145  posté le lundi 24 mars 2008 17:25

 

Clint

 

Crève en enfer salope.

Tels sont les mots que je rêve de lui lancer avant qu’Emily ne passa la porte de chez moi, ayant échoué une nouvelle fois dans sa tentative de m’approcher.

Ma réaction est-elle démesurée ? Moi, je ne trouve pas. Et Tess non plus. Mais Tess m’aime.

Emily m’aime. Et c’est toute la différence.

Pourquoi maintenant, pourquoi me dit-elle ça soudainement, alors que nous ne nous l’étions jamais murmuré l’un à l’autre, après quatre ans ? Quatre longues années…

Dont deux pendant lesquelles j’ai passé mon temps à me morfondre. A me convaincre qu’elle n’avait été qu’une illusion et que maintenant, le rêve étant terminé, je devais retourner à la dure réalité de la vie. Deux ans à éclater en sanglot devant chaque objet ou vêtement lui ayant appartenu. Deux ans de néant de larme et de souffrances.

Voilà ce que j’avais gagné à m’attacher autant. Elle est partie, sans raison apparente, au moment où j’allais mal, au moment où plus que tout, j’avais besoin d’elle. Elle savait tout de moi, je lui avais tout dit. Puis elle avait disparu, me laissant seul, à découvert, emportant mes propres secrets avec elle, tandis que je me balançais dangereusement au bord du gouffre.

C’est beau l’amour.

C’est mort l’amour. Pour moi, en tout cas.

 

 

Je n’ai jamais connu ce sentiment, mais je crois bien que je m’en suis fortement approché avec elle. Voyant où cela m’a mené, il est certain que plus jamais je ne renouvellerai l’expérience.

Mais elle est là…

Trois semaine après son retour, elle est là, tente de me parler, peut-être de s’expliquer, qui sait. Elle me crie qu’elle m’aime en même temps qu’elle me le susurre. Elle revient, presque tous les jours, mes rejets l’indiffèrent, mes insultes sont sans impact…

« Elle sait que je l’aime aussi » comme elle dirait…

Prétentieuse. Petite conne prétentieuse.

Je ne l’aimais pas, même avant, pourquoi serait-ce différent, surtout maintenant ?

 

 

Je ne me moquais pas d’elle, non. Je n’aurais pas osé.

Comment manipuler quelqu’un de qui la simple vue suffit à ce que mon cœur s’emballe ? Une personne qui me manquait terriblement dès qu’elle s’absentait plus d’une heure ? Comment ? C’est impossible, moi, du moins, je ne sais pas comment faire.

C’était ce qu’elle représentait pour moi. Sans même que je ne sois amoureux, elle a été la raison de chacun de mes battement de cœur. Je ne lui pardonnerai jamais d’avoir tout brisé, jamais.

 

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146  posté le lundi 24 mars 2008 17:36

 

Quelques minutes plus tard, j’arrive devant un studio de belle taille, et me gare juste à côté d’une autre voiture garé en travers. Celle de Matthias, sans doute.

Je claque ma portière, las. Le visage d’Emily est ancré dans ma mémoire, et quoi que je fasse, il ne veut pas partir. A chaque pas que je fais, il se dessine avec un peu plus de netteté, si c’est possible. Je sens presque son odeur, et la chaleur de son corps contre moi lorsque nous nous enlacions, le soir, elle et moi, coupés du reste du monde…

 

 

Ou plutôt, coupés du reste de leur monde. Nous, nous étions dans le notre. Une bulle de bonheur véritable qui a explosé le jour de son départ.

Elle a provoqué la haine que je lui porte, alors pourquoi est-ce que j’en arrive presque à me sentir coupable ?! Merde…

Quelque chose est absolument et catégoriquement indéniable. Elle exerce encore une putain d’emprise sur moi. Et elle ne devrait pas.

Tout à l’heure, elle s’est jetée dans mes bras, et je l’ai repoussée. Pas parce qu’elle m’a dégoûtée, pas parce que son contact me répugnait… Parce qu’elle m’a rendu fou. Complètement fou. Et je m’y refuse.

 

 

Je veux, et je dois me sevrer d’elle. Être capable de me tenir près d’elle en me contentant de la détester, et rien d’autre. Ne pas avoir envie de craquer à chaque fois qu’elle se trouve un peu trop près, ou qu’elle me regarde un peu trop intensément… Rien de tout ça, rien.

