165  posté le dimanche 06 avril 2008 02:36

 

Andreas, qui jusqu'à présent n’avait semblé rien ressentir quant à ce rejet soudain, excepté une sorte d’habitude ennuyante, tourne alors de nouveau son visage vers moi. Je me force à soutenir son regard, pensant qu’il s’apprête à dire quelque chose, mais il n’en est rien. Il me fixe, sans grande intensité ni quoi que ce soit de spécial, il se contente de rendre mes iris captifs des siens. Je pourrais me libérer, je le pourrais…

Mais je ne veux pas, et c’est la raison pour laquelle je me hais. Détourner le regard, rien qu’une fois, montrer aux autre, au monde entier et à moi-même qu’il ne m’hypnotise pas, qu’il ne m’obsède pas, qu’il n’a aucun pouvoir sur moi…

Mais ce serait mentir de façon éhontée. Il m’hypnotise, il m’obsède, il exerce sur moi un pouvoir effrayant. Telle est la réalité que je ne peux nier, bien que j’essaie. Ce sentiment étrange n’incluant pas l’ombre d’un sentiment amoureux, un simple besoin insatiable de lui, de sa présence, comme une drogue.

Je dépends de lui tout comme il dépend de l’héroïne. Mais je n’éprouve rien pour lui, tout comme il n’éprouve rien pour la came.

 

 

La question que je me pose jour et nuit est pourquoi ? Pourquoi lui ? Est-ce son air inaccessible, intouchable et indifférent ? Je pourrais me mentir, pour faciliter la chose, et me dire que oui, ce sont ces trois facteurs qui jouent en sa faveur. Mais ce n’est pas ça, je le sais.

C’est sans doute à cause de sa ressemblance avec Diego… Diego, à qui il ne ressemble pourtant pas physiquement. Simplement dans les gestes, les paroles, le sourire et le regard. Ce sont les seules choses qui les lient, et pourtant, elles sont essentielles. L’un connote à l’autre d’une manière presque insolente.

 

 

Il y a aussi sa voix… Un timbre grave, profond, presque magique. Magie noire aux mains d’un ange. J’ai déjà été envoûtée, ensorcelée par le passé, mais quand… Quand diable ai-je entendu Andreas Young parler, dans une époque antérieure à notre première rencontre officielle ?

Je ne sais pas. Je veux savoir pourquoi.

Mais pourquoi étant difficile à cerner, je décide de me réfugier dans comment.

Comment a-t-il fini par me posséder à son insu ?

Par sa souffrance cachée que j’ai pourtant décelée, pour l’avoir vue portée par tant d’autres êtres humains. Tant d’autres, oui, mais jamais avec une force aussi prononcée que lui.

 

 

Par sa façon d’aimer qui le gêne et qu’il ne s’avoue pas, par sa façon d’être attentionné envers les personnes qui lui sont chères, presque instinctivement.

Par sa façon d’être là, de m’aider, de me sauver…

Voilà comment.

Et je ne dois pas chercher plus loin, au risque de me souvenir de choses qui auraient mieux fait de rester tapies dans l’ombre. Je m’en réfère à ces critères, à moitié satisfaite, mais entièrement immunisée contre d’éventuelles souffrances inutiles.


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166  posté le dimanche 06 avril 2008 02:41

 

Andreas me regarde toujours, une fraction de seconde s’est passé depuis qu’il a tourné son visage en ma direction. Un nouvel imperceptible sourire s’étend alors sur ses lèvres.

Mimique dans laquelle je redoute au préalable une moquerie pourtant habituelle et routinière. Cependant, non. C’est un simple sourire. Sans doute le plus sincère que je ne lui ai jamais vu. Ses yeux ne suivent pas cette très légère démonstration de joie, mais ils ne le font jamais. Je crois bien que personne à part moi ne remarque que le jeune blond est en train d’afficher une expression sereine et exceptionnellement impliquée dans ce qu’elle transmet. Il ne méprise pas les idées et pensées qui l’assaillent, pas en cet instant.

Surprise, je lui rends son sourire d’une façon tout aussi discrète. Je ne me méprends pas. Il ne ressent rien. Seulement, au milieu du néant au milieu duquel se trouve son cœur, une émotion à su survivre jusqu’à se manifester sur sa façade extérieur. Une émotion aussi simple que celle d’avoir envie de sourire.

 

 

Brusquement, le charme est rompu. La commissure de ses lèvres s’étend plus largement, et s’animent en suivant le trajet d’une moue narquoise.

