il me fasse sans doute confiance pour me confier sa sœur. Cependant, peut-être était-ce une habile manière de me manipuler.

Le perpétuel détachement d’Andreas vis-à-vis de ma personne finit par mon convaincre qu’en effet, je ne suis pas plus important qu’un ou une autre. Il ne s’est pas piqué, et ce n’est sûrement pas grâce à mes paroles Il attend sans doute d’avoir réglé les derniers détails de je ne sais quoi avec Will.

 

 

Je sors, embarrassée au possible. Embarrassée et soudainement malheureuse

Je suis idiote de m’être bercée d’illusions. Comme il l’a si clairement spécifié, je ne suis différente de personne… Par conséquent, tout aussi détestable de son point de vue. Je ne le ferai jamais changer, comme j’ai eu la prétention de le croire à demi-pensées.

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174  posté le dimanche 06 avril 2008 03:47

 

Kendall

 

Bientôt dix-huit heures. Je marche en direction du studio des Artyfacts, espérant bien y trouver Sonny que je dois rembourser depuis maintenant trois semaines. Il me semble que l’une de mes sœurs avait laissé entendre que le groupe enregistrerait vers la fin d’après midi, et j’espère sincèrement avoir bien compris.

Je pousse la porte d’entrée, et tombe sur un spectacle intriguant.

Ils sont tous les quatre là, et l’un d’eux se trouve au centre. Le plus grand et fin, un blond extravagant, plié en deux, sur le point de s’avachir sur le sol. Le son qui me parvient de son rire est secoué par une note de pitoyable.

Jake se dirige vers lui et le secoue légèrement par les épaules tout en le ramenant vers son instrument de prédilection. Andreas s’empare de sa guitare, toujours hilare, alors que les autres membres du groupe s’échangent des regards mornes et déçus.

 

- Il est complètement défoncé, lance une voix un peu blasée derrière moi.

 

 

Je fais volte face pour constater qu’un jeune homme brun que j’avais enfin réussi à me sortir de la tête fait son apparition. Matthias est assis sur l’une des chaises encerclant la table de verre et me regarde d’un air sérieux.

 

- Mais pourquoi t’es ici toi ? Je demande alors, frustré qu’il se montre à chaque fois que je vais quelque part.

 

- Tu sais t’y prendre pour montrer aux autres qu’ils te dérangent, toi !

Lance alors Matt un peu amer. Je suis venu pour parler vite fait à Jake et Andreas pour le loyer de l’appart, mais mon cher ami blond ne rend pas encore la communication possible, et puis ils n’ont pas fini d’enregistrer.

 

- Ah.

 

 

Depuis notre dernière rencontre, nos liens plus ou moins amicaux de dégradent d’une manière alarmante. Nous ne nous crions pas l’un sur l’autre, mais nous - ou plutôt je - sommes distant. Néanmoins, je trouve cela plus ou moins légitime de ma part.

Une légitimité que je remets en question à chaque fois que je l’aperçois. Le frère adoptif de Jeffer a le don de me faire extraordinairement douter de chacune de mes décisions.

C’est injuste, surtout si je considère le fait que lui ne semble pas du tout sujet à ce genre d’états d’esprit pour le moins exaspérants.

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