155  posté le lundi 24 mars 2008 19:16

 

– A… Attends, Matthias ! Je lance alors que le brun commence à ouvrir la porte d’entrée.

 

Il s’immobilise un instant, et je me demande s’il va s’arrêter ou se barrer quand même. Apparemment, il choisit de se résigner. Refermant la porte à peine entrouverte, il me fait face, les bras croisés.

 

- Quoi ? Lance-t-il d’un ton las.

 

Sa voix me sort de mes pensées qui ont déjà commencé à m’accaparer, et je bégaye stupidement ;

 

- Je… Tu es… Euh… Comment dire….

 

 

Matthias s’impatiente, tout en fronçant les sourcils Il ne comprend pas un traître mot de ce que j’essaye de lui faire comprendre, et c’est tout le problème. Déjà que je ne suis pas doué pour m’exprimer, en cet instant mes capacités ont diminuées considérablement !

Je cherche désespérément mes mots sans arriver à trouver les bons, c’en devient désespérant.

 

- Je… Ne suis pas juste un… une sorte de fantasme, comme ça… Je parviens finalement à articuler grossièrement.

 

Le jeune homme parait de plus en plus ébahi, quant à moi, je me sens de plus en plus mal. Je ne sais pas ce que je viens de dire de mal, mais Matthias me fait bien sentir que j’aurais mieux fait, une nouvelle fois, de me la fermer. Je serre les dents, prévoyant un orage violent débarquer. Et pourtant, c’est avec un calme infini qu’il prend la parole.

 

 

- T’es tellement con, Ken…

 

Je dois avouer que je ne m’étais pas attendu à ça… Le ton consterné sur lequel il prononce ces mots veut tout dire, et je tombe des nues. Si je m’étais attendu à… ça ! Une gêne presque palpable s’empare de moi, et je ne sais plus très bien quoi faire. Peut-être se fout-il de moi ? Non, pas avec ce regard, non…

 

- Je suis déso…

 

( Tellement in love de cette photo )

 

- Je croyais que tu avais compris, me coupe-t-il comme si je n’avais jamais ouvert la bouche. S’il faut que je te le dise explicitement, alors d’accord, je suis amoureux de toi Kendall, et plus  je te connais, plus je souhaite que ça ne soit jamais arrivé, mais c’est trop tard, je ne peux plus faire marche arrière maintenant… salut !

 

Et il s’en va, claquant la porte, tandis que je peine à croire ses dernières paroles…

Amoureux. Réellement amoureux…

Est-ce le détail qui me fera changer ?

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156  posté le lundi 24 mars 2008 19:24

 

Lyra

 

Jake me regarde quelques instants, debout, les bras ballant de part et d’autre de son corps. Son regard traduit une pointe de déception que je tente d’ignorer. Il a l’air de sérieusement m’en vouloir…

Mais est-ce réellement ma faute si depuis quelques jours, la simple idée de sortir me paralyse entièrement ? Si je me sens oppressée dès que le mot soirée revient sur le tapis ? J’ai perdu une bonne partie de ma confiance il y a trois nuits de cela. Elle va revenir, pour sûr. Mais d’abord, je veux m’isoler. Moi qui raffole de la nuit, me voilà en train de la fuir !

Mais la peur ne se contrôle malheureusement pas, même s’il faut parfois apprendre à la surmonter. Seulement pour l’instant, je n’ai plus envie de me battre.

La phobie des hommes qui m’avait assaillie pendant quelques mois plusieurs années auparavant est de retour… Mais en plus complexe. Je suis à présent effrayée par eux, en même temps qu’attirée. Comme s’ils étaient un danger auquel je suis aimantée.

Je soupire, lasse, attendant que le jeune homme brun qui se tient devant moi dise quelque chose. Et apparemment, il espère la même chose de ma part.
 

 

Quoi de plus stupides que deux personnes qui se fixent mutuellement, patientant jusqu’à ce que l’autre ouvre la bouche ? Pas grand-chose, je dois l’avouer…

Je commence à me sentir gênée. Va-t-il rester là jusqu’à ce que je capitule et accepte de partir avec lui rejoindre les autres ? Si c’est le cas, il va attendre toute la nuit, car je ne bougerai pas d’ici…

La porte s’ouvre soudainement, et Tess sort de la chambre. Constatant notre inactivité, elle s’arrête et nous interroge silencieusement du regard.

 

- Elle ne vient pas, soupire alors Jake.