 

- Tu vas bien, Lyra ? Me lance-t-il d’un ton froid et moqueur.

 

Je quitte mon état de semi-hypnotisée pour le foudroyer du regard. Maintenant, tous les regards sont vers moi, me dévisageant curieusement, cherchant à savoir pourquoi Andreas vient de me poser une telle question. Il l’a fait exprès, évidemment. Il a agit de la sorte pour le simple plaisir de me voir mal à l’aise. La rage monte doucement, faisant bouillonner le sang dans me veines. Ca l’amuse…

 

 

Ca l’amuse vraiment, l’embarras des autres, sans oublier leurs souffrances, leurs doutes, leurs peines et leurs angoisses. Les siennes ne l’important plus, il se croit le droit de négliger les nôtres. Comme dans un jeu… Un éternel jeu.

Diable de mes rêves, ange de mes cauchemars… Je ne sais, et ne saurai sans doute jamais, quelle attitude il adoptera envers moi.

 

- Tout va bien, je grogne entre mes dents.

 

Sheldon ne s’attarde pas plus sur le sujet, cependant Lindsay lance un regard interrogateur à son frère, tandis que Camilla semble perdue dans ses pensées. Peut-être a-t-elle intercepté notre demie seconde d’intimité… Je me rends compte à quel point elle doit souffrir.

 

 

En plus de dépendre de lui, elle l’aime d’une façon que je n’aurais jamais crue possible d’une femme envers un homme. Elle l’aime éperdument, et doit le voir chaque jour jouer avec elle et la rejeter pour aller s’amuser avec d’autres femmes… Cependant, je n’arrive pas à la considérer entièrement comme une victime. Je ne vaux sans doute pas mieux qu’elle, mais je n’ai pas encore aussi mal. Et si un jour, Andreas me rendait de la sorte, je m’en irai. Sans un regard en arrière, le cœur déchiré, certes, mais je partirai pour l’oublier. Je ne serai jamais capable de m’accrocher sans en démordre à une source de souffrance matérielle.

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167  posté le dimanche 06 avril 2008 02:55

 

A cet instant, la porte du studio s’ouvre, nous l’entendons tous. Je lève un visage à l’expression curieuse vers ma droite, là ou le visiteur arrivera.

Des pas lents mais décidés se font entendre sur le parquet, suivis de pas moins lourds, plus hésitants, presque timides. Instantanément, Lindsay et Andreas se lèvent d’un même bond.

Apparaissent les étrangers.

 

 

Un jeune homme d’environ mon âge, peut-être un peu plus jeune, à la chevelure flamboyante, ainsi qu’une fillette d’une dizaine d’année, tout aussi rousse que celui qui semble être son frère. La petite lance alors un regard désolé vers Andreas, qui affiche une expression morne, presque détachée, mais pourtant, j’arrive à comprendre l’horreur qui l’assaille.

Quelque chose me choque brusquement. Les nouveaux arrivants offrent une ressemblance frappante avec le jeune home blond, ainsi que Lindsay. Leurs cheveux, leurs yeux sont dissemblables, mais pas les traits fins de leurs visages, ni leur expression féline, ni leur teint pâle, ni le dégoût dans leurs yeux…

Seule la petite semble immunisée contre cette dernière similitude.

 

- Salut Andy, lance le rouquin d’un ton bien désagréable à Andreas.

 

 

Celui-ci l’assassine du regard, sans prendre l’air coupable du meurtrier malgré lui. Puis, il reporte son attention vers la petite. Une tendresse que je ne lui ai jusqu’alors jamais vue s’empare de ses traits et m’ébahit. Il ne souffre plus, il se contente de regarder une petite étoile grandissante. L’amour qu’il éprouve pour elle est du même ordre que celui pour Lindsay, aussi fort, mais plus évident. Il lui fait signe de venir vers lui d’un signe de tête.

Elle accourt, il se baisse légèrement et la prends doucement dans ses bras. Elle l’enveloppe de ses bras si frêles et à la fois si protecteurs.

 

 

- Salut, Will, lance Lindsay de la voix la plus détachée dont je la sens capable.

 

Le dénommé Will lui répond par un sourire bien plus cordial et aimant. Je lance un regard à Jake qui observe la scène transcendé par une fureur froide. Je ne l’ai jamais vu porter dans le mépris dans ses yeux habituellement si doux. Il regarde le rouquin comme un insecte à exterminer de toute urgence.

Sheldon et Camilla ne font rien, ne disent rien, ne savent pas comment agir. Je suis plus ou moins dans le même cas.

