100  posté le samedi 01 mars 2008 15:35

 

L’après midi passe, j’en arrive à oublier mes tourments de début de journée pour profiter de cette après midi ensoleillée, au sens propre comme au figuré. Les futurs mariés respirent la bonne humeur, ça se sent, c’en est même contagieux.

Je ris sans avoir besoin de me forcer, et c’est agréable.

Mais le temps passe vite, même lorsqu’on a l’impression que les secondes ne défileront jamais.

Toutes les bonnes choses ont une fin, et celle-ci se termine trop tôt à mon gout. Mais je ne peux pas rester enfermée chez eux, loin de toutes complications éternellement. Il faut que je rentre chez moi, et que j’affronte le regard des personnes qui pourrissent et enchantent ma vie en même temps. C’est triste de penser à eux de cette manière, et pourtant, ce n’est que pure vérité.

 

 

- Je te raccompagne, Jeffer ? Je propose à mon ami.

 

- Ouais, c’est pas de refus ! Bondit-il sur l’occasion. Mais à une condition !

 

- Laquelle ? Je m’étonne.

 

- C’est moi qui prends le volant ! Ca n’a rien de personnel, mais ta manière de conduire me donne envie de gerber ! J’oublierai jamais la première et seule fois ou je suis monté en bagnole avec toi…

 

- Je venais à peine d’avoir mon permis ! Je me défends.

 

- Rien à foutre, rit-il, en avant ma belle, tu monte à la place passager aujourd’hui !

 

 

Je lève les yeux au ciel pour témoigner mon exaspération, et esquisse un sourire qui lui se charge de traduire mon amusement. J’avais oublié qu’il était capable de me faire ressentir deux sentiments bien contraires en même temps.

Lindsay nous lance un au revoir chaleureux, et Sheldon lance un regard entendu à Jeffer qui me fait douter l’espace de quelques secondes.

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101  posté le samedi 01 mars 2008 15:42

 

Nous nous engouffrons dans la voiture, en silence, du moins pour ma part. Jeff, lui, pousse un juron en se prenant la portière dans le genou, et fait un bruit monstre en reculant le fauteuil du volant.

 

- Qu’est-ce que tu conduis près ! S’exclame-t-il.

 

- Excuse-moi de ne mesurer qu’un mètre soixante quatre contre ton mètre quatre vingt dix, je réplique doucement, m’obstinant à fixer la fenêtre.

 

 

Lorsque je suis seule avec lui, rien n’est plus pareil. Un sentiment de culpabilité que j’arrive à oublier lorsque nous sommes en présence d’autres personnes s’empare de moi sans pitié.

Je n’arrive pas à effacer totalement de ma mémoire cette période de ma vie, quelque mois auparavant, ou je l’ai utilisé. J’ai profité de l’attirance qu’il ressentait à mon égard pour tenter de faire réagir Clint, plan qui a évidemment lamentablement échoué, et dont il s’est rendu compte. Il n’avait pas eu l’air vraiment blessé, juste déçu, profondément déçu.

Et c’est cette déception que j’ai lu dans son regard le jour de notre rupture qui me poursuit sans cesse depuis des mois. Voilà pourquoi, lorsque nous sommes seuls, je me crispe, et j’attends que le temps passe. Peu importe si c’est long…

 

 

Je crois qu’il comprend que je ne désire pas instaurer dans la conversation. Il prend donc la merveilleuse initiative d’allumer la radio. Évidemment, il fallait que le ciel soit contre moi aujourd’hui ! A peine appuie-t-il sur le bouton que le son d’une guitare résonne dans la voiture, et dont je ne connaissais les accords que trop bien.

Cette fameuse chanson sur laquelle je l’avais laissé m’embrasser, tout ça pour rien, excepté créer de nouvelles tentions.

J’ose tourner imperceptiblement la tête vers lui, et je vois qu’un sourire en coin anime son visage.

 

I don’t believe that anybody

Feels the way I do

About you now…
 

Que quelqu’un fasse taire le chanteur d’Oasis, et de toute urgence !

Ces paroles bien trop significatives me sont insupportables. Elles reflètent ma lâcheté, mon état pitoyable d’éternelle amoureuse transie, qui sait qu’en s’obstinant de continuer dans cette voie, elle n’obtiendra que des souffrances, mais qui n’écoute pas les nombreux avertissements qu’on lui lance.

