80  posté le mardi 26 février 2008 02:01

 

Je fais fi de tous ces débats intérieur qui me ronge l’âme, et me force à sourire, seule, face à l’armoire.

Depuis que je suis ici, je passe plus de temps à me morfondre et à douter que je ne l’ai fait en huit ans. Je prends doucement mais sûrement conscience que partir de chez moi huit ans auparavant a peut-être été la réelle erreur de ma vie, mais je ne veux pas y croire.

Pour l’instant, je suis perdue, et je ne risque pas de comprendre le pourquoi du comment en un claquement de doigt.

Alors je décide de mettre fin à mes lamentations, et d’attendre sagement le moment ou la vie se sentira prête à me révéler tout ce dont j’ai besoin de savoir.

 

 

Je suis fatiguée d’alterner entre l’irritation et le désespoir. Je désire ne serait-ce qu’un semblant de vie saine, et suis décidée à l’obtenir.

Et quand je serais parfaitement stable, alors je me permettrai de le retrouver, lui, mon ange, mon petit ange à moi, qui me manque tellement, sans que je ne le montre.

Je me refuse à penser à lui, car à chaque fois que son souvenir m’envahit, un sentiment de culpabilité m’oppresse le cœur, et mon âme semble se déchirer.

Il est encore si innocent… Et tout ce qu’il à vécu, et est obligé de traverser en ce moment, c’est par ma faute. Je me dois d’assumer. J’endosserai tout son malheur sur mes faibles épaules, si je le dois.

Donc oui, lorsque je serai sûre d’être capable de lui offrir tout ce dont il mérite, je reviendrai le chercher, mon rayon de soleil au milieu de l’obscurité.

 

 

Cette lanterne dans mon tunnel noir dont personne ne soupçonne l’existence.

C’est pour cette flamme ardente que je choisis d’être heureuse, aussi longtemps que cela me prendra.

Et Dieu sait qu’il en faudra, du temps.

Je ne me compare pas à un ange dont on aurait coupé les ailes. Les anges sont innocents.

Aussi désemparée que je puisse être, je n’ai pas le toupet de prétendre que je suis entièrement blanche. J’ai commis des erreurs, mais ne l’ai jamais renié.

C’est sans doute cela ma plus grande force, au milieu de cet amas de faiblesses. Assumer.

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81  posté le mardi 26 février 2008 02:08

 

 

Je sors de la chambre sans même prendre le temps de me coiffer. Jake est appuyé contre le mur, une jambe pliée, les bras croisés sur son torse. Il m’inspecte de haut en bas, et c’est bien la première fois que je n’ai pas l’impression d’être déshabillée du regard par un homme qui me fixe avec tant d’insistance. Il sourit.

 

- Tu es jolie, comme ça, dit-il très simplement.

 

 bir

Je ne peux m’empêcher de lui rendre son sourire. Son calme est communicatif, ainsi que sa bonne humeur et légèreté. Je me rends compte qu’on associe souvent ce genre de termes à des personnes un peu insouciantes et immatures… Pourtant, il ne dégage pas du tout cette impression. Il a beau, si ma mémoire est bonne, avoir un an de moins que moi, j’ai l’impression qu’il est mon aîné de trois bonnes années, tant il paraît mûr.

 

- Tu dis ça à toutes les femmes que tu croises ? Je lance, tout de même un peu sur la défensive.

 

Je suis comme ça, de toute façon. On ne se refait pas, comme on dit…

- Non, pouffe-t-il, seulement aux femmes que je trouve jolie.

 

C’est ce qui s’appelle se faire remballer en moins de deux. Je ris à mon tour. Décidément, j’étais heureuse que le chanteur ait eu la bonne idée de venir ici la veille. Enfin une personne avec qui je me sens à l’aise, pleinement.

 

 bir

Bizarrement, j’ai du mal à l’imaginer en train de chanter. Il dégage une fausse impression d’homme assez réservé, et bien que je sache que ce n’est pas le cas, ça me fait tout de même bizarre. Dès que je tente de me faire un aperçu dans mon esprit, je n’arrive pas à entendre autre chose que la voix qu’il emprunte lorsqu’il parle.

