7  posté le jeudi 31 janvier 2008 09:15

 

  - J’ai besoin que tu m’héberges chez toi. Je lance du ton le plus détaché dont je sois capable.

..

 Je me mords la joue avec force. Cette requête à été plus difficile à formulé que je ne l’aurais pensé ! J’ai peur de deux choses à la fois ; qu’elle accepte, et qu’elle refuse. Deux frayeurs bien distinctes qui déchirent mon âme impitoyablement. J’ai malheureusement besoin de vivre avec elle. Mais mon Dieu, comme je n’ai pas envie d’être confrontée à ma sœur tous les jours, comme cela risque d’être le cas dans quelques secondes ! Tess ne réagit toujours pas, je me demande si elle a bien entendu ma question. Mais je mets ça sur le compte de l’ébahissement. Moi-même, je dois reconnaître que c’est très soudain. Huit ans sans nous voir, et voilà que du jour au lendemain, je débarque en lui demandant de me prendre comme colocataire !

..

 - Lyra, tu…

   

- J’ai besoin d’un endroit où dormir. J’affirme avant qu’elle ne reparte dans des fantasmes de réconciliation.

   

Un sourire éclaire ses lèvres. Oh, non, je crois bien qu’elle commence à se faire des idées tout de même ! Et bien soit, si elle souhaite que je lui rappelle cinq fois par jours que je la déteste toujours autant, je le ferais sans problèmes !

  

- Alors ? Je la presse.

   

J’ai besoin d’une réponse claire, nette et précise. Oui ou non, rien de plus, rien de moins.

 

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8  posté le jeudi 31 janvier 2008 09:27

 

Malheureusement, Tess semble décidée à me donner plus. Sans même que je ne m’y attende, elle m’attire vers elle, et referme ses bras autour de mes épaules. Elle m’enlace comme deux jumelles ordinaires se seraient enlacées après ces « long time no seen » des films américains. Cependant, cette embrassade n’a rien de touchant ni d’agréable, pour moi, du moins. Ses cheveux me chatouillent la peau, de leur odeur insupportablement florale. Cette même senteur que ma sœur trimballe avec elle depuis sa naissance. Ce parfum qui ne sert qu’à me donner des nausées.

Elle me sert trop fort, et je sens que je vais étouffer. Je suis tellement surprise que j’en deviens démunie. J’ai l’impression qu’elle est secouée d’un sanglot, car son dos commence à trembler, mais en réalité, je ne tarde pas à me rendre compte qu’elle rit.

 

Elle rit vraiment ! Ce bruit qu’elle émet du fond de sa gorge est ponctué par une pointe d’hystérie qui laisse comprendre qu’elle est, en quelques sortes, en train de craquer. C’est d’ailleurs, l’élément qui fait que je retrouve mes moyens. Comment ose-t-elle se laisser aller ainsi, et qui plus est, dans mes bras, alors que moi je résiste à l’envie de tout laisser exploser depuis bien des années ? Elle n’a pas le droit de rendre les choses si faciles, c’est injuste, tellement injuste que ça devient rageant.

 

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9  posté le jeudi 31 janvier 2008 09:32

 

Je la repousse fortement. Ses iris reflètent surprise et douleur. Mais à quoi pouvait-elle bien s’attendre ? Je l’ai prévenue dès mon arrivée qu’elle ne devait s’attendre à rien de ma part, pas même une parole réconfortante. Ma sœur a-t-elle des problèmes d’audition ? Si ce n’est que ça, je me chargerais personnellement de la faire soigner !

La colère me gagne aussi rapidement qu’un raz de marée détruit tout sur son passage.

    

- Mais à quoi tu joues, Tess ?! Mets-toi bien dans la tête que je ne suis pas ici pour pardonner, et encore moins pour oublier, c’est compris ? J’ai besoin d’être hébergée pour une raison particulière, et si c’est à toi que je le demande, c’est parce que je n’ai pas d’autres choix ! Alors ne commence pas à rêver de relations fusionnelles comme avant, tout ça, ça s’est fini l’année de nos seize ans ! Tu te souviens ?!

    

Je crie, hurle cela pour qu’elle comprenne. Je crois déceler une culpabilité monstrueuse dans son regard, mais cette impression disparait aussi vite qu’elle est venue.

 

- Et si je refuse ? Lance-t-elle d’une voix blanche.

 

Elle tente de me menacer, de me faire peur. Ca ne marche pas une seule seconde. Quoi qu’il arrive, je ne serais jamais dépendante d’elle. Si jamais rester ici se révèle impossible, qu’elle aille au diable, je me débrouillerais seule… Ce que je savais, en mon for intérieur, quasi-impossible.

 

    - Et bien, je réponds avec un malin plaisir, tu auras une raison de plus de t’en vouloir à mon égard. La liste devient longue !

 

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10  posté le jeudi 31 janvier 2008 09:36

 

Je suis dure, je dois le reconnaître. Quiconque ne connaîtrait pas l’histoire et assisterait à cette scène penserait sans aucun doute que je ne suis qu’une folle furieuse, rancunière jusqu’à la moelle. Et bien, il n’aurait pas tort. Je suis folle furieuse, et rancunière jusqu’à la moelle. Mais j’ai des raisons. Ou plutôt, une raison. Et celle-ci partage le même sang que moi.

Donc oui, je suis rude, mais elle l’a mérité, et elle ne le nie pas.

   

- Je sais que je t’ai fait souffrir ! Crie-t-elle à son tour. Mais bon sang, Lyra, tu sais aussi bien que moi que ce n’était pas volontaire ! Quand cesseras-tu de me faire payer quelque chose que je regrette chaque seconde de ma vie sans ton aide ? Quand ?!

 

Et voilà qu’elle joue les victimes ! Mes poings se serrent. Je ne suis pas de nature violente, mais très impulsive. Et en cet instant, mes limites de tolérance sont déjà dépassées depuis bien longtemps. Justement, elle vient de mettre le doigt sur le problème ; Je ne cesserai de la faire payer que lorsque ma rancœur se verrait apaisée, et ça, ça risque de prendre, beaucoup, beaucoup, beaucoup de temps.

Je paraphrase mes pensées pour lui communiquer une réponse rapide.

   

- Quand je jugerai que tu as assez remboursé ta dette.

 
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11  posté le jeudi 31 janvier 2008 09:40

 

 

- Oh, Tess, la discrétion tu connais ? Parce que je bosse sur mon mémoire là, et tes cris hystériques ne me font pas l’effet d’une muse, si tu vois ce que je veux d…

 

Un homme roux sort d’une pièce qui doit être sa chambre. Ma sœur et moi tournons la tête vers lui. Il s’immobilise en m’apercevant. Sûrement s’était-il attendu à ce que Tess parle avec cette fille qui m’avait ouvert, ou en tout cas, quelqu’un qu’il connaissait. Il est très atypique, et je devine que cette apparence peu commune fait très souvent son effet auprès des femmes. La preuve, je suis moi-même en train de me dire que j’ai déjà vu plus moche dans ma vie… Le type ne sourit pas, sans doute encore absorbé par son travail de fac.

Je ne sais pas trop comment réagir. S’impose alors à moi une réalité à laquelle je n’avais pas vraiment songé ; Les colocataires de ma jumelle pourraient très bien me jeter dehors à coup de balais !

   

- Ah, pardon, Clint ! S’excuse Tess à l’adresse du roux, tout en se dirigeant vers lui.

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