150  posté le lundi 24 mars 2008 18:35

 

Elle s’assied en face de moi avec un petit sourire, mais je vois bien qu’elle est distraite. A la fois par le souvenir des baisers d’Andreas ancrés dans sa mémoire, mais aussi par mes dernières paroles. Elle doute, elle a peur de ne plus être la seule à pouvoir s’attribuer les faveurs du jeune homme, aussi mécaniques soient elles.

Oui, j’arrive à deviner ses pensées, car dans ce genre de situations, elles sont toujours identiques. Nous ne sommes peut-être pas extrêmement proches, mais nous nous apprécions, et je la connais depuis assez longtemps pour le savoir.

 

 

Elle est encore bien jeune, et magnifique. Elle semble si fragile que j’ai du mal à ne pas traiter mon ami de salaud lorsque je vois la façon dont il se fout d’elle. Par ailleurs, ce que je dis est faux ; je le traite bel et bien de salaud. Mais je ne lui en veux pas, sans doute parce que je sais qu’au fond, il ne fait pas vraiment exprès de la faire souffrir.

Il agit sous l’emprise de pulsions avec elle, mais si un jour elle le repoussait, il ne la toucherait plus.

 

- Ca va ? Me demande-t-elle timidement.

 

Je la considère quelques minutes, avant de soupirer.

 

- Tu sais, tu n’es pas obligée de me faire la conversation si tu ne le veux pas, hein ! Je vais y aller de toute façon…

 

 

Je me lève, et elle ne me retient pas. Je devine qu’elle n’a pas envie de parler à grand monde, et de ce fait, ne me vexe pas de son silence. Ca ne m’arrive jamais de toute façon. Dans l’immédiat, je n’ai aucune idée de ce que je vais faire. J’aurais bien passé quelques minutes à expliquer la situation dans laquelle je me trouve à Matt, mais après mûre réflexion, me confier de la sorte, presque à cœur ouvert n’est peut-être pas une si bonne idée que ça.

J’ai peur de devenir vulnérable face à lui, bien que je sache qu’il ne chercherait jamais à me faire du tort, je me méfie malgré moi. De plus, il est bien plus préoccupé par Kendall en ce moment.

Puis une solution se dessine petit à petit dans mo esprit. Ca fait bien longtemps que je ne me suis pas prit une bonne cuite…

 

 

Ce n’est pas une si mauvaise idée que ça. Me noyer dans l’alcool en plein après midi, après tout pourquoi pas ? Jamais personne n’a affirmé qu’il faille attendre le soir pour boire comme un trou, merde !

Clint Lawson, l’homme qui se bourrait plus vite que son ombre.

J’ai besoin d’oublier, l’espace de quelques heures, juste cette après midi, alors tant pis.

Ca fait longtemps que je n’ai pas rendu une petite visite aux pubs d’Oxford…

Je vais te sortir de mon esprit, Emily…

Je te promets que je vais t’oublier…

Tu ne m’auras pas deux fois, mon amour…

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151  posté le lundi 24 mars 2008 18:47

 

Kendall

 

On sonne à la porte, et aussitôt, Lesley se redresse. Je tente de la ramener vers moi, ne tenant pas à être dérangé en cet instant. Nous sommes bien, tous les deux, j’ai besoin d’y croire. Je pose mes mains sur ses hanches, et la ramène vers moi, comme avant…

Elle me sourit, et m’embrasse tendrement, comme avant.

Lorsqu’elle recule son visage, je n’éprouve aucun regret… Et ça ce n’est pas comme avant. Pourquoi n’est-ce pas comme avant ? Qu’est-ce qui a pu changer ? L’un comme l’autre, nous n’agissons plus de la même façon. Mais je refuse de baisser les bras.

 

 

Sans doute par peur, mais surtout par fierté de me dire que ces cinq années passées ensemble n’ont été qu’une perte de temps.

