125  posté le samedi 08 mars 2008 15:46

 

Les poings d’Emily se serrent, elle se met à trembler. Je fronce les sourcils, intriguée. Qui était-elle pour lui ? Une confidente ? Une amante ?... Cette dernière pensée me semble risible. Clint n’a jamais été capable d’aimer, ou en tout cas il n’en a pas conscience. Je crois que c’est l’une des choses qui le différencie le plus de moi.

Une haine unanime fait son apparition, directement dirigée contre Andreas. Je suis la seule à rester neutre, ne pouvant réellement juger. La jeune femme se lève d’un bond et claque la porte, tandis que le blond reste impassible, à la manière d’une statue.

 

 

- Tu es vraiment… Commence Drake, plein de hargne.

 

- Con, pitoyable, méchant, stupide, dégueulasse, lamentable… Le devance le concerné. Oui, je sais. Maintenant, je me casse, tu permets ?

 

- Tu vas t’excuser ? S’étonne le batteur.

 

- J’ai une tête à m’excuser auprès d’une fille qui fait plus de mal aux autres que de bien ? Rétorque-t-il d’un ton las.

 

J’observe que mon frère ne prend pas part à la conversation, et je devine que c’est le seul moyen qu’il a trouvé pour ne pas exploser.

 

- Arrête de nous prendre pour des cons, Andreas, intervient Jeffer, posé. Tu te fous du mal que quiconque peut faire aux autres comme de l’an quarante, tant que tu n’es pas concerné.

 

Le jeune homme considère son ami quelques secondes et hoche la tête lentement.

 

- T’as raison, je m’en contrefous. Ne m’en veuillez pas, mais maintenant, je vais pisser… Ravi de constater une nouvelle fois l’estime que vous me portez, ça fait chaud au cœur…

 

 

Le sourire aux lèvres, il sort, et le bruit de la porte qu’il vient de claquer connote étrangement à ceux qu’émettent les battements de mon cœur. Il vient, pour une énième fois, d’employer le ton de la plaisanterie.

S’amuser, est synonyme d’innocence. Peut-être n’est-il, malgré tout ce qu’il fait et à pu faire, rien qu’un être innocent. Un éternel enfant qui n’a jamais pu finir sa partie, car projeté trop tôt dans le monde impitoyable des adultes, et qui s’acharne à terminer le jeu, parce qu’il à pour principe de ne jamais laisser une tâche inachevée derrière lui.

Andreas Young. Même son nom de famille me donne raison.

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126  posté le samedi 08 mars 2008 15:54

 

Tess

 

Cela fait plusieurs instants, maintenant que nous restons immobiles dans le salon, tous trois. Elle, lui et moi.

Elle que je hais malgré moi. Lui, que j’aime malgré moi. Ces deux personnes pour qui j’éprouve deus sentiments totalement opposés, et grandement démesurés.

Clint semble incapable de parler, ses yeux sont perdus dans le vide, ou plutôt dans les siens, à cette femme pourvue d’une beauté qui me fait mal. Je sais que si j’esquissais un seul mouvement vers lui, il me rejetterait avec violence. Alors, je ne fais rien, je me transforme en statue, lentement, mais sûrement.

Emily Hokins, une femme ayant laissé un univers chaotique derrière elle.

Emily Hokins, une femme qui revient semer le trouble, maintenant que tout s’est calmé.

 

 

Je sais que je devrais les laisser seuls, que ce qu’ils vont se dire s’ils parviennent à parler ne me regarde pas, mais je ne peux m’y résoudre. Elle pourrait lui faire à nouveau du mal, même inconsciemment. Il y a deux choses que je ne peux réellement pas supporter chez Clint ; sa souffrance, et son rejet.

Elle est la deuxième personne à faire un retour inattendu, elle est la deuxième à me prendre de court. Je ne supporte pas sa manière de simuler ce sentiment de gêne qu’elle dégage, et je ne supporte pas la manière dont il se laisse à moitié berner.

Les yeux de Clint sont habités à la fois par la colère et une infime part de compréhension qui ne devrait pas être là.

 

 

- Clint… commence Emily.

 

- Ta gueule. Répond-t-il d’un ton fermé, sans oser la regarder dans les yeux.

 

Elle se mord la lèvre, et tout d’un coup, j’ai l’impression que ses épaules se voûtent, comme si soudainement elle se trouvait affublée d’un immense poids. Tant mieux, elle l’a cherché.

