106  posté le samedi 01 mars 2008 16:04

 

Elle reste figée un instant, comme incapable d’entendre ce que je viens de lui dire. Je lui fais un nouveau signe de tête en direction de la sortie pour l’inciter à me laisser seul.

Je vois ses poings se serrer, et ses bras frêles se mettre à trembler. Je devine déjà ce qu’il va se passer, pour avoir vu la scène un million de fois au cinéma ou à la télé.

Elle se rue vers moi, et me gifle d’un geste qui lui parait sans doute violent, à elle. Pour ma part, je m’empêche de justesse de lui sortir l’insupportable « même pas mal ! ».

Gamin, oui, complètement. Mi homme, mi gamin, c’est ce que je suis.

Ses yeux se mettent à briller, tandis que je fais de gros efforts pour ne pas lever les miens au ciel. Si elle se met à pleurer, je jure que je commets un meurtre.

Même Tess n’a jamais craqué devant moi, et pourtant, Dieu sait qu’elle aurait eu de quoi.

Il y a des jours ou je ne peux pas m’empêcher de me montrer infecte, en particulier avec elle, qui est sans doute la proie la plus facile. Evidemment, je le regrette à chaque fois. Mais je ne peux rien changer, c’est comme ça, je ne l’aime pas. Ou pas de la bonne façon.

 

 

- Tu sais quoi, Clint ? Me crache-t-elle au visage, je me barre pas que de ta chambre, je me casse de cette baraque ! Trouve-toi une autre colocataire pour payer le loyer !

 

Je crois les bras et la regarde faire la scène avec détachement, un air éternellement amusé de promenant sur mon visage. Si Andreas était là, il se ferait une joie de la remballer. C’est vrai qu’à nous deux, il y a de quoi devenir dingue. Enfin, si Andreas était là, et dans son état normal. Pas sous l’emprise de l’héroïne, évidemment. Son addiction à cette merdre attriste tout le monde. Moi pas. Elle me met en colère. Je suis furieux de le voir se négliger à ce point. S’il veut se détruire, qu’il le fasse, ce n’est pas mon problème. Oui ça m’affectera, mais non, je ne le plaindrai pas. De toute façon, il est le seul à pouvoir faire quelque chose.

Je considère Victoria qui stagne devant moi. N’a-t-elle pas dit qu’elle s’en allait ?

 

 

Je comprends alors qu’elle vient de me dire mes quatre vérités, et que je n’ai même pas eu la décence de faire semblant d’écouter.

 

- Tu pourrais au moins m’accorder deux secondes d’attention ! Me hurle-t-elle.

 

- Ouais, ouais, ouais, je lance avec un rire narquois, tu sais j’ai même pas besoin d’écouter, je parie que tu viens de me dire que je suis le pire connard que la terre ait jamais porté, que tu n’es pas un objet, que je devrais te montrer un minimum de respect, que je finirai ma vie seul avec un pack de bière pour meilleure et seule compagnie devant des pornos pour me rappeler ce que c’est qu’une partie de baise… Vous pourriez innover les femmes dans vos discours de rupture !

 

Je dois reconnaître quand même que… vu le plaisir que je prends à la torturer…

C’est vrai que je ne suis qu’un beau salaud.

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107  posté le samedi 01 mars 2008 16:11

 

Elle m’emmerde, tout m’emmerde.

J’aimerai que Tess soit là, avec elle, c’est facile de parler et de me changer les idées. Et puis, même si c’est assez horrible de penser de la sorte, elle risque bien d’être la seule à se foutre complètement de la façon dont je traite mes conquêtes, surtout qu’elle et Victoria n’ont jamais étés spécialement amies.

J’arrive à me dégoûter moi-même de mes paroles intérieures. Plus le temps passe, moins les événements ont d’impact sur ma personne. De toute façon, cela fait bien longtemps que plus grand-chose ne me fait de mal, mais là, j’arrive à me demander si le blond platine qu’est Andreas ne commence pas à déteindre sur moi. Je passe trop de temps avec lui en ce moment, sans doute. Et puis étant le colocataire de mon meilleur ami, il ne peut pas s’étonner du fait de me voir débarquer chez eux tous les quatre matins.

 

 

J’ai toujours trouvé la colocation de Matthias et Andreas assez amusante. Ils ne se connaissaient pas, n’avaient, on n’ont toujours, aucun point commun, et pourtant ils s’entendent à merveille, si l’on omet les constantes sautes d’humeur du plus caractériel des deux donc je n’ai même plus besoin de préciser le prénom tant il est aisé de deviner duquel je parle.