 

Je lève les yeux au ciel. Sa façon d’annoncer cela comme s’il s’agissait d’une fatalité m’exaspère au plus haut point. Je n’ai pas l’impression que ma présence soit si indispensable que ça, et d’ailleurs elle ne l’est pas. Je sais bien qu’il insiste tant pour me redonner confiance, et je l’en remercie, cependant il ne sait pas s’arrêter. Mes limites sont atteintes depuis cinq bonnes minutes. Je secoue la tête une nouvelle en fois, en guise d’un énième refus.
 

 

- Tu devrais, me lança timidement Tess. Tu… Tu vas finir par avoir peur de tout… Et puis, il y aura Andreas…

 

- Et alors ? Je lui aboie littéralement dessus. Andreas va passer sa soirée à sauter Camilla, et basta ! Ne me dis pas ce que je dois faire ou non !
 

 

Depuis quelques jours, également, ma haine envers ma sœur est redevenue aussi forte qu’avant. Je la déteste. Le simple fait de la voir me donne d’horribles nausées que je me force à contrôler. Je ne supporte pas cette constante expression de sainte nitouche qu’elle porte sur son visage, comme une petite fille sage…

Elle est pourtant si peu innocente…


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157  posté le lundi 24 mars 2008 19:35

 

Tess se renfrogne et baisse la tête. Quelque chose d’autre que je déteste chez elle… Sa constante façon de s’écraser face aux autres… N’est-elle pas capable de tenir tête à qui que ce soit ? Faible et méprisable. Ma sœur jumelle est faible et méprisable.

Jake croise soudain les bras et me foudroie du regard.

 

- Tu peux arrêter d’être aussi agressive ?! Cingle-t-il alors.

 

C’est à mon tour de le détailler. Pour qui se prend-t-il ?

 

- Ne te mêle pas de choses qui ne te concernent pas, et laisse ça entre elle et moi ! Je lui crache tel un venin mortel.

 

 

Il hausse les épaules, me dévisage d’un œil morne, et passe sa main dans le haut du dos de Tess pour l’inciter à le suivre. Je crois que je viens de comprendre la technique pour l’obliger à me laisser tranquille : me conduire de la manière la plus imbuvable qui soit. Et bien soit, je me transformerai en un Andreas au féminin, si c’est la seule façon d’être tranquille…

Lourdement, je me laisse tomber sur le canapé. Je suis fatiguée. Fatiguée de ne pas savoir qui je suis, et d’hésiter sans arrêt sur mes sentiments.

 

 

J’en ai marre de laisser un jeune homme blond accaparer mes pensées jour et nuit, marre d’être dépendante depuis le premier jour…

Je veux vivre et aimer ça, je ne demande rien d’autre. En quoi ce désir est-il compliqué ?

Pourquoi suis-je incapable de tirer un trait sur le passé ? Je ne sais pas vraiment…

De toute façon, il n‘y a plus rien dont je suis sûre…

Bien sûr, il y a une personne que je ne peux me résoudre à oublier. Tout simplement si je le faisais, je vivrais en coupable toute ma vie, brisée à jamais de l’avoir abandonné… Voilà ce qui m’empêche de tourner la page.

Mon ange. Mon éternel ange…

Mais quand, mon Dieu, quand pourrai-je le voir à nouveau ? M’assurer qu’il va bien ? Constater que notre séparation ne lui a rien coûté…

 

 

Une soudaine vague de désespoir s’abat sur moi sans états d’âme. Ai-je fait les bons choix ? Si non, qu’adviendra-t-il de lui, de moi, de nous… ?

Encore une fois, j’ai peur. Et cela me ronge.

Effrayée de tout, incapable de faire face. Je ne m’accorde aucune estime, puisque je ne le mérite pas.

La vie des gens de mon entourage serait tellement plus simple, sans moi… Et pourtant, je n’ai aucune envie de me retirer.

Parce que je suis habitée d’une pointe d’égoïsme, et que j’aime la vie plus que tout.

Oui, je suis égoïste… Mais n’est-ce pas l’un des sentiments les plus humains qui soient ?

Je ne suis pas dotée de pouvoir extraordinaire, je me contente de vivre dans les limites de mes possibilités. C’est le cas de tant de monde… Alors pourquoi pas moi ?

Des millions de personnes vivent heureux sur cette terre, alors pourquoi pas moi ?

Oui, mais des millions de personnes vivent dans la misère sur cette terre, alors…

Pourquoi pas moi ?