Elle n’aurait pas du le laisser… Elle n’aurait jamais du.

Je trouve enfin la volonté d’esquisser un pas vers ma chambre, mais mon ami me retient par le bras. Il se passe de mots, mais je comprends qu’il veut que je reste, qu’il ne souhaite pas se retrouver seul en la présence de cette femme. Et moi, je ne l’abandonnerai pas.

 

- Ca m’a coûté de revenir ici, Clint, continue-t-elle. Tu pourrais au moins m’écouter.

 

 

Il la foudroie du regard, sur le point d’exploser. Je serre sa main dans la mienne pour lui montrer que je suis là, qu’il n’est pas seul. Mais ça ne suffit pas Sa rage est trop immense pour que ma simple étreinte puisse le soulager. Je me demande s’il en serait de même si c’était elle qui le soutenait. La réponse est évidente, mais je fais de mon possible pour ne pas me la formuler dans ma tête. Ca me ferait trop mal.

 

- Ca doit être dur, oui, lance le jeune homme en ponctuant chaque mot d’une nouvelle intonation haineuse. J’ai souffert pendant deux ans de ton absence, Emy, deux putains d’années ! Demande à ceux qui ont du recoller les morceaux !

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127  posté le samedi 08 mars 2008 16:02

 

Elle s’avance, je tourne le dos.

 

– Et je suis désolée ! S’exclame-t-elle. Mais comment est-ce que j’aurais pu savoir ce qui allait se passer ensuite ? Je ne suis pas devin, Clint, et je devais partir !

 

Il se met à ricaner, adoptant un air dégoûté.

 

- Pourquoi, dis le moi ? Besoin de changer, c’est ça ? Tu es… Qu’est-ce que tu m’as dit, déjà, « quelqu’un d’instable qui n’est pas capable de rester longtemps au même endroit »… C’est des conneries !

 

- C’est pas des conneries, je t’ass…

 

Elle s’interrompt elle-même, apparemment incapable d’assurer sa défense.

 

- J’avais besoin de toi, murmure. Plus que tu ne le penses, et tu n’as pas été capable d’assumer ça. Je t’ai fait confiance, et j’ai eu tort. Tu as été ma première et ma dernière erreur. Casse-toi, maintenant.

 

 

« Ma première et ma dernière erreur »… Les mots résonne comme le refrain d’une continue, avec moins de jovialité, cependant. C’est à cause d’elle qu’il s’est renfermé ainsi. A cause d’elle. Il n’était pas quelqu’un d’ouvert au départ, mais après qu’elle l’ait laissé, il est devenu ce glaçon immuable. Elle a causé tant de dégâts autour d’elle, et semble en avoir à peine conscience.

Je ferme les yeux, et me souviens de la manière qu’ils avaient d’être ensemble. A cette époque, j’appréciais énormément Emily. J’étais déjà démesurément amoureuse de Clint, mais il était heureux.

Ils se passaient de mots, ne se disaient jamais « je t’aime », tous deux trop méfiants pour oser. Je crois que lui-même ne s’est jamais vraiment rendu compte qu’il ait un jour ressenti ce sentiment. Ses yeux parlaient malgré lui, ses gestes devançaient ses idées.

 

 

Il était avec elle, et il l’aimait sans le savoir. Elle était avec lui, et l’aimait sans le lui avouer, mais en en étant pleinement consciente. Je le sais.

Parfois, je me surprends à espérer qu’elle ne soit jamais entrée dans sa vie. Peut-être aurait-il fini par voir les autres personnes qui l’entouraient. Peut-être aurait-il fini par se rendre compte de l’évident. Que j’étais là, que je l’aimais. Peut-être aurait-il fini par me rendre un semblant de mes sentiments, et aurait-il accepté de le partager avec moi. Moi, ou quelqu’un d’autre.

Maintenant, il est trop tard. Détruit par son passé, et également détruit par cette femme, il est perdu. Il ne se rendra jamais compte de l’ampleur de ce que je ressens. Il le sait, mais ça n’aura jamais aucun impact sur lui. Peut-être que sans elle tout aurait été différent…

Peut-être… Mais sincèrement, je commence à en avoir assez, des « peut-être ».