Ma carapace se referme sur moi petit à petit, m’immunise contre toutes souffrances. Je suis arrivé au stade ou je me mets à redouter le moment ou cette armure se brisera. Parce que comme toute chose artificielle, elle finira par disparaître, c’est pré destiné. Je ne sais pas comment cela va se passer, je ne sais pas ce qui déclenchera cette auto destruction, mais ce dont je suis certain, c’est que je vais avoir mal.

 

 

Sans doute mériterai-je plus de la moitié des peines qui me tomberont dessus pour m’être foutu de la gueule du monde. Mais que ferai-je de ce quart comportant mes pires cauchemars, ce quart de souffrances qui me fait le plus peur ? Oui, c’est celui qui m’effraie le plus, car il est rempli de maux que je n’ai pas mérité, et que je n’ai rien fait pour déclencher. Je suppose que c’est ce qu’on appelle les injustices de la vie. Et mon Dieu, qu’est-ce qu’elles sont nombreuses !

 

« Subis, Clint, subis, puisque c’est le chemin que ton existence t’impose… »

 

Je crois que c’est la seule phrase de ma connasse de mère qu’il me reste en mémoire.

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108  posté le samedi 01 mars 2008 16:14

 

Je me dirige vers le salon, et entends un raffut monstrueux provenir de la chambre de Victoria. Au summum de ma cruauté, j’esquisse un énième sourire. Je ne pense pas qu’elle sera regrettée bien longtemps.

Je me laisse lourdement tomber sur l’une des chaises autour de la table de verre et pousse un soupire las.

 

- Tu sais le rouquin, je ne t’aime pas, mais je dois avouer que tu peux me faire bien rire, parfois ! Tonne une voix narquoise derrière moi.

 

Je sursaute, pousse un juron, et découvre Lyra, confortablement avachir sur le canapé. Mon cœur prend quelques minutes avant de retrouver un rythme normal.

 

 

- J’apprécie tes déclarations d’amour de l‘après-midi, je plaisante à mon tour.

 

Alors qu’elle se relève, elle me dévisage, les yeux ronds. Je dois avouer que moi-même, je suis surpris. Aussi ironique soit ma remarque, je ne viens pas de la remballer royalement, chose que j’aurais faite sans vergogne si les paroles de Kendall à propos de sa sœur ne m’étaient pas restées en travers de la gorge.

Elle a un passé douloureux. Mais n’est-ce pas le cas de tout le monde, dans ce foutu univers ?! N’est-ce pas le cas de la terre entière ?

Peut-être pas, après tout. Peut-être le passé n’est-il douloureux que pour les personnes qui s’échinent encore à trouver le pourquoi du comment.

 

 

- Hé ben, t’as bouffé un clown ? Me lance-t-elle, surprise.

 

- Assieds-toi, au lieu de dire des conneries, je marmonne entre mes dents, on va parler toi et moi.

 

Elle parcourt les quelques mètres qui nous séparent. Pendant ce laps de temps, je ne peux m’empêcher de m’interroger. Qu’a-t-elle subi pour que tout dans sa façon d’être montre qu’elle a mal. Chaque geste qu’elle amorce semble constituer pour elle un effort surhumain. Comme si une force invisible semblait vouloir l’empêcher à tout prix d’avancer, de tourner la page…

Cette femme m’intrigue, j’aimerai découvrir son secret. Sans doute est-ce complètement masochiste, mais je veux le connaître, ne serait-ce que pour me prouver qu’il existe d’autres types de souffrances que la mienne.

Elle prend place, une lueur de méfiance animant son regard du même bleu que les iris de Tess. Je crois que pour la première fois, je constate réellement leur ressemblance.

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109  posté le samedi 01 mars 2008 16:18

 

– Un problème particulier ? Me demande-t-elle et s’installant en face de moi.

 

- Ouais et non, je réponds avec un sourire en coin.

 

Elle fronce les sourcils, et je dois bien reconnaître moi aussi que ma phrase n’est pas d’une explicité grandiose.

 

- Mais encore ? Commence-t-elle à perdre patience.