D’ailleurs, ce n’est pas le cas. Je l’aime, et c’est certain. Je l’aime de tout mon cœur, je ne cherche pas, je ne cherche plus. Matthias me trouble, certes, mais ce n’est rien de sérieux. Il est simplement… le premier homme qui semble s’intéresser à moi. Ca perturberait n’importe qui, c’est évident… Je l’espère.

Lesley soupire, et avec un doux sourire, me fait comprendre qu’elle doit aller ouvrir. Mais je n’ai pas décidé de la laisser faire. Je rapproche mon visage du sien et je dépose mes lèvres dans son cou, je sais qu’elle va craquer.

Mais ce n’est pas le cas. Toujours souriante, elle se détache de mes genoux après m’avoir donné un rapide baisé sur la bouche, et se dirige vers la porte d’entrée, me laissant sur le canapé, complètement perdu.

 

 

Je pensais que mon geste allait la faire fondre… Je pensais la connaître assez bien pour connaître ses faiblesses… C’est le cas, d’ailleurs. Personne ne peut se vanter de la connaître comme je la connais. Alors pourquoi semble-t-elle si différente ?

Quelque chose se passe entre nous, quelque chose se brise… Et je ne veux pas la laisser faire, non tellement pas… L’amour est toujours là, et nous le savons tous deux. Peut-être avons-nous simplement besoin de relancer la magie… Nous tombons le cercle vicieux tant redouté de l’habitude. Mais c’est une étape par laquelle passent tous les couples, n’est-ce pas ?

Évidemment, après plusieurs années passées ensemble, l’étincelle des premiers mois ne se fait plus sentir de la même façon… Évidemment, petit à petit, l’envie oppressante de sentir la personne dont on est amoureux dans ses bras s’amoindrit. Cela veut-il pour autant dire que les sentiments ne sont plus ? Non, je refuse d’y croire.

Mais elle… Oui, elle qu’en pense-t-elle ? Cela fait déjà plusieurs jours que je me torture l’esprit.

 

 

Et si les tensions qui animent notre couple ne venaient pas de moi et mes hésitations, mais d’elle et des sentiments qu’elle éprouve ? Pour la première fois, je me pose la question.

Je ne préfère me formuler aucune réponse, de peur d’en constater une perspective effrayante.

Fier, trop fier pour laisser tomber. Amoureux, trop amoureux pour mettre tout cela sur le dos de mon honneur.

Je ne suis pas compliqué, seulement torturé. Et la torture rend les gens indécis.

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152  posté le lundi 24 mars 2008 18:54

 

J’entends que la porte d’entrée s’ouvre, tandis que je soupire à nouveau. Pour une fois, la maison est libre. Et pourtant, cela semble importer peu à Lesley, puisqu’à cet instant même, elle s’occupe de notre visiteur qui m’est encore inconnu.

Oui, j’aurais préféré que nous agissions en deux amoureux égoïstes, se foutant de tout ce qu’il peut se passer autour de nous, ne prêtant garde qu’à nos baisers et nos caresses. Mais je suis le seul à l’entendre de cette oreille. Je m’incline.

 

- Ah Matthias, parvient la voix de Lesley à mes oreilles, comment tu vas ?

 

 

Je ferme les yeux et ne préfère même pas entendre ce que le jeune homme lui répond. Il ne maquait plus que lui ! Pourquoi, pourquoi apparait-il toujours aux moments où je me pose le plus de questions ? Ce type a le don pour m’embrouiller l’esprit, ce n’est pas possible !

L’instant que je redoute le plus arrive, ils passent tous deux la porte, le garçon brun arborant un sourire étrangement malicieux. Je serre les dents, et ignore ma forte envie de l’envoyer balader royalement. Ce n’est pas le moment de créer un drame. Lesley l’invite à prendre place sur l’un des fauteuils, tandis qu’elle s’assied sagement à côté de moi. Je passe mon bras autour de mon épaule et prend sa main. Au moins, elle se laisse faire…

 

 

Je me sens soudain étrange. Une question involontaire assaille mon esprit. Suis-je en train d’agir par amour ou de provoquer Matt ?

