85  posté le mardi 26 février 2008 02:33

 

 

Clint

 

Kendall est assis sur le fauteuil à ma gauche, et regarde fixement devant lui, ses coudes prenant appui sur ses cuisses. Ses yeux sont mornes, vides de toute expression. Je réprime un sourire.

 

- Tu te transforme doucement mais sûrement en momie, mon pote, je lance d’un air amusé.

 

Il daigne tourner la tête vers moi tout en levant un sourcil.

 

- Je réfléchis, se justifie-t-il.

 

- Ok, je sens que j’ai le temps d’aller au ciné, faire un jogging et prendre une douche avant que tu ne sois apte à parler, j’éclate de rire à gorge déployée.

 

Il traduit sa mauvaise humeur par un grognement, et son amusement par un imperceptible sourire qui ne m’échappe pas malgré ses efforts pour le cacher. Je crois que le frère de Tess s’est fait principe que de ne jamais me montrer à quel point je pouvais être drôle. Modestie ? C’est un mot que je n’ai pas l’impression de connaître.

 

 

Je prends un air plus sérieux, voyant que Kendall se renfrognait à nouveau.

 

- Qu’est-ce qu’il se passe ? Je demande, tentant de ne pas trahir mon inquiétude.

 

Je me préoccupe plus des autres qu’on ne pourrait le croire, simplement, je ne suis pas habitué à la montrer.

 

- Rien, des conneries, réplique-t-il.

 

- Rien à foutre que ce soit des conneries, je lui lance, qu’est-ce qu’il t’arrive ?

 

J’emploie un ton autoritaire qu’on ne réserve en général qu’aux enfants de bas âge. Tant pis s’il trouve que mon attitude est déplacée.

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86  posté le mardi 26 février 2008 02:37

 

– Qu’est-ce qu’un insensible comme toi peut bien en avoir à foutre ?

 

Déclare-t-il à moitié moqueur, mais également à moitié sérieux.

 

- Je ne suis pas un insensible, je marmonne, ne me confond pas avec Andreas. Je suis plutôt… froid, le plus souvent. Ouais, c’est ça, froid.

Kendall opine. On peut me reprocher tous les défauts que la terre puisse porter, mais pas celui d’être indifférent, ça, c’est le rôle du blong platine. Enfin, bien sûr, c’est une exagération, il ne se comporte pas ainsi avec tout le monde…

 

 

 

Seulement avec les trois quart de la planète. Je ne suis pas comme lui. Je ne laisse pas espérer la femme qui m’aime en couchant avec elle dès que l’envie me prend, chose qu’il fait sans vergognes avec Camilla, et que je ne ferai jamais avec Tess.

Mais d’un côté, je ne veux pas me comparer à eux. Les deux amis/amants se connaissent presque depuis le berceau. C’est sans doute différent… n’empêche.

 

- Si tu le dis, soupire Kendall. Non, mais t’en fais pas, c’est rien, c’est juste mes sœurs…

 

- Ah ouais… Putain, quelle chieuse Lyra !

 

J’ai laissé échapper cette phrase sans vraiment m’en rendre compte, et il est trop tard pour faire croire à Kendall que je ne le pensais pas. Je suis connu pour lâcher mes pensées à tout venant sans prendre le temps de réfléchir. Ma réputation me va donc comme un gant.

 

 

- Ne te mêle pas de ça, me remballe Kendall d’un ton furieux. Je sais que tu tiens à Tess, mais moi je les connais toutes les deux, et crois le ou non, Lyra n’a jamais été rancunière !

 

- Elle a changé de bord on dirait, j’ironise.

 

Je choisis la moquerie pour cacher mon avidité. Je meurs d’envie de connaître les raisons de cette aversion que ressens Lyra envers ma meilleure amie. Mais je n’aime pas me montrer indiscret...

Quant aux secrets de famille, je crois que j’en ai assez à moi tout seul.

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87  posté le mardi 26 février 2008 02:43

 

Mais de toute façon, je n’ai même pas besoin de lui demander d’approfondir, car Kendall se lance déjà dans un discours des plus intéressants.

 

- Il y a huit ans, quand Lyra et Tess avaient seize ans, notre mère s’est suicidée. Elle était dépressive depuis plus d’un an, mais nous nous étions toujours débrouillés pour la surveiller. Un soir, notre père était en voyage d’affaire et avait demandé qu’au moins l’un de nous reste à la maison. J’avais une soirée avec des potes ce soir là, et Lyra était censée passer la nuit chez son petit ami du moment, mais elle se sentait coupable de laisser Tess seule à charge de notre mère. Mais Tess l’a encouragée à y aller, disant qu’elle n’avait rien de prévu, et que tu coup ça ne la dérangeait pas de rester.

 

La voix de mon ami se fait plus faible, l’espace de quelques secondes. Je fais semblant de ne pas remarquer pour qu’il ne se sente pas mal à l’aise, tandis qu’il poursuit.

 

 

- Tess avait reçu un coup de fil durant la soirée, d’une amie. Maman était dans la chambre, donc il n’y avait pas de raison de s’inquiéter. Je suis rentré quelques heures plus tard, à moitié bourré. Ce n’est pas glorieux, tu peux le dire. J’ai entendu Tess hurler mon nom et je me suis dirigé vers la chambre de nos parents. Elle… Maman s’était taillé les veines, bien trop profondément. Qui sait peut-être que j’aurais pu la sauver, si j’avais été complètement sobre… Mais non, je me suis contenté de rester là, les bras ballants, à la regarder pisser le sang comme si c’était quelque chose de normal et d’effrayant à la fois. Tess tentait de lui bander le poignet avec des draps, tandis que je me disais intérieurement d’avancer, mais mes jambes ne répondaient pas. J’étais spectateur, un simple spectateur.