Je me rends compte que l’on reste planté dans le couloir depuis déjà cinq bonnes minutes. Je tends une oreille attentive, et il me semble entendre la rumeur d’une conversation.

 

- Qu’est-ce qu’on fait à stagner ici ? Je demande, intriguée.

bir

Il hausse les épaules, d’un air indifférent. La moue qui anime son visage à cette seconde me fige, m’électrise. Il a incontestablement un air d’Andreas lorsqu’il manifeste son désintérêt. Simplement dans ces instants là.

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82  posté le mardi 26 février 2008 02:12

 

– Clint et Kendall sont en train de parler d’un truc, je ne sais pas trop quoi, mais ça avait l’air un peu personnel. Je n’aime pas m’imposer comme un boulet dans ce genre de situation.

 

Je le comprends tout à fait, car c’est également la manière dont je me sens dans ces moments là. Mais savoir que Kendall est concerné me rend plus curieuse que je ne le suis d’ordinaire. Peut-être mon frère a-t-il besoin d’aide ?...

 

- Personnel du côté de Clint ou de Ken ?

 

Il émet un léger rire qui m’apaise.

 

- Je ne sais pas, je ne suis pas allé fouiner, plaisante-t-il. Mais tu sais, ajoute-t-il, plus sérieux, ne te fais pas de soucis pour Kendall. S’il a envie de parler à Clint, c’est peut-être parce que toi tu n’es pas en mesure de l’aider pour cette chose là… Ca ne veut pas dire que tu seras toujours incapable de le soutenir.

 

 

Sa capacité à trouver les mots juste m’épate. Après tout, c’est vrai, je n’ai pas toujours tout dit à ma famille lorsque je traversais une passe un peu difficile, alors pourquoi devrait-ce être différent pour eux ? N’empêche, j’espère que ce n’est pas grave. Mine de rien, je suis encore capable de m’inquiéter pour les autres, et pas seulement pour moi.

Oui, en apparence, je passe très souvent pour une égoïste, et je n’en ai strictement rien à foutre. Il est vrai que je me préoccupe beaucoup des mes problèmes, qu’ils m’occupent l’esprit de manière presque démesurée… Pourtant dès qu’une personne à qui je tiens va mal, je suis la dernière de mes inquiétudes.

Jake remarque sans doute ma crispation soudaine, car il pose gentiment une main qu’il veut rassurante sur mon épaule.

 

- Allez, va, laisse couler… Tu veux aller te changer les idées dehors ?

 

J’acquiesce vivement. De l’air frais, du renouveau. Voilà ce dont j’ai besoin.

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83  posté le mardi 26 février 2008 02:16

 

Nous passons devant une lignée de petites maisons identiques à celle que j’habite. Je n’avais jamais remarqué qu’il s’agissait d’un hameau. Sans doute n’ai-je jamais vraiment fait attention…

Il fait beau et c’est agréable. Le soleil seul et haut perché dans ce ciel bleu azur vierge de tout nuage donne une allure resplendissante à cette journée de printemps, sans pour autant nous brûler la peau. Il fait doux, juste doux, tout comme j’aime.

Jake semble un million de fois plus frileux que moi, emmitouflé dans sa veste, frissonnant.

Je laisse échapper un petit rire narquois qu’il fait semblant d’ignorer superbement, et prends un faux air hautain qui transforme mon ricanement en réel éclat de rire. Il m’en faut peu, aujourd’hui, apparemment. Sans doute parce que j’ai tant besoin de ça, en ce moment…  De quelqu’un de léger pour qui la vie est un minimum difficile sans pour autant être un calvaire… Quelqu’un de rationnel. Car à force d’être entourée de personnes qui ont toutes autant souffert, voire plus que moi, j’en perds la raison.

 

- Tu sais, je crois que tu es la seule personne à ne pas me juger depuis que je suis là, je lui lance, cherchant à lui exprimer toute ma reconnaissance dans ces quelques mots. Il sourit faiblement.

 

 

- Je ne connais pas l’histoire.