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102  posté le samedi 01 mars 2008 15:47

 

Il arrête la voiture, et je me rends compte que nous venons d’arriver chez lui. Surprise de m’être tant laissé accaparer par mes pensées, je tourne la tête vers lui dans un effort surhumain, et ose soutenir son regard.

Grave erreur.

Il n’a pas l’air de vouloir sortir. Ses mains sont crispées sur le volant, alors que « notre » chanson continue de jouer, innocemment. Il fixe inlassablement ses avants bras dont les veines se dessinent sous sa peau, chose sans doute due à la tension qui contracte ses muscles fins, nerveux, mais présents.

Je suis comme paralysée. Il traduit silencieusement une frustration qui me blesse et m’intrigue. Jeffer est le contraire de tous ces glaçons qui peuplent mon entourage ; il est explosif, un peu comme Kendall. Et je sens que le volcan ne va pas tarder à se libérer.

Je ne sais pas vraiment ce qu’il veut me dire, ou du moins je préfère me dire que je ne le sais pas.

 

- Tess… commence-t-il.

 

- Tais-toi ! Je lui intime le silence d’un ton crispée, incapable d’entendre ses paroles.

 

 

Mais évidemment, ce n’est pas cet ordre faiblard qui l’influence. Il ne tient absolument pas compte de mes mises en garde.

 

- Non, je ne me la ferme pas, justement, j’en profite ! Lance-t-il rageusement. J’en ai marre de ton éternelle distance dès que tu te trouves seule avec moi ! Je vais pas te bouffer, j’ai l’air d’un psychopathe ou quoi ?

 

Derrière sa fureur, je sens une infime part de peine et d’incompréhension. Il ne cerne pas mon comportement, et pourtant, j’aimerais que ce soit le cas. Ca m’éviterait d’avoir à me justifier.

 

- Je… Tu ne peux pas me demander d’expliquer ma façon d’agir, Jeff. Je ne cherche pas à te fuir, c’est juste que… Tu sais très bien que je suis mal à l’aise, ce n’est pas nouveau, alors arrête de prétendre que ma réaction est démesurée.

 

Il lâche le volant et plante ses iris dans les miennes. Il a ce regard incandescent qui ne le quitte jamais, dans lequel j’y lis toute sa force et sa détermination. Ces deux vertus que j’ai perdues et que j’aimerai retrouver. Il a tout, tout pour lui, tout ce que j’envie, tout ce que je recherche, et je ne suis pas capable de prendre ce qu’il est prêt à m’offrir. Amoureuse, éternellement amoureuse de la mauvaise personne, et capable de rien d’autre que de fuir la réalité.

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104  posté le samedi 01 mars 2008 15:51

 

Jeffer lève les yeux au ciel et pousse un soupir. Il se tourne encore un peu plus vers moi. Sa proximité me dérange, plus que je n’ose l’admettre. Une moue craquante anime ses traits l’espace d’un instant.

 

- Je t’ai pardonné avant même de t’en vouloir, Tess, me lance-t-il. Je sais très bien que tu m’as utilisé volontairement, je ne me suis jamais bercé d’illusion à propos de ça. Mais je sais aussi que tu ne serais pas sortie avec moi, même si c’était pour un but précis, si te ne ressentais même pas un tout petit quelque chose.

 

 

Je baisse les yeux, incapable de le démentir autant que de lui donner raison. Je ne sais rien, excepté le fait que j’aime un type froid comme la glace à en crever, et que cette réalité est la seule à laquelle je fais face. Jeffer se rapproche un peu plus.

 

- Alors, j’ai décidé de m’accrocher à ce quelque chose, me souffle-t-il. J’ai décidé de m’y accrocher, et de le faire devenir immense, et d’ailleurs, je commence maintenant. Là, tout de suite, je vais t’embrasser.

 

- Non, Jeffer…

 

- c’était pas une question.

 

 

Il se penche vers moi et colle ses lèvres plus douces que ce dont je me souvenais contre les miennes. Sa langue force le barrage de mes lèvres, et cherche la mienne dans un jeu sensuel. Je n’ai pas le courage de le repousser à présent. Je lui rends son baiser, aussi froidement et rapidement que possible, espérant qu’il se reculera bientôt. J’ai peur t’être tentée de l’utiliser à nouveau, sachant tout de même que cela n’aboutira à rien, et par conséquent, peur de lui faire encore plus mal que la première fois.