 

- Cassez-vous ! Lance alors le blond d’un ton très calme et également très clair.

 

 

Aucun de nous ne bouge. Nous attendons que Will et la petite qu’il semble pourtant tant aimer s’exécutent. Andreas se retourne vers nous.

 

- Vous êtes sourds ou quoi ? Se moque-t-il en ricanant. J’ai dit cassez-vous !

 

Jake, Camilla et moi le regardons, interloqués. Nous ne le comprenons pas. Et nous qui pensions qu’il allait renvoyer le rouquin et prétendre que personne n’était jamais entré…

 

- Andreas, tu… Commence Camilla.

 

- Veux que vous sortiez d’ici jusqu’à ce que Will se barre, oui, rétorque-t-il d’un ton sans réplique. Lindsay, tu fais comme tu veux, je ne t’oblige à rien, ça te concerne, après tout…

 

- Je reste, lance-t-elle, déterminée. Sheldon aussi, d’ailleurs.

 

Son frère s’apprête à contester, mais le regard de sa sœur le fait abdiquer. Cette sœur, la seule à qui il n’a pas honte de montrer son affection. La seule, avec cette enfant.

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168  posté le dimanche 06 avril 2008 03:03

 

Nous sortons en silence. La porte se referme derrière nous, et les mots tranchants entre les cinq restés derrière nous commencent. Nous ne les comprenons pas, mais les intonations parlent d’elles même. Jake s’appui contre le mur, et Camilla et mois attendons en face de lui. Aucun de nous ne parle, pour l’instant. Intérieurement, je me remémore l’attitude d’Andreas.

Même dans un instant aussi critique et apparemment très désagréable, il avait paru… éternellement indifférent. Ce n’est pas en hurlant qu’il nous a demandé de sortir, mais en riant. D’un rire certes peu joyeux, mais riant tout de même. Seule son insistance à nous faire déguerpir avait montré que cela lui tenait vraiment à cœur.

C’en devient angoissant. Dans quelles circonstances cet homme peut-il être réellement touché ? Il a été détruit par quelque chose de révolu, cependant, il continue de souffrir en silence. Douleur fantomatique effacée, mal être rebuté, oppression transparente. Substitut d’âme vivante, mêlée à une morte.

 

 

Seul le passé l’atteint, le présent et l’avenir n’ont aucun impact.

 

- Qui sont ces deux là ? Je demande alors, incapable de cacher plus longtemps ma curiosité.

 

- Will et Cloe, frère et sœur d’Andreas, répond alors Jake en tournant vers moi son visage calme.

 

L’annonce ne me surprend pas, et pourtant, reste bloquée en travers de ma gorge. J’ai du mal à accepter l’évidence. Le fait que…

 

 

- Tu ne connais pas aussi bien Andreas que ce que tu penses, Me lance Camilla d’un ton qu’elle ne veut pas méchant, et qui pourtant me tue.

 

Elle vient de prononcer à voix haute mon mal être secret du moment. Et je sais qu’elle ne pensait pas à mal. L’attitude d’Andreas vis-à-vis de moi, elle ne me la reproche pas, malgré ses sentiments bien trop forts. Cette fille à tout pour elle, pourtant elle s’accroche à celui qui lui est le plus imparfait. Rien ne se contrôle, tout nous échappe.

Que ce soit l’amour ou la peine, les sentiments choisissent leur chemin. Nous ne sommes pour eux que des toits sous lesquels dormir, des endroits clos ou s’abriter, par peur de la nuit.

Une carapace vide accueillant qui désir y entrer, voilà ce qu’est l’être humain.

 

 

- Je m’en vais, lance alors la jeune femme blonde d’un ton paisible.

  

Trop sans doute.

 

Jake et moi ne réagissons pas tout de suite. Elle s’éloigne à pas légers et lourds à la fois. Jake la suit du regard, et se détache du mur. Il se plante derrière elle.

 

- Tu es incapable de faire face, Cam. Lui crache-t-il au visage. Tu prétends l’aimer, c’est pathétique. T’as raison, barre-toi, c’est ce qu’il te reste de mieux à faire.

 

Elle s’immobilise, et je ne peux que lui donner raison. Elle fuit. Elle ne veut de lui que lorsqu’il n’a rien d’autre en tête qu’elle.

