70  posté le jeudi 21 février 2008 22:59

 

J’entre dans son bureau, et je la découvre pendue au téléphone. Elle sourit, m’apercevant, et affiche une moue d’excuse. Je lui fais comprendre qu’attendre ne me dérange pas, et m’assieds sur l’un des fauteuils. Je tente de ne pas afficher ma culpabilité, et opte pour un masque de fatigue.

Car oui, je suis fatigué. Fatigué de prétendre.

Elle fait de son mieux pour mettre fin à la conversation apparemment peu intéressante qu’elle entretient avec son interlocuteur, tandis que j’émets un léger rire.

Elle raccroche enfin.

 

 

- J’ai cru qu’il n’allait jamais se la fermer ! Soupire-t-elle, à bout.

 

Je me lève, et la prends tendrement dans mes bras, avant de l’embrasser rapidement. Elle plante ses yeux bleus dans les miens, et il m’est impossible de me détacher de son regard.

Je souris derechef, sans même savoir pourquoi. Le doute disparaît. L’image de Matthias également. Je l’embrasse une deuxième fois, plus longtemps, et plus passionnément.

Je suis certain de ne pas vivre une illusion. Sinon, pourquoi ressentirais-je le besoin si fort de la serrer contre moi ?

Mes hésitations étaient sûrement dues à ma situation un peu perturbée depuis le retour de Lyra.

 

 

- Je t’aime, je lui souffle impulsivement.

 

C’est vrai. Je me convaincs que c’est vrai.

Et je réalise le problème. Je ne devrais pas avoir à me convaincre. Je devrais le savoir.

Mais je le sais. Non… Si…

Je ne sais pas.

Laissez-moi, laissez-moi rêver, juste un instant, laissez-moi me dire que tout cela est réel.

Je percerai tôt ou tard cette bulle protectrice qui m’entoure. Mais pas encore. Non, pas encore.

 

- Moi aussi, répond-t-elle alors que mon esprit se torture à son insu.

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71  posté le jeudi 21 février 2008 23:03

 

Jake se gare juste devant chez mes sœurs deux heures plus tard. Andreas avait été prit de la subite envie de rendre visite à Clint, et j’en avais profité pour jeter un coup d’œil au désastre qu’engendrait la cohabitation de Lyra et Tess.

Nous nous dirigeons vers la porte d’entrée et je sonne le premier.

Des pas se font entendre, et la serrure se déverrouille. Lyra se trouve maintenant face à moi, et me sourit.

 

 

- Oh, Kendall ! Paraît-elle ravie. Je suis contente que tu sois passé, entre !

 

Elle s’efface pour nous laisser entrer, jetant un regard bien plus chaleureux à deux amis que tous ceux qu’elle avait pu avoir depuis plusieurs jours.

Elle referme la porte, et s’engage vers le salon.

Du coin de l’œil, j’aperçois Andreas la reluquer, une lueur appréciatrice dans le regard. Un léger sourire étire imperceptiblement ses lèvres.

Je lui agrippe le bras, le forçant à s’arrêter quelques secondes, et lui souffle ;

 

 

- Quoi que tu aies en tête, oublies, tu ne touches pas à ma sœur.

 

Il sourit de plus belle.

 

- Enfin, Ken, qui t’as fichu des idées pareilles ! Lance-t-il d’un ton beaucoup trop innocent.

 

- Mon p’tit doigt… Je marmonne tandis que je le vois s’éloigner de moi pour rattraper ma sœur.

 

 

Le jeu du blond platine à commencé.

Une nouvelle fois, il suivra ses propres règles.

Une nouvelle fois, une fille tombera dans ses filets.

Une nouvelle fois, une fille souffrira, contre sa volonté, tandis qu’il ne se rendra pas compte des conséquences de ses actes.

Quoique…

Lyra étant la cible, je décide de m’attendre à tout.

On ne fait pas du mal facilement à une emmerdeuse de première.

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72  posté le jeudi 21 février 2008 23:09

 

Lyra

 

J’entends l’un des amis de mon frère fermer la porte, tandis que je me dirige vers la télévision afin de l’éteindre. La visite des trois garçons me permet de m’extraire de mon actuel état de larve invétérée. Je remercie le ciel d’avoir eu la jugeote de m’habiller correctement au lieu de passer ma journée en pyjama.

Clint avait été traîné de force par Victoria au cinéma, tandis que Tess demeure en ce moment même dans notre chambre, à faire je ne sais quoi.

 

 

Je jette la télécommande qui atterrit sur le canapé dans un bruit étouffé, et me retourne vivement, dans l’intention d’aller à la rencontre de Kendall.