 

Si elle y mettait un peu du sien, ce serait peut-être plus facile pour moi de dire ce que j’ai à lui dire ! Mais je crois que c’est plus fort qu’elle, son agressivité prend le dessus à chaque fois. Fâcheuse habitude de laquelle j’aimerais qu’elle se débarrasse au plus vite. Autant demander la lune, évidemment…

 

- Clint crache le morceau, lance-t-elle en soupirant, qu’est-ce qu’il y a, tu veux me virer ?

 

 

Je la gratifie d’un regard morne et inexpressif, espérant lui intimer le silence de cette façon, puisque rien d’autre ne semble avoir d’effet sur elle.

 

- Si tu pouvais éviter de me sauter à la gorge, ça serait peut être plus facile pour moi de parler, je lui lance d’un ton presque détaché.

 

Elle acquiesce et attend. Je cherche mes mots quelques secondes me demandant quelle tournure de phrase utiliser pour paraître crédible, et pas trop ridicule. Mais finalement, j’opte pour la manière la plus simple et la plus directe d’exprimer mes pensées.

Je n’ai jamais vraiment entreprit de m’excuser auprès de quelqu’un que j’ai du mal à supporter jusqu’à maintenant, et je peux affirmer que ça fout une belle claque dans l’ego. Sans compter que le mien est particulièrement développé.

 

 

J’ouvre la bouche, les mots ne veulent pas sortir. Je ne sais pas, quelque chose en elle me bloque. Son attitude hautaine et agressive, sa façon de perturber Tess au point que celle-ci craque à la moindre occasion… Comme ce matin, lorsqu’elle s’est tirée en voiture après une engueulade de rien du tout à propos de je ne sais plus quelle connerie…

Mais d’un autre côté, ma meilleure amie aime Lyra, malgré tout le trouble que sa sœur provoque en elle. C’est qu’il doit y avoir une raison… Je crois que c’est la seule chose qui me permet de dire cette phrase qui m’arrache littéralement la gueule.

 

- Je suis désolé, j’ai eu tort.

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110  posté le samedi 01 mars 2008 16:23

 

Lyra se met à tousser fortement. J’esquisse un sourire. Mes propos sont ils surprenants au point qu’elle s’étouffe avec sa propre salive ?

J’attends sagement qu’elle se calme, et une fois chose faite, je la regarde tourner la tête vers moi et lever un sourcil sceptique.

Elle ne croit pas une seule seconde à la véracité de mes propos, et je le sais, elle n’a pas besoin de le dire.

 

- Soit tu veux quelque chose de ma part, commence-t-elle d’une voix très lente, soit t’es complètement bourré.

 

 

Je lève les yeux au ciel. Ca ne va pas être facile de la convaincre, de faire tomber son masque de méfiance. Mais que dois-je dire, que dois-je faire pour qu’elle accepte mes excuses sans me rendre encore plus ridicule ? Je ne sais pas, et c’en devient rageant.

 

- Non, je ne suis pas bourré Lyra, et je ne veux rien de toi, je me suis simplement rendu compte, en homme intelligent que je suis, que j’avais tout simplement eu tort de mal te juger dès la première fois, c’est tout ! Après, si tu ne veux pas me croire, bah écoute tant pis, je ne vais pas aller me taillader les veines.

 

C’est à son tour d’afficher l’ombre d’un sourire. Même pire, elle se met à rire franchement.

Petit à petit, sonorité ponctuée d’une note d’hystérie. Je commence à m’inquiéter, ce n’est pas normal de la voir si démonstrative.

 

  

Elle baisse la tête, et ses épaules sont toujours secouées par son fou rire. Mais petit à petit, je me rends comte que ses bruits de gorge prennent une tournure étrange. Elle place instinctivement ses mains sur son visage, et je comprends qu’elle pleure. En silence, sans hoquet, sans raclement de gorge, rien. Elle craque, complètement, et je suis totalement démuni.

Soudainement, je me sens complètement inutile et mal à l’aise. Je ne sais pas vraiment quoi faire, je ne suis pas doué pour réconforter, j’aurais même une tendance à pousser des suicidaires à commettre l’acte fatal.

 

 

Toujours sans un mot et sans un bruit, elle se lève Son visage est de nouveau serein, mais ses yeux rouges et les larmes coulant encore sur ses joues la trahissent. Elle n’ose pas un regard vers moi s’avance de quelques pas se dirigeant vers sa chambre.

Mais à mi chemin, elle craque une nouvelle fois. Et cette fois, les sanglots sont bien plus que simplement audibles.

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