 

- Tu sais ce qu’il va faire, Jake ? Répond Camilla sans se retourner. Il va aller se piquer dès que Will et Cloe seront partis. Tant mieux pour toi si tu réussis à l’aider. J’ai déjà donné, et je suis fatiguée de ne parvenir à rien. A plus tard…

 

Et elle s’en va sur ces paroles égoïstes. Égoïstes, mais compréhensibles. Égoïstes, mais humaines, guidées par les sentiments qui ont élu habitat en son corps.

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169  posté le dimanche 06 avril 2008 03:07

 

Jake et moi semblons nous relaxer considérablement, comme si la présence de Camille ne servait qu’à nous rendre mal à l’aise. Nous attendons le moment ou Will sortira.

Je ne suis plus prisonnière de mes pensées envers Andreas et son attitude incernable, je tente juste de comprendre. Une certaine exaspération vient s’ajouter à cet intérêt fortement justifié. Sans lui en vouloir réellement, j’en ai marre. Dès que quelque chose lui arrive, le monde sembla s’arrêter de tourner. Et pas seulement pour moi. Pour les personnes qui lui sont proches. Il ne le fait pas exprès, mais il vampirise nos centres d’intérêts pour les détourner sur lui et sa vie chaotique. Au lieu d’attendre que ses problèmes soient résolus avec une anxiété raisonnable, nous nous morfondons à sa place.

Parce que lui ne le fait pas, et qu’apparemment c’est le seul moyen d’exorciser. Il n’affiche aucune réaction, alors nous le faisons pour lui. Ainsi, sa vie retrouve un minimum d’équilibre.

 

 

Mon ami me sourit gentiment, et je fais de même. Nous venons de comprendre la même chose en même temps. Nous allons nous détacher de cela, et nous inquiéter pour notre ami en évitant le démesuré.

 

- Qu’est-ce qu’il se passe entre Andreas et son frère ?

 

Jake soupire, et je suis sur le point de préciser qu’il n’est pas obligé de me répondre lorsqu’il prend la parole, empruntant l’air las de celui qui a raconté l’histoire des centaines de fois.

 

- Andreas déteste sa mère, et vice versa, commence-t-il brutalement. Et ça a presque toujours été ainsi. Il est né d’un père qu’il n’a jamais connu, tandis que Lindsay, Will et Cloe sont les enfants de l’ancien mari d’Elizabeth. Quant à Will, il a toujours eu une profonde aversion envers son grand frère, parce qu’il souffre du complexe d’Oedipe, tu sais, quand un enfant est amoureux de son parent de sexe opposé…

 

- Je sais ce que c’est, je le coupe un peu sèchement, avide de connaître la suite.

 

 

- Bref, en général, tous les enfants du monde sont œdipiens, au début de leur vie, mais cela passe très, très vite. Will fait partit de ceux pour qui cela a perduré. Il est amoureux de sa mère, sa mère qui perçoit Andreas comme une source de douleur. Il est tellement amoureux d’elle qu’il hait tout ce qui peut la faire souffrir, par conséquent, il déteste Andreas. Tu vois l’ambiguïté de la chose ?

 

Il vient de dire cela sur un ton impliqué, mais ennuyé. Pour ma part, je viens de prendre un coup. Il est méprisé par quelqu’un à qui il n’a jamais rien fait. Le monde est injuste, surtout pour lui.

 

 

- C’est ignoble de la part de sa mère de…

 

- Je t’arrête, je coupe Jake. Évidemment, je suis du côté d’Andreas, mais… Ne la condamne pas aussi cruellement. Elle n’était pas tendre, elle le battait lorsqu’il était enfant, mais… Comment dire ça sans passer pour un sans cœur… Disons que dans la vie, ce n’est ni tout noir, ni tout blanc. Elle a vécu des choses qui certes ne justifient pas ses actes horribles, mais qui les rendent plus compréhensible… Tu vois ce que je veux dire ?

 

 

J’acquiesce lentement. Oui, je vois ce qu’il veut dire, très bien même. N’empêche, je n’arrête pas de penser à un Andreas enfant, martyr d’une mère qui ne l’aime pas. Et cela me déchire le cœur. Il n’a jamais réellement appris l’amour. Voilà pourquoi il ne peut le ressentir.

 

- Qu’est-ce que sa mère avait comme… raisons ?

 

- Désolé, lance alors Jake d’un ton sincère, mais c’est une partie de sa vie que seul Andreas peur choisir de révéler.

 

Déception énorme. Compréhension réduite. Je veux savoir pourquoi, et je suis ridicule. Je veux qu’Andreas s’ouvre à moi et me parle de lui. Je veux sa confiance inexistante.

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