120  posté le samedi 08 mars 2008 15:17

 

Lyra

 

J’arrive dans le salon, d’une humeur massacrante. Et ma colère est dirigée contre un jeune blond platine, drogué.

Je me laisse tomber sur l’un des canapés, m’avachis littéralement, pousse un soupir, et me reprends soudainement en main. Je n’ai aucune envie de me morfondre ou de me mettre dans des états impossible à cause d’Andreas. S’il ne se soucie absolument pas de sa santé, tant pis, j’abandonne, je ne tenterai pas de l’aider. Et puis, après tout, il baise avec qui il veut…

Mais il ne l’aime pas cette fille, n’est-ce pas ? Il ne l’aime pas… J’ai assez entendu dire autour de moi qu’il n’aimait personne, alors il ne peut pas l’aimer… Elle est simplement la fille à qui il attache le plus d’importance en dehors de sa sœur…

Je me sens ridicule. Nier le fait qu’il m’obsède serait idiot. Oui, il m’obsède, il m’intrigue.

 

 

Et ce n’est pas sain. Je ne le connais que depuis à peine deux semaines, presque trois, et voilà que je ne peux m’empêcher de penser constamment à lui ! Je ne suis pourtant pas le genre de personne à me laisser éblouir facilement. Ou du moins, pas par n’importe qui… Mais Andreas n’est pas n’importe qui. Ne serait-ce que parce qu’il est doté d’une beauté glaciale et captivante, parce qu’il se plaît à se montrer au dessus de tout… Mais surtout, oui surtout à cause de cette lueur dans ses yeux, cette étincelle, seul détail qui brise ce masque d’indifférence ; une souffrance qui n’a pas l’air de s’estomper.

Je pousse un nouveau soupir. Il y a aussi sa ressemblance avec… lui. Leur ressemblance qui pourtant n’est perceptible que pour moi. Ils n’ont rien en commun, et pourtant, je ne peux m’empêcher d’associer l’un à l’autre. Et pour finir, la voix du jeune homme. Une voix grave, calme que j’ai déjà entendue autre part que chez Tess pour la première fois, j’en suis sûre.

Je sens d’ores et déjà qu’il ne me fera aucun bien, et pourtant je ne peux m’empêcher d’avancer vers lui, inlassablement. Il faut que j’arrête, que je me détache de cette dépendance préalable avant qu’il ne soit trop tard. Il le faut…

 

 

-Bonjour… Lance une voix derrière moi.

 

Je sursaute vivement, et me retourne. Trop accaparée par mes pensées, je n’avais pas remarqué cette jeune femme brune à l’air un peu effarouchée qui se tient en cet instant assise autour de la table de poker. Elle tient des cartes dans ses mains, et s’amuse avec les jetons. Je suis formelle, je ne l’ai jamais vue.

 

- Salut… je lance, troublée. Désolée, je ne t’avais pas vue !

 

- J’ai remarqué, me répond-t-elle d’un ton narquois.

 

Hautaine. C’est le premier adjectif qui me vient à l’esprit pour qualifier cette fille. Hautaine, et pourtant pas spécialement antipathique. C’est très étrange…

 

- Je ne veux pas paraître impolie, mais… Qu’est-ce que tu fais là ?

 

La brunette éclate de rire et me dévisage longuement, un petit air sérieux la gagnant petit à petit.

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121  posté le samedi 08 mars 2008 15:22

 

– Tu me rappelle quelqu’un, lâche-t-elle pour finir. Tess Gray, et Kendall aussi, mais ça fait longtemps…

 

- Je suis leur sœur, je la coupe un peu trop sèchement.

 

Avouer mes liens de parenté avec Tess est encore douloureux et dans un sens ennuyeux. Sans doute trop. Je fais des efforts pour ne pas la rejeter, et trouver la force de pardonner, cependant c’est dur, beaucoup plus que ce que je n’aurais jamais imaginé. La jeune fille me sourit.

 

- Je m’appelle Emily, j’étais une amie de ton frère et ta sœur, et… des autres.

 

- Étais ? Je l’interroge.

 

 

- Je suis partie il y a quatre ans maintenant, explique-t-elle avec simplicité, mais je suis de retour en ville… J’attendais que quelqu’un descende, j’ai cru entendre des cris en haut, ajoute-t-elle. Clint est là ?

 

Je suis surprise par la soudaineté de sa question. Peut-être pourra-t-elle tromper les autres, mais pas moi. Quelque chose dans son intonation montre que seule ma réponse à la dernière partie de son petit dialogue l’intéresse. Elle est principalement venue voir Clint, et je pense que si elle ne savait pas qu’il n’habitait pas ici, elle ne se serait pas retrouvée là. Je me demande d’ailleurs pourquoi elle ne s’est pas rendue directement chez moi avant de me souvenir qu’il y à quelques années, Kendall, Clint, Andreas et un certain Sheldon partageait cette maison avant de se dispatcher. Je secoue la tête en guise de non.