J’ai envie de le voir sourire comme avant, de le voir se reconstruire. Mais pour cela, le seul moyen que j’ai, est celui de me rappeler…

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128  posté le samedi 08 mars 2008 16:17

 

Flash Back

 

Il y a environ cinq ans maintenant, l’époque où j’habitais avec Lesley, Lindsay et Camilla, et où le célèbre quatuor Kendall, Clint, Sheldon et Andreas partageait cette même maison qui à présent est toujours celle de mon frère, mais également celle de Drake, Jeffer et Camilla.

Je me souviens encore, c’était le lendemain d’une fête. Andreas avait une nouvelle fois couché avec sa meilleure amie alors que leur couple n’était toujours pas officiel, et pour les autres, tout s’était déroulé normalement.

 

 

Kendall et Lesley étaient ensembles depuis déjà un an, Sheldon et Lindsay également, Clint et Emily depuis neuf mois. Comme diraient certains, tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Je prenais mon petit déjeuné en compagnie de mon frère, Lesley, Sonny et d’Andreas. Ces deux derniers s’étaient payé une gueule de bois monumentale, ne créant aucune réaction parmi nous. Quoi de plus normal…

 

 

- Tu as mis le beurre où, mon cœur ? Demandait la jeune fille à l’adresse de mon frère.

 

Sonny et Andreas avaient ricané, à l’entente de ce surnom qu’ils avaient toujours eu lieu de trouver grotesque. Le jeune couple ne faisait pas attention à eux, bien trop habitué à leur comportement.

 

- Vos gueules, vous deux, les avait remballé Kendall. Andreas fais gaffe tu vas te noyer dans ton café si tu continue à piquer du nez comme ça…

 

- Tu me casses les couilles…

 

- Ca m’aurait étonné, tiens ! S’était-il moqué.

 

- Les hommes sont tous des poètes, avions nous soupiré, Lesley et moi.

 

 

Kendall avait rit avant d’attraper la main de la jeune femme et de plonger son regard dans le sien. Il s’était approché d’elle, l’avait embrassée. Sonny les avait regardés en grognant.

Il n’aimait pas les démonstrations affectives des couples lorsque sa chère Kendra n’était pas à ses côtés pour le renvoyer chier comme il se devait.

 

- Cette maison va finir en baisodrome, je vous le dit moi ! Avait tonné une voix féminine derrière nous.

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129  posté le samedi 08 mars 2008 16:23

 

Emily était entrée, suivie de près par Clint qui eut vite fait de l’attraper par la taille et de se placer derrière elle. Il avait caressé ses hanches du bout des doigts avant de l’embrasser dans le coup. Le silence s’était fait. Alors que Lesley et Kendall étaient captivés l’un par l’autre, le reste de la salle fixait le couple animé par un amour non-dit passionnel.

 

- C’est pas comme si ça allait nous déranger que tout ça se transforme en baisodrome… Avait susurré Clint à l’oreille de la jeune femme qui s’était immédiatement retournée pour lui faire face.

 

- Ca t’as pas suffit, hier soir ? Avait-elle murmuré.

 

 

Jamais je n’oublierai le regard qu’il avait eu envers Emily. Il avait eu faim d’elle. Resserrant son étreinte autour de sa taille, et avait pratiquement collé son visage au sien.

 

- Avec toi, non, ça ne suffit jamais.

 

Un baiser. Si long, si tendre et passionné. J’avais réussi à ne pas jalouser Emy jusque là, mais en cet instant, c’était impossible. Il taisait son amour dont il ne se rendait pas compte, mais il le montrait par n’importe quel autre moyen, inconsciemment ou non, là n’était pas la question.

Andreas avait brusquement raclé sa gorge pour mettre fin à cette démonstration affective, et pour une fois, je vouais un culte à son manque de délicatesse.

 

 

- C’est bon, arrêtez-vous tout de suite, sinon vous allez finir par baiser sur le comptoir parce que vous ne pourrez plus vous retenir…

 

Emily avait lâché les lèvres de son amant quelques secondes pour gratifier le jeune homme blond d’un regard morne.

 

- Toujours aussi élégant, pauvre type !

 

- Laisse-le, mon ange, il est jaloux parce que tu es à moi… Dit le rouquin d’une voix intense. Tu es à moi, n’est-ce pas ?

 

 

Il avait posé cette question pour elle, et elle seule. Je détournais les yeux, comme tous les autres. Même Andreas se vit obligé de respecter leur intimité. Parvint à mes oreilles le bruit insupportable d’un nouveau baiser échangé.

 

- Oui, avait-elle répondu. Je suis entièrement à toi.

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