Sa main fait pression dans ma nuque, et je sens que notre baiser devient beaucoup trop passionné. Je recule la tête brusquement, et il me lâche sans rechigner, un sourire en coin étirant néanmoins ses lèvres.

 

- Tu ne m’aurais jamais répondu avec autant d’ardeur s’il n’y avait rien, répète-t-il. Tu ne vas pas te débarrasser de moi comme ça.

 

Il sort de la voiture sans me laisser le temps de contester. Sa façon d’affirmer les choses sans même laisser place au doute est rageante. Que quelqu’un lui arrache cette assurance, cette foutu assurance qui est la sienne !

 

 

Il claque la portière, alors que j’entreprends de me glisser à la place du conducteur, mais il la rouvre brusquement, me faisant sursauter.

 

- J’allais oublier, lance-t-il d’un ton désinvolte, mais je t’ai aimée, et t’aime toujours.

 

Cette fois il s’en va, pour de bon. Il s’éloigne d’un pas presque joyeux. Je soupire, figée sur mon siège. Je n’avais pas soupçonnée une telle déclaration. Je n’aurais jamais pensé qu’il puisse réellement avoir des sentiments profonds envers moi.

Et lui qui me dit des choses pareilles aussi simplement que s’il m’avait demandé l’heure…

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105  posté le samedi 01 mars 2008 15:57

 

Clint

 

- Ta gueule ! Je lance à Victoria.

 

Mon Dieu, que quelqu’un pende cette emmerdeuse, et maintenant ! Elle me fixe longuement, avec des yeux de cocker qui m’insupportent. Si elle s’attend à ce que je lui sorte ; oui, je me suis foutu de ta gueule, non je n’ai jamais rien ressenti d’autre pour toi qu’une attirance physique, et oui, tu me saoules profondément, alors soit, je peux très bien le lui dire, ça ne me pose strictement aucun problème !

Elle recule de quelques pas. Mon bouclier invisible anti intrus semble fonctionner, et pour une fois, j’en suis ravi. J’ai la capacité surprenante de faire fuir la majorité des personnes de mon entourage à mes simples répliques cinglantes et froides.

 

 

- Pourquoi tu t’es amusé avec moi ? Se lamente-t-elle stupidement.

 

Je ne prends même pas la peine de dissimuler mon long soupir exaspéré.

 

- Tu na vas pas me faire croire que tu étais complètement dingue de moi, si ?! Et puis tu sais très bien comment je suis, il me semble avoir eu assez d’aventures sans lendemain pour que tu sois au courant !

 

Elle baisse les yeux, et marmonne quelque chose d’incompréhensible. Je ne cherche même pas à la faire répéter Que ce soit des insultes ou une surprenante déclaration d’amour, je m’en contre fous. Et si c’est quelque chose d’important, elle n’a qu’à le formuler de manière claire et audible.

Elle relève la tête et me fixe un instant. En un éclair, je crois comprendre ce qu’elle se borne à passer sous silence. J’émets un ricanement malgré moi.

 

- Tu croyais que tu serais différente, c’est ça ? Je murmure d’une voix volontairement suave en me rapprochant d’elle. Tu pensais que tu serais celle qui m’apprendrait à aimer…

 

 

Je colle mon torse contre elle, et m’amuse à effleurer ses hanches du bout des doigts. Un frisson lui parcourt tout le corps je le sens, je le sais. Malgré elle, elle laisse aller sa tête sur mon épaule. Elle est troublée, je me délecte de ses hésitations. Elle est si stupide et si naïve que ça me donne presque envie de vomir. Je n’arrive pas à croire une seule seconde que mon charme soit déroutant au point qu’elle ne sache plus son propre nom. Je crois seulement qu’une simple proximité masculine ainsi que quelques gestes tendres sont amplement suffisants pour la rendre totalement gaga. Je me réjouis intérieurement qu’aucune femme n’ait ce pouvoir sur moi.

Elle lève le visage pour m’embrasser, et je manque d’exploser littéralement de rire. Je m’éloigne sans difficulté de deux bons mètres, et lui lance, un sourire narquois accroché aux lèvres :

 

- Allez, barres-toi de la chambre.

 

 

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