Je secoue la tête. Bien sûr que j’agis par tendresse, quoi d’autre ? Ce genre de questions ne devraient même pas le traverser l’esprit… Ce n’est pas de ma faute si ce diable me fait douter sans arrêt… Il a une façon de me regarder…Lorsque ses yeux gris emprisonnent les miens, je manque d’en oublier mon nom. Il a une espèce de lueur dans le regard… Si assurée, si pétillante…

 

 

Je ferme brusquement les paupières et tourne vivement la tête vers Lesley, et contemple son visage aux traits doux. J’inspire longuement le parfum de ses cheveux blonds que je connais par cœur, je m’en imprègne jusqu’à ne plus me souvenir d’aucune autre senteur que celle-ci…

Je suis tiraillé. Horriblement tiraillé.

Les deux objets de mes tourments discutent, eux, innocemment. Ma petite amie est bien loin de se douter de ce qu’il se passe, quant à Matthias, il est assez intelligent pour se la fermer devant elle.

Mon après-midi romantique est bel et bien foutue… Que de joie en ce bas monde !

 

 

Lesley semble remarquer ma gêne impromptue et fronce les sourcils alors que je la rassure de mon habituel regard qui traduit un parfait « Je vais bien, ça va passer. Je t’aime. »

Elle sourit alors et exerce une légère pression sur ma main en guise de soutient, car elle sait que je mens à moitié, que quelque chose me perturbe. Nous nous passons de mots, les gestes et les regards peuvent suffire. Non, décidément, nos problèmes ne sont rien, de simples légers tourments passagers.

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153  posté le lundi 24 mars 2008 19:01

 

Au bout de quelques minutes, Lesley jette un coup d’œil à sa montre.

 

- Oh, merde ! S’exclame-t-elle, il faut que je file !

 

Je la regarde, intrigué.

 

- Mais tu n’avais pas dit que tu avais une journée tranquille aujourd’hui ?

 

- Si… Mais Camilla m’a appelée ce matin, et apparemment ils ont besoin de moi au studio… Je suis vraiment désolée, je dois filer.

 

 

Son embarras est évident, et je m’oblige à la laisser filer. Je ne peux pas lui en vouloir d’avoir du travail… Je ne peux pas lui en vouloir de souvent le faire passer avant moi… Si, justement, à propos de ça, je peux lui en vouloir. Mais je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas, ca à chaque fois que je vois son visage, je suis pris d’une vague de tendresse qui rend tout énervement quasi-impossible. Quasi… Parce qu’une pointe d’amertume s’empare tout de même de moi lorsque j’affronte la réalité. Elle me délaisse.

Résigné, je pousse un soupir, et tourne la tête vers mon seul compagnon, à présent. Étrangement, je lui trouve pas ce sourire de satisfaction que j’étais certain d’apercevoir sur ses lèvres. Il semble perdu dans ses pensées.

 

 

Ses sourcils légèrement froncés lui donnent un air sérieux, cassant l’éternelle image du jeune homme enjoué que j’ai de lui. Un léger pli se forme sur son front, et ses yeux ont une expression grave. Intrigué, je tente de trouver une façon élégante de lui demander ce qui ne va pas. Seulement, il relève les yeux à cet instant précis, et aussitôt, toute trace de crispation s’évaporent de ses traits, aussi soudainement qu’elles étaient venues. Un peu déconcerté, je choisi de fixer le mur en face de moi avec une intensité démesurée.

J’entends un petit ricanement venant de l’endroit ou Matthias est assis, et je ferme les yeux, me bornant à ignorer sa présence.

 

 

Malheureusement, c’est impossible. Cédant à la tentation, je tourne la tête vers lui, et cette fois, il arbore le fameux sourire tant redouté. Il pense avoir gagné, ce qui est bien loin d’être le cas.