 

- Il n’habite plus ici. Il partage un studio avec ma sœur et moi.

 

Emily hoche longuement la tête, se perds quelques secondes dans ses pensées, et retrouve son sourire. Son expression hautaine demeure, moins frappante, cependant.

 

- Je vois, dit-elle. Bon, et bien ce n’est pas grave… Ton frère est là ? Ca fait longtemps…

 

- Oui, il est là, avec Drake, Jeffer et Andreas… Mais Andreas n’habite plus ici non plus.

 

 

Elle se lève, me remercie, et se dirige vers les escaliers. Je lui emboîte le pas, trop curieuse pour m’empêcher de voir la manière dont vont se dérouler les retrouvailles que je juge plutôt inattendues.

Pourtant, elles ne le sont pas. Drake, qui avait reprit sa place derrière son instrument s’arrête brusquement de jouer, mais ne semble pas tellement surpris, mis à part qu’il, je cite « ne l’attendait pas si tôt ! ».

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122  posté le samedi 08 mars 2008 15:30

 

Jeffer et Kendall l’accueillent également à bras ouverts, et je devine qu’elle leur a manqué. Je n’ai d’ailleurs aucun mal à deviner pourquoi. Elle dégage quelque chose d’attachant, malgré cette supériorité qu’elle se donne plus ou moins consciemment. Je regarde la scène telle une intruse, ne sachant pas vraiment comment me comporter. Emily représente une partie de la vie de mon frère et des autres que je ne connaîtrais jamais, à mon plus grand regret.

Je constate alors que les gémissements ont cessés dans la chambre de Camilla, et j’ai énormément de mal à ne pas m’en montrer satisfaite. Leurs soupirs d’aise avaient été insupportables, tellement que je les avais presque trouvés provocateurs à mon égard.

 

 

La porte s’ouvre subitement, et Andreas déboule dans la pièce, ayant au moins prit la peine de revêtir un jean. Mon regard s’attarde inévitablement sur son torse à la musculature trop parfaite pour que mon cœur ne puisse le supporter. Je me force à lever les yeux et fixer le premier objet susceptible de refroidir mes ardeurs. Cet objet n’est autre qu’une personne. Une jeune femme blonde qui se glisser derrière lui en posant ses mains dans son dos.

Je n’arrive même pas à en vouloir à Camilla. J’essaye, pourtant, plus que tout, mais je n’y arrive pas. Elle est trop attachante, trop fragile, trop vulnérable, et par-dessus tout, trop amoureuse pour parvenir à s’attirer mes foudres.

Et puis, il l’utilise. Dès qu’il se sent seule, elle est celle qu’Andreas sollicite. Pourtant, même si chaque fois qu’il lui fait l’amour, ses gestes sont dénués de sentiments, je ne peux m’empêcher de l’envier… Je l’envie parce qu’il la touche, parce qu’il lui fait croire l’espace de quelques heures ou même quelques minutes qu’elle est importante… Quelque chose dont je ne bénéficierai jamais.

 

 

J’ai conscience qu’il est horrible de jalouser une telle relation, mais je n’y peux rien… C’est comme ça.

Brusquement, je croise les prunelles d’Andreas. Nous nous défions du regard durant une seconde imperceptible, puis à mon grand étonnement, il tourne légèrement la tête, et se détache violemment de son amante.

 

- Lâche-moi, vocifère-t-il, tu me saoules. C’est pas parce que je t’ai sautée que tu dois te faire des illusions.

 

Les mots tranchants à la manière d’une lame de rasoir me restent en travers de la gorge aussi bien que s’il me les avaient adressés. Les yeux de Camilla se mettent à briller, même de là où je suis, je le vois. Elle n’articule pas un seul mot et se réfugie dans sa chambre, blessée d’une manière que je n’imagine que trop bien.

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123  posté le samedi 08 mars 2008 15:34

 

– Tu n’as pas changé, lance alors Emily tandis qu’Andreas se moque volontairement des regards réprobateurs qui lui sont adressés. T’es toujours un sale con.

 

Je considère la jeune fille quelques instant. Elle est la première personne qui lui adresse un tel reproche et qui ne l’aime vraiment pas. Je le sens. Sa manière de le dévisager sans laisser transparaître l’attirance dont les femmes sont généralement victimes traduit un dégoût raisonnable. Elle ne le hait pas d’une manière démesurée, elle se contente de ne pas l’apprécier, et de passer son chemin. En d’autres termes, il l’indiffère. C’est pour moi la seule réelle définition de l’hostilité.