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158  posté le lundi 24 mars 2008 19:41

 

Excédée par mes propres hésitations, je décide d’allumer la télévision, et tombe sur un match de football. Bien que je déteste ce sport, je ne fais même pas l’effort de zapper. J’ai juste besoin d’un lavage de cerveau pour ce soir… Rien d’autre. Et dans ce cas, quoi de plus efficace que de regarder des garçons à peine sortis du stade de l’adolescence courir comme des dératés derrière un ballon ?

Alors que je commence à m’assoupir durant la deuxième mi-temps, et que l’équipe dont je ne connais pas le nom et que j’appelle les maillots rouges mène d’un but à zéro, la porte d’entrée se claque soudainement.

Je sursaute, et reste assise, les sourcils froncés, incapable de bouger. Mes muscles se paralysent, et mon pouls s’accélère. Des pas se font entendre dans le couloir, et je déglutis avec difficulté…

Il n’y a aucune raison d’avoir peur… Absolument aucune… Personne ne possédant pas les clés ne peut rentrer ici…

 

 

- Putain de con, fais chier, merde… Marmonne alors une voix familière.

 

Je me décrispe et arbore un sourire de soulagement. Un jeune homme aux cheveux d’un roux flamboyant fait son entrée remarquée, et reste inactif quelques instants en découvrant ma présence.

 

- T’es pas sorti avec les autres ? Je prends les devants.

 

Il hausse les épaules, et vient s’asseoir à côté de moi, baillant largement et sans gêne.

 

- Comme tu le vois, non ! Répond-t-il.

 

Quelque chose me dit qu’il est de mauvaise humeur… Et ça m’énerve. Comme toujours lorsque Clint est énervé, c’est la personne qui a le malheur de se trouver à ses côtés qui prend tout, et je ne fais pas exception à la règle.

 

 

Cependant, j’ai également décidé de faire chier le monde… Joyeuse soirée en perspective !

 

- Tu faisais quoi dehors ? Je demande, tentant tout d’abord d’éviter les hostilités.

 

- A la base, j’étais censé me saouler au bar… Puis en fait, j’ai préféré venir me saouler ici, mais vu que t’es là, ça fout tous mes projets à l’eau…

 

- Tu devrais dire ça avec un peu moins de sérieux, sinon on va croire que tu en as quelque chose à foutre de te bourrer la gueule, j’ironise, blasée par son ton désinvolte.

 

Parfois, je dois avouer que le rouquin se lance dans des imitations presque parfaites de l’indifférence d’Andreas…

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159  posté le lundi 24 mars 2008 19:48

 

Il tourne son visage vers moi, et m’observe quelques secondes d’un regard un peu excédé que je tente d’ignorer. Puis, il reporte son attention sur le match de foot qui le passionne au moins autant que moi, et lance ;

 

- Excuse-moi, Lyra, mais là, je n’ai vraiment pas envie de parler…

 

Ses paroles me choquent presque. Éberluée par sa gentillesse, j’ouvre des yeux rond et les pose sur son profil.

 

- Depuis quand tu t’excuse pour ce genre de choses ?

 

- Depuis que j’apprends à bien t’aimer, répond-t-il.

 

Je souris, presque involontairement. De la part de Clint, c’est énorme. Ce type est tout simplement formidable…

 

 

Je me mets à rire très légèrement, et le taquine alors qu’il reporte son regard sur le match, télécommande à la main ;

 

- Oh, c’est mignon…

 

Il se renfrogne soudainement tout sourire disparaît de ses lèvres. Cependant, cela ne m‘alarme pas.

 

- Oui, bah ça va, je ne t’ai pas fait une déclaration d’amour non plus, hein…

 

Sa fierté m’amuse. Bien sûr que non, il ne m’a pas fait une déclaration d’amour. Une simple déclaration d’amitié. Ce genre de paroles qui me font du bien et me réconfortent. Je crois que jamais je n’ai entretenu une relation si peu ambiguë avec un homme. Un ami, et rien d’autre.

Mais un ami devenu extrêmement cher, en très peu de temps.

 

 

Je me lève, soudain plus légère, et lui lance un bonne nuit amical auquel il répond à peine feignant une fascination démesurée pour le match qui vient de toucher à sa fin, ce qui ne semble pas le gêner le moins du monde.

Je ferme la porte de ma chambre derrière moi, te me change rapidement avant de me glisser dans mon lit.

Peut-être vais-je parvenir à finir paisiblement cette journée, finalement.

Pourquoi ne serait-ce pas le cas ? Chaque jour, une chance d’être heureux se présente… Il suffit de la reconnaître, et de la saisir.

Le bonheur est immatériel, et pourtant, il est si aisément identifiable…

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