Comment est-ce qu’une femme peut-elle semer autant de trouble chez moi ? Tout aurait été tellement plus simple si elle n’était pas partie ainsi, s’évaporant dans la nature, partant quelque part où je n’avais jamais pu la retrouver…

Ou même mieux, qu’elle n’ait jamais existé. Un monde sans elle aurait pu être un monde parfait.

Un monde sans elle aurait pu être un enfer parfait.

Je secoue la tête. C’est en n’arrêtant pas de penser à elle que je n’arriverai jamais à l’oublier.

 

 

Je frappe à la porte, et l’on vient m’ouvrir immédiatement.

La porte me révèle Jake, encore en pyjama, l’air complètement sonné. J’éclate de rire à gorge déployée en le voyant mettre au moins deux minutes avant de m’identifier. Il est pourtant presque midi.

 

- J’en connais un qui n’a pas beaucoup dormi ! Je me moque.

 

- Mm, qui donc ? Fait-il semblant de ne pas comprendre avec un sourire. Non mais arrête, les deux autres s’en sont donnés à cœur joie, hier soir, leur cris m’ont empêchés de dormir !

 

- Les deux autres ? Je m’intrigue. Qui ?

 

- Les deux meilleurs amis qui baisent plus ensemble que ne le font les couples officiels, hausse les épaules Jake avant de s’effacer pour me laisser entrer.

 

Tout s’éclaire à présent. Je pénètre dans le salon, pour y trouver deux silhouettes familières collées l’une à l’autre.

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147  posté le lundi 24 mars 2008 17:47

 

Andreas tient fermement Camilla par la taille, et l’embrasse de manière lente et sensuelle. Elle ferme les yeux, et les rouvre dès qu’il libère ses lèvres pour ne pas le quitter du regard. Je crois que jamais je n’ai vu une femme amoureuse au point de ne pas voir à quel point les gestes du jeune homme sont mécaniques. J’éprouve même de la peine pour elle. J’aime bien Camilla, beaucoup même. Elle est attachante, débordante de gentillesse et intelligente. Pourtant dès qu’elle se retrouve confrontée à son éternel amant, elle devient stupide. A croire qu’elle ne vit que pour lui.

Andreas se sert d’elle sans le faire. Il tient à elle et ne veut pas la blesser, mais il l’utilise à chaque fois qu’il veut satisfaire ses besoins. A quoi joue-t-il ?

 



 



Le couple occasionnel continue ses baisers, bien que le garçon, lui, m’ait remarqué, ce qui n’est absolument pas le cas de Camilla. Elle est bien trop occupée à s’imprégner de son compagnon.

Jake pousse un léger soupir blasé en passant devant eux, et Andreas lui administre un doigt d’honneur magistral et bien peu discret qui nous fait pouffer de rire.

 



 



Je m’assieds à la table en face du jeune homme brun, cherchant le troisième colocataire des yeux.

 

- Matthias n’est pas là ? Je demande, voyant qu’il ne figure nulle-part.

 

 - Non, répond mon ami. Partit chez Kendall, il me semble.

 

Nous avons tous deux saisis le lourd sous entendu qu’implique cette phrase. Matt et Kendall… Le sujet de conversation qui pourrait durer des heures si nous le souhaitons. Cependant, aujourd’hui je ne désire pas débattre sur ces deux là.

Aujourd’hui, je voudrais même que la notion d’amour n’existe pas. Ca m’éviterait de me torturer. Je hais tellement cette émotion que j’en viens à remettre en question la nature même de l’homme. Notre existence est-elle réellement uniquement fondée sur les relations humaines ? N’y a-t-il pas un seul autre moyen de vivre tout en évitant des relations susceptibles de nous détruire comme de vulgaires châteaux de sables ?

Eparpillé aux quatre vents à cause de l’attachement. Quelle réjouissante perspective.