J’ai comme l’impression qu’il me considère comme un simple trophée, et c’est fortement déplaisant.

 

- Je te sentirais crispé, Kendall ? Ironise le nabot à côté de moi.

 

- Pas le moins du monde, je réponds d’un ton que je veux assuré.

 

Il s’esclaffe sans retenue avant de se lever doucement et de s’approcher de la place vacante à côté de moi. Je serre les poings. S’il ose s’asseoir, il va en recevoir un en pleine gueule, tant pis s’il y a des suites judiciaires, j’en assumerai pleinement les conséquences. Non, je ne suis absolument pas pour la violence gratuite, pourquoi ?

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154  posté le lundi 24 mars 2008 19:09

 

Évidemment, Matthias s’assied. De toute façon, c’était inévitable.

Évidemment, mes poings se décrispent. De toute façon, c’était inévitable.

Je suis, et serai éternellement incapable de le repousser proprement, sans bavures. Et il se délecte de ma faiblesse que je m’échine à combattre. Pourquoi est-ce que je n’y parviens pas ? Je devrais être capable d’en venir à bout, mais ça me paraît tout bonnement impossible… Le brun prend ses aises à mes côtés, et un rictus anime ses lèvres.

 

 

Je ne sais pas si je dois continuer à l’ignorer sans succès ou si je dois tenter d’investir dans une conversation non ambiguë. Je déteste l’hésitation, et c’est tout ce dont je suis capable depuis quelques semaines.

 

- Alors, ça va ? Je tente pitoyablement.

 

- Oui, oui, répond Matt, un peu absent. Tu aimes toujours Lesley ?

 

Peut-on rêver d’un mec plus direct ? Je ne pense pas. Je le gratifie d’un regard assassin, sachant qu’il connaît très bien la réponse. Oui je l’aime, et il essaye de m’en dissuader. Seulement, lui, il veut m’avoir comme coup d’un soir. Et moi, je veux avoir Lesley pour toujours. C’est la femme de ma vie, et jamais personne ne se mettra entre nous, je ne les laisserai jamais faire. J’ai envie de sortir de cette salle en courant, de m’éloigner de lui, pour enfin arrêter de douter. Mais ce serait fuir les problèmes, et je ne suis pas comme ça.

 

- Oui, je l’aime toujours, je réponds froidement. Et je te demanderais d’arrêter ce ridicule fantasme à propos de nous deux et d’aller te faire prendre par d’autre types !

 

 

- Tu enlèves beaucoup de romantisme à la chose, rétorque Matt sur la défensive. Arrête de me considérer comme une bête !

 

Je prends cette remarque à la manière d’un électrochoc. Mes propos ont été déplacés, je le reconnais, cependant s’il commence à jouer la carte « je suis homo c’est pour ça que tu me déteste » je vais très vite perdre mon sang froid. Andreas aurait très bien pu sortir le même genre de remarque à une femme, et moi de même. Je ne supporte pas lorsqu’il joue les incompris. Il est temps qu’il apprenne à gérer un refus, que cela lui plaise ou non.

 

- Que tu sois gay, bi, hétéro ou amoureux d’un chien, j’en ai rien à foutre, Matt, je déclare d’un ton posé. Simplement j’aimerais que tu me foutes la paix et qu’on soit simplement potes !

 

Il hausse un sourcil sceptique avant d’émettre un léger rire sans joie. Il se lève, et commence à se diriger vers la porte, avant de s’arrêter net. Il pousse un profond soupir, et fait volte-face.

 

- Tu sais quoi Kendall ? J’en ai marre que tu penses que je ne cherche qu’a te défoncer le cul ! Désolé pour le manque d’élégance, mais vois-tu, tu ne m’inspire pas tellement !

 

Il claque la porte, et je me lève immédiatement, mon corps prenant le contrôle tandis que mes pensées tumultueuses tentent de s’organiser.

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