 

- Et toi, t’as toujours la langue trop bien pendue pour une idiote. T’as de la chance d’être bonne, sinon personne voudrait de toi.

 

Elle rit à cette remarque qui ne fait d’effet à personne. De la part du jeune homme, j’en viens moi-même à considérer cela comme un compliment. Il ne s’attarde pas sur le cas de la jeune femme brune, ce qui me rassure. Il se fiche complètement d’elle tout autant qu’elle se fout de lui.

Andreas rit à son tour, pour des raisons qui me sont inconnues, et s’engouffre à nouveau dans la chambre, soit pour finir de s’habiller entièrement, soit, perspective qui m’oppresse, pour réconforter la jeune femme qu’il a ouvertement repoussée. Pourquoi a-t-il réagit comme ça, je ne sais pas. Avec lui, je ne cherche plus à déceler une quelconque logique dans ses actions.

 

 

Quelques minutes plus tard, nous nous retrouvons tous en bas à nouveau assis sur les canapés blancs. Seule Camilla manque à l’appel, s’étant éclipsée quelques secondes plus tôt après une nouvelle dispute avec son meilleur ami qui aurait tenté de s’excuser à demi mots.

L’était de celle-ci ne semble pas le préoccuper plus que cela, et je le trouve cruel. A jamais, cruel.

Je prends part à la conversation avec plus d’aise que je ne l’aurais cru. A ma grande satisfaction, mes amis ne passent pas leur temps à ressasser le passé et évoquer leurs souvenirs avec Emily, non, eux préfère se limiter au présent, et se projeter dans le futur. Chose que je devrais essayer, pour sûr. Chose que j’essaye de faire, par ailleurs. Chose à laquelle j’échoue lamentablement à chaque fois. Vouée à l’échec, vouée à l’abandon, vouée à la rancœur et l’amertume. Je ne me distingue aucune issue de secours, je resterai à jamais bloquée dans cet état d’esprit.

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124  posté le samedi 08 mars 2008 15:39

 

J’observe leurs sourires, à tous, ces sourires qui ne sonnent pas faux comme les miens.

Je dois admettre que je suis convaincante. Personne ne se doute que mes sourires à moi, je les interprète comme des grimaces douloureuse. J’ai réussi à adopter une expression plus joviale et ouverte, mais à l’intérieur, je demeure cette même femme perdue. Perdue dans un endroit où il lui sera à jamais impossible de retrouver son chemin. Perdue dans le néant de ses propres pensées, de ses propres doutes, de ses propres peurs.

Cet endroit ou l’ordre n’existe pas, ou tout bouge sans arrêt, ne me permettant pas un seul instant de trouver un point de repère. Je tente d’espérer qu’un jour, la tempête s’apaisera et qu’alors je réaliserai que ma sortie ne se trouvait qu’à quelques mètres de moi, mais pour l’instant, l’ouragan est au comble de son irritation. Il ne se calmera pas avant un bout de temps.

 

 

- J’irai rendre visite à Clint en fin de journée, annonce alors Emily m’arrachant à mes pensées, morbides comme toujours.

 

Un silence se met à peser dans la pièce, s’alourdissant de plus en plus. Les regards en coins fusent, les sourires gênés se montrent. Un malaise sans limite s’installe.

Emily ne semble pas s’étonner des réactions des autres, et ne pose pas de questions. Elle semble savoir d’où provient cette gêne, et ne la dénie pas. Je lance un regard en coin à Andreas qui est assis à côté de moi…

 

- Mauvaise idée, sauf si tu as envie de te faire jeter comme une merde, lance celui-ci, insensible jusqu’à la moelle.

 

La jeune fille le regarde, lui volant ouvertement son air indifférent, mais n’esquisse pas le moindre sourire.

 

- Je ne te demande pas ton avis, rétorque-t-elle, et de toute façon, je sais à quoi m’attendre. Je suis là pour arranger les choses.

 

- Qu’est-ce qu’il s’est pa… Je commence à demander, un peu perdue.

 

 

Le regard de Kendall m’oblige à me taire, et je me mords la langue avant d’aller plus loin. Évidemment, je suis allée trop loin pour que personne ne comprenne le sens de ma question. Emily fait semblant de n’avoir rien entendu, mais Andreas ne l’entend pas de cette oreille. Il ricane, et tourne son visage – splendide - vers moi.

 

- Rien de bien méchant, Clint est un peu trop sensible et un peu trop rancunier si tu veux mon avis. Elle l’a abandonné à une période critique de sa vie alors qu’il la suppliait de rester, et du coup il n’a plus jamais voulu entendre parler d’elle… J’en ai presque la larme à l’œil, tient !

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