 



 



J’entends Jake me demander si je suis venu pour quelque chose de spécial. Je réponds que non. A vrai dire, je ne sais même pas moi-même ce qui m’a conduit ici… Sans doute parce que mon meilleur ami était l’un des locataires, bien qu’il ne soit pas là… Cependant, son absence ne me pèse pas, et je ne regrette pas d’être assis à cette table. Sans doute ais-je plus besoin de compagnie que de Matthias lui-même, ce matin. Brusquement, je me mets à penser à une amie avec qui je passerais bien l’après midi si elle n’était pas occupée je ne sais ou. Lyra. Quand j’y pense, je suis à la limite de l’étouffement, tant j’en ris, cependant je dois reconnaître que nous devenons bons amis. Je ne sais toujours rien du mystère qu’il s’obstine à flotter autour d’elle, mais le fait est que nos mentalités ne sont pas si différentes l’une de l’autre. Nous nous torturons nous-mêmes dans nos esprits, persécutons la personne responsable de notre amertume, et nous renfermons le reste du temps, nous refusant à parler de nos soucis. C’est un fonctionnement bien simple, que certains ne parviennent pourtant toujours pas à comprendre.

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148  posté le lundi 24 mars 2008 18:00

 

– Un café ? Me propose Jake alors que je refuse d’un signe de tête. Bah tant pis pour toi, moi je vais m’en faire un ! Ajoute-t-il en baillant la bouche grande ouverte.

 

Je me retiens d’éclater de rire. Si ce sont les galipettes de Camilla et son meilleur ami qui l’ont empêché de dormir, alors ces deux là n’ont pas dû chômer. Je ne me risque même pas à lancer un regard en leur direction, sachant que de toute façon, ils s’embrassent encore. En temps normal, je me serais demandé pendant des heures quand est-ce qu’il allait se décider à être sérieux avec elle, ou alors à la laisser libre de se tourner vers un autre homme s’il ne voulait pas d’elle. Mais aujourd’hui, c’est différent. Aujourd’hui, je ne tente pas de fuir mes problèmes en me rabattant sur l’attitude des autres, et je pense à moi.

Il serait stupide de dire que je souffre en ce moment. Je ressens bien des choses, et j’ai déjà connu ce sentiment pendant bien trop longtemps savoir qu’en cet instant, la douleur n’octroie pas mon cœur. Au contraire.

 

 

Je suis furieux, plein de haine et de ressentiment, je suis frustré, troublé, perdu, mais je n’ai certainement pas mal.

Un prénom se forme petit à petit dans mon esprit. Un prénom, auquel j’associe sans peine un visage trop familier. Emily.

Pourquoi es-tu revenue ?

Mais surtout… Pourquoi es-tu partie ?

Je l’imagine en face de moi en cet instant, et je ne sais quoi faire. C’est dans ces instants que mon subconscient prend de lui-même la parole.

 

Approche, approche… Emy, viens !

Oh ! Amour de mon âme ! Approche, une fois encore…

Montre-moi que j’existe…. Montre-moi que nous sommes réels. *
 

Elle s’efface brusquement, et je me sens mis à nu. Démasqué, entièrement démasqué, et de surcroît par moi-même.

Je réalise que les deux ans où je n’ai pas passé mon temps à me morfondre, je les ai passés à me mentir. Je ne l’ai jamais oubliée. Sans elle, j’ai vécu d’une manière incomplète.

Elle n’est pas un amour, elle est un besoin, une partie de moi.

Je n’arrive pas à me bercer d’illusions. Son simple retour suffit à me déstabiliser. Je ne peux me résoudre à la haïr, c’est impossible. Mais je ne peux me résoudre à revenir vers elle. Si par malheur je la laissais, j’en serai dépendant, entièrement dépendant. N’est-ce pas là ce que je souhaite plus que tout éviter ? Je veux être capable de l’oublier, je veux pouvoir la contempler sans qu’elle n’ait aucun effet sur ma personne.

 

 

Mais serait-ce un jour possible ? Elle a bouleversé littéralement ma vie. Serai-je apte à faire en sorte qu’elle m’indiffère ?

Il le faudra bien… Car je ne tomberai pas dans ses bras une deuxième fois. Je continuerai de lui jeter au visage tout ce que je lui lance déjà, je déverserai sur elle ma haine que je n’arrive pourtant pas à lui attribuer, dans l’espoir que cela ait un jour un quelconque effet sur l’affection que je lui porte. Et peut-être renoncera-t-elle, et tournera-t-elle les talons…

Tout serait si facile, alors…

La sonnerie lointaine d’un portable se fait entendre et Jake et moi, tous deux pris par surprise, moi parce que j’étais perdu dans mes pensées, et lui parce qu’il somnolait, levons vivement la tête. Parvient alors à nos oreilles la douce et mélodieuse voix d’Andreas qui lance des injures à tout va contre son téléphone.