 

La manière dont il raconte cela me glace le sang. J’ai l’impression de ressentir les mêmes émotions que lui, tant sa façon de dire les mots est profonde. Il ne m’avait jamais raconté ça.

 

 

- Lyra est rentrée deux heures plus tard, maman était déjà morte. Elle est arrivé dans la maison hors d’haleine, son maquillage avait coulé, mais elle ne pleurait pas, ou du moins, elle ne pleurait plus. Elle semblait totalement sous le choc de quelque chose… J’ai cru qu’elle avait apprit pour maman, et je ne me suis pas posé de question. Quand Tess est arrivée en bas, Lyra l’a rejetée avec violence. Je ne l’avais jamais vue comme ça envers Tess, elles étaient inséparables. J’ai d’abord pensé qu’elle lui en voulait à cause de notre mère, et que ça passerai… Mais ça n’a pas passé. Maintenant, je sais qu’elle lui en veut pour autre chose, mais quoi…. Je ne sais pas, et je m’en veux Je sais juste qu’elle a souffert, cette nuit du trois septembre, encore plus que les autres, mais personne ne sait pourquoi. Voilà pourquoi je te défends de la juger.

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88  posté le mardi 26 février 2008 02:48

 

Je me sens soudainement très idiot. Pire, je me sens pitoyable.

J’ai toujours détesté les gens qui me jugeaient sans rien connaître de ma vie, et j’ai fait exactement la même chose depuis quelques semaines. Certes, je ne porte pas le caractère exécrable de cette fille dans mon cœur, mais Kendall a raison, je n’ai pas à la juger. Même Tess semble ne pas trouver a réaction démesurée… Pourtant, si j’en crois les dires de mon ami, personne ne sait ce qui lui est arrivé… Je pense que Tess vit dans la culpabilité depuis la mort de sa mère. Une culpabilité bien trop pesante, qui lui fait accepter les choses les plus folles.

Je pousse un soupir, et j’espère qu’il en décèlera le message caché. Je veux m’excuser sans utiliser le moindre mot, car ceux-ci m’arrachent souvent la gorge.

 

 

- D’un côté, enchaîne Kendall, ma sœur n’a jamais fait dans la dentelle non plus, et je reconnais qu’elle est casse couille. D’ailleurs elle s’est mise dans de beaux draps avec Andreas…

 

J’acquiesce à ces deux informations. Oui, c’est une chieuse. Oui, le blond platine a sorti l’artillerie la veille, avec son regard profond et hypnotiseur qui fait tellement d’effet aux femmes. Mais d’un côté, il a toujours été comme ça.

 

- Bah, tu sais, Andreas matte comme ça toutes les femmes qui ont le malheur d’être à son gout, je tente d’argumenter pour le détendre.

 

- Ayant été son colocataire pendant trois ans, je le sais. N’empêche, il ne la regardait pas pareil…

 

J’émets un petit rire. Rien que ça !

 

 

- Tu ne serais pas en train d’idéaliser ta sœur une seule seconde, par le plus grand des hasards ?

 

- Traite-moi d’incestueux tant que t’y es ducon ! Rit-il à son tour. Non, pas du tout, je sais juste reconnaître une passion prédestinée.

 

Il plaisante en disant cette phrase, je le sais bien. Mais je m’en fiche. Il vient d’entamer un sujet de conversation sur lequel j’ai bien l’intention de rebondir.

 

- Tu veux dire, cette même future passion que toi et Matthias ?

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89  posté le mardi 26 février 2008 02:52

 

Il s’immobilise, et serre les poings. J’ai attendu des siècles avant d’oser en parler et maintenant que l’occasion se présente, je ne veux pas la laisser filer. Ses mâchoires sont contractées, ses muscles tremblent.

 

- Raconte pas de conneries, peste-t-il, explosif. J’y peux rien si cette tapette me trouve à son goût.

 

- Hé, un peu de respect, c’est pas un animal, je le remballe, exaspéré par cette soudaine intolérance dont il fait preuve.

 

Etrange, avant d’être la cible, faute de mieux, du jeune brun, il acceptait parfaitement l’homosexualité de celui-ci. Maintenant, c’est bien différent. Et pour beaucoup de choses.

 

 

Il a dans le regard une hésitation que je ne lui ai jamais vue, auparavant. Il a peur de Matthias, en même temps d’être très attiré. Il ne peut pas le nier, je le vois aussi clairement qu’il se tient à côté de moi.

 

- Pardon, se renfrogne-t-il, mais je ne supporte pas tes sous entendus à la con. J’aime Lesley, point barre.

 

Cause toujours. Son ton sonne faux, sa phrase sonne faux, tout sonne faux. Matthias est mon meilleur ami, et je sais qu’il souffre du rejet de Kendall. Il en souffre, parce que tout comme moi, il sait que celui-ci n’est pas aussi hétéro qu’il se plait à le dire. Il a l’impression d’aller à l’encontre de la nature, lorsqu’il sent la peur que procure cette nouvelle orientation à Ken.

 

 

- Je crois que Matt a raison, t’es qu’un mec qui sait pas s’assumer ! Personne ne sera choqué si t’as brusquement envie de te taper un mec, personne de ton entourage du moins, alors arrêtes de jouer les incompris !

 

- Mais vous allez me lâcher les couilles, oui ?! Rugit-il.

 

Il se lève subitement, et sors de chez moi à grands pas.

Espèce de faux hétéro colérique et impulsif, va…

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