
Elle reste figée un instant, comme incapable d’entendre ce que je viens de lui dire. Je lui fais un nouveau signe de tête en direction de la sortie pour l’inciter à me laisser seul.
Je vois ses poings se serrer, et ses bras frêles se mettre à trembler. Je devine déjà ce qu’il va se passer, pour avoir vu la scène un million de fois au cinéma ou à la télé.
Elle se rue vers moi, et me gifle d’un geste qui lui parait sans doute violent, à elle. Pour ma part, je m’empêche de justesse de lui sortir l’insupportable « même pas mal ! ».
Gamin, oui, complètement. Mi homme, mi gamin, c’est ce que je suis.
Ses yeux se mettent à briller, tandis que je fais de gros efforts pour ne pas lever les miens au ciel. Si elle se met à pleurer, je jure que je commets un meurtre.
Même Tess n’a jamais craqué devant moi, et pourtant, Dieu sait qu’elle aurait eu de quoi.
Il y a des jours ou je ne peux pas m’empêcher de me montrer infecte, en particulier avec elle, qui est sans doute la proie la plus facile. Evidemment, je le regrette à chaque fois. Mais je ne peux rien changer, c’est comme ça, je ne l’aime pas. Ou pas de la bonne façon.

- Tu sais quoi, Clint ? Me crache-t-elle au visage, je me barre pas que de ta chambre, je me casse de cette baraque ! Trouve-toi une autre colocataire pour payer le loyer !
Je crois les bras et la regarde faire la scène avec détachement, un air éternellement amusé de promenant sur mon visage. Si Andreas était là, il se ferait une joie de la remballer. C’est vrai qu’à nous deux, il y a de quoi devenir dingue. Enfin, si Andreas était là, et dans son état normal. Pas sous l’emprise de l’héroïne, évidemment. Son addiction à cette merdre attriste tout le monde. Moi pas. Elle me met en colère. Je suis furieux de le voir se négliger à ce point. S’il veut se détruire, qu’il le fasse, ce n’est pas mon problème. Oui ça m’affectera, mais non, je ne le plaindrai pas. De toute façon, il est le seul à pouvoir faire quelque chose.
Je considère Victoria qui stagne devant moi. N’a-t-elle pas dit qu’elle s’en allait ?

Je comprends alors qu’elle vient de me dire mes quatre vérités, et que je n’ai même pas eu la décence de faire semblant d’écouter.
- Tu pourrais au moins m’accorder deux secondes d’attention ! Me hurle-t-elle.
- Ouais, ouais, ouais, je lance avec un rire narquois, tu sais j’ai même pas besoin d’écouter, je parie que tu viens de me dire que je suis le pire connard que la terre ait jamais porté, que tu n’es pas un objet, que je devrais te montrer un minimum de respect, que je finirai ma vie seul avec un pack de bière pour meilleure et seule compagnie devant des pornos pour me rappeler ce que c’est qu’une partie de baise… Vous pourriez innover les femmes dans vos discours de rupture !
Je dois reconnaître quand même que… vu le plaisir que je prends à la torturer…
C’est vrai que je ne suis qu’un beau salaud.

