Tu peux continuer autant que tu veux, il ne va pas te répondre, ducon, va…

 

 

 

* Quewaaaa ??? Naaaan je ne me suis pas ouvertement inspirée de Wuthering Heights (les hauts de hurlevents) pour les deux premières phrases en italique EMILY BRONTË FOREVER

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149  posté le lundi 24 mars 2008 18:10

 

Jake ne s’est même pas levé pour aller faire un café, et j’en déduis qu’il a passé une nuit blanche tout entière, et aussi qu’il ne doit plus en avoir l’habitude.

L’ancien fêtard perd la main, il sera bientôt bon à jeter aux ordures.

Je m’amuse à le taquiner alors qu’il me répond à peine. Décidément, il est bien inactif lorsqu’il n’a pas eu ses quatorze heures de sommeil, ce pauvre petit bout de chou.

Le garçon blond débarque dans la pièce, l’air exaspéré et lance d’un ton brut ;

 

- Jake, toi et moi, manager, maison de disque, tout de suite.

 

 

Le brun lève la tête vers son meilleur ami au moins trente bonnes secondes après qu’il lui ait adressé ces mots, alors que je me moque d’une voix narquoise :

 

- Bénis sois-tu, ô, Andreas, toi et tes phrases si claires et structurées.

 

Il lève les yeux au ciel, énervé par ma réaction, et rétorque tu tac au tac :

 

- Tu me casses les couilles, le rouquin. D’ailleurs, pourquoi t’es aussi joyeux, toi ? T’es pas censé souffrir le martyr après le retour de ta chienne là ?

 

C’est bien bas, ça, Andreas. C’est bien bas, d’autant plus qu’il semble réellement se foutre de ce que je ressens…

 

 

Est-ce vraiment une amitié que nous entretenons ? Oui. Parce que bien qu’il ne semble pas le mériter à première vu, il bénéficie de mon respect le plus total. Je dois bien avouer que ce n’est pas toujours évident, mais c’est la pure vérité. Nous sommes amis.

Seulement, je pense que d’après lui les femmes ne sont pas une réelle cause de souffrance. Je crois que je comprends pourquoi. N’ayant cessé de payer avec sa mère, il a fait des jouets de toutes les filles qui s’approchaient de lui avant même de les laisser se rendre compte de quoi que ce soir.

Je ne me laisse plus vraiment atteindre par les sarcasmes du jeune homme. Ils me peinent toujours, mais pour lui. Parce qu’il doit vraiment avoir mal pour se sentir obligé de nous faire payer. Il doit vraiment souffrir, pour penser être au dessus de tout.

 

- La ferme, je rétorque. Mais dis-moi, j’ai entendu dire que tu avais joué les chevaliers servants auprès de Lyra, il n’y a pas si longtemps… T’es son ange gardien, ou quoi ?

 

 

Andreas esquisse un sourire. Il n’est pas touché. Évidemment, qu’il n’est pas touché, puisque rien ne l’atteint. Il faudrait que j’arrête de vouloir le déstabiliser, c’est peine perdue.

Camilla se rapproche de son amant, l’air abattu. Elle a entendu ce que je viens de dire, et je sais qu’elle bouillonne de jalousie en cet instant même. Je peux la comprendre.

Les deux jeunes gens sont souvent ensembles. Très souvent, même. De plus il y a quelque chose dont je suis certain d’être l’un des seuls à avoir remarqué. Dès que Lyra est dans les parages, ou que son prénom entre en scène, brusquement, le jeune homme blond refuse toute étreinte, caresse ou baiser de la part de sa meilleure amie.

 

- Qu’est-ce qu’il se passe avec Lyra ? Demande celle-ci.

 

- Lâche-moi, Cam ! Lance-t-il. Bon, Jake dépêche-toi d’aller t’habiller, on doit être à la maison de disque dans une demie heure. Clint, si tu veux rester ici, c’est comme tu veux, Camilla reste là jusqu’à mon retour. Hein, Cam, tu ne bouge pas, d’accord ? Sinon la maison serait sans surveillance, vu qu’on a paumé le double des clés et que Matt les a prises…

 

 

- Oui, oui, abdique-t-elle avant même qu’il n’ait fini d’argumenter.

 

Dévouée, entièrement dévouée. Tellement que ça fait peur. S’en rend-t-il compte ? Je n’en ai aucune idée, et préfère ne rien savoir.

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