 

- Personne ne la connait vraiment, je soupire. Je ne suis même pas sûre de la savoir moi-même, c’est pour dire… Mais Clint non plus, n’avais aucune information, et il s’est immédiatement rangé du côté de Tess…

 

Jake prend un air un peu amusé, et presque blasé.

 

- Tu sais, Clint et Tess, il ne faut pas chercher à comprendre. Il tient beaucoup à elle, et en plus il déteste que ses habitudes soient chamboulées. En arrivant, tu as dérangé sa petite vie, et en plus tu as apparemment troublé ta sœur, et je pense que c’est trop pour monsieur.

 

Je ne manque pas de remarquer son ton hautement ironique. Serait-il parfait au point de ne pas s’encadrer Clint, tout comme moi ? 

 

- Tu ne l’aime pas beaucoup, je fais remarquer.

 

- C’est peu dire, éclate-t-il de rire. Je veux bien admettre qu’il n’a pas eu une vie facile, mais ce n’est pas une raison pour être absolument imbuvable avec tout le monde ! Tu vois, il y a les gens come lui, qui s’en prennent à la terre entière, et ceux comme Andreas qui…

 

Il s’arrête brusquement.

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84  posté le mardi 26 février 2008 02:24

 

– Oui ? Je l’encourage, hésitante.

 

Je ne veux pas qu’il se sente brusqué. Et par-dessus tout, je ne veux pas qu’il remarque à quel point mon attention redouble lorsque le prénom du blond revient sur le tapis.

 

- Et les personnes comme Andreas, poursuit-il d’une voix plus stable, qui sont froides à en faire peur, mais au fond ne sont pas méchantes, ou du moins pas avec ceux qui ne méritent pas d’être mal traités.

 

Je sens, dans le ton qu’il emploie en parlant de son meilleur ami, qu’il lui témoigne un profond respect. Leur lien a l’air très fort, plus que je ne l’aurai pensé.

Andreas, froid… C’est un bel euphémisme.

Cet homme est bien plus que ça. Il semble assister au déroulement de sa propre vie en simple spectateur. Il donne l’impression de ne pas souffrir, mais aussi de ne pas jouir de quoi que ce soit. Je me représente ses traits parfaits et intriguant, et sens un frisson me parcourir le corps lorsque ses iris noirs me reviennent en mémoire.

 

- Qu’est-ce qui est arrivé à Andreas ? Je demande timidement, mais tellement désireuse de savoir.

 

Jake se renferme tout d’un coup. Je me mords la lèvre inférieure. Quoi qu’il se soit passé, il n’a vraiment, vraiment, vraiment pas envie d’en parler, soit parce que c’est douloureux pour lui également, soit par loyauté envers son ami. Je me sens coupable d’avoir demandé cela. Je le connais depuis la veille à peine, et voilà que je lui pose une question qui touche à un registre très personnel.

 

 

 - Pardon, je m’excuse immédiatement.

 

Il secoue la tête pour me faire comprendre que ce n’est pas grave, et ses jours reprennent leur couleur.

 

- Ne m’en veux pas, se justifie-t-il, mais Andreas n’a jamais voulu parler de sa vie à personne d’autre que moi et partiellement à Camilla… Je ne veux pas trahir sa confiance.

 

Je souris et lance un « je comprends », tandis que le prénom Camilla résonne inlassablement dans ma tête.

Si le jeune homme lui a fait part ne serait-ce que d’une partie de son passé, il doit beaucoup l’aimer. Inexplicablement, une jalousie démesurée par rapport à la situation s’empare de moi. Une jalousie que je refoule au plus profond de moi-même honteuse.

Je me laisse avoir par les apparences angéliques, comme toujours. Il est temps de me réveiller, et de mettre une fin à cette superficialité fatigante.

Je ne dois pas oublier que mon soi disant ange, quelques années plus tôt, m’a terriblement déçue.

Les anges cachent des démons. Et celui enfoui en Andreas m’atteindra comme les autres, si je le laisse faire.

Il ne le faut pas. Ca n’arrivera pas, je me promets que ça n’arrivera pas.

Du moins, j’essaye de me le promettre…

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