Ne regardant pas bien devant moi, j’heurte l’un des trois hommes en plein fouet au bout de quelques mètres à peine.

Une main froide et sèche se pose dans mon dos pour m’empêcher de perdre l’équilibre.

Je recule de quelques pas et lève la tête, un sourire penaud aux lèvres.

Je rencontre le regard accrocheur du blond.

J’ai l’impression d’être hypnotisée. Il est beau. Tellement beau que ça m’échappe.

Il dégage quelque chose d’inexplicablement attirant. Son visage est froid et angélique.

Il donne l’impression de se croire au dessus de tout.

Même le sourire qu’il me rend paraît figé et emprunt d’une souffrance que je ne comprends pas.

 

 

 

Je me sens soudainement très stupide, à le dévisager de la sorte comme une gamine devant une sucrerie qu’elle sait qu’elle n’obtiendra jamais, mais dont elle rêve quand même.

Je sens chez lui un certain amusement, alors qu’il a pourtant arrêté de sourire. Il arrive à faire passer une émotion sans esquisser le moindre geste, sans une seule malheureuse mimique. Il est impressionnant.

Oui, c’est le mot.

Seulement, je n’ai plus quatorze ou quinze ans. Cela fait longtemps que je sais comment me reprendre lorsque je vois un homme d’une beauté quasiment irréelle.

Et qui plus est, celui-ci me paraît antipathique au possible.

Mon frère et ma sœur étaient-ils des aimants à glaçons ?

Oui alors étais-je tout bonnement et simplement la pire chieuse de tous les temps ?

J’opte pour un mélange des deux.

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73  posté le jeudi 21 février 2008 23:14

 

– Pardon, je marmonne, me fronçant tout de même à détourner les yeux.

 

Il rit, et je déteste la sonorité qu’émet ce bruit. Je me maudis soudainement d’être tombée si vite en admiration devant un type à l’allure si hautaine. Je n’ai pas le souvenir d’être aussi superficielle. Et puis, les visages d’anges… Ils m’avaient trop usée.

 

- Fais juste gaffe où tu mets les pieds, répond-t-il.

 

Je m’immobilise totalement. Sa voix. Si familière. Si horriblement familière.

Je n’ose plus lever le regard vers cet homme. Je suis pétrifiée, terrorisée, sans même savoir pourquoi.

 

 

Je tente en vain de me rappeler ou je l’avais entendue. Ca m’occupe l’esprit, tellement que j’en oublie où je suis. Je ne trouve pas, et c’est horriblement frustrant.

Ce n’est pas sa voix elle-même qui m’horripile, c’est le souvenir auquel elle me rattache, bien que je ne sache pas encore duquel il s’agisse. Trop de pensées désagréables me traversent l’esprit pour immédiatement établir une connexion rationnelle.

Je secoue alors vivement la tête. Il faut que je me reprenne. Je n’ai jamais vu ce gugusse de ma vie, alors comment pourrais-je m’en souvenir ? Il est temps de réfléchir un minimum avant de me mettre à paniquer de la sorte. Ce n’est qu’une coïncidence, pure et simple.

Toujours est-il que je m’éloigne de lui considérablement.

Une gêne s’installe, et semble contaminer tout le monde, lui excepté.

 

 

- Bon, ben Lyra, voilà Andreas, Andreas, c’est ma sœur qui vient de te rentrer dedans, et puis à côté de moi, c’est Jake.

 

Je lève les yeux vers l’autre ami de mon frère. Jake est beaucoup plus chaleureux, en apparence en tout cas. Il me fait un sourire encourageant que je m’efforce de lui rendre.

Cela fait quelques petits jours que j’essaye tant bien que mal de me montrer aimable. Même envers ma sœur. Enfin, c’est un bien grand mot. Je me contente de l’ignorer, au lieu de lui lancer des répliques cinglantes.

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74  posté le jeudi 21 février 2008 23:19

 

Le soir tombe, et Clint organise une soirée improvisée. Kendall ne pouvant pas rester, je me retrouve encerclée de ces quatre inconnus, et de cette femme dont je tâche de ne pas me retrouver assise à côté.

C’est puéril, j’en ai conscience. Mais non seulement d’être mentale, mon aversion envers elle est physique. Je tente d’améliorer les choses, mais à chaque fois que je veux lui parler, je bloque d’une manière frustrante, et ma rancœur reprend le dessus.

Je suis encore trop incapable de me contrôler pour me risquer à une longue conversation avec Tess.

Les cinq autres rient, parlent de souvenirs que je ne partage pas, ne les ayant pas vécus. Pourtant, je fais de mon mieux pour m’intégrer. Je ris aux moments propices, je parle dès que mes paroles ne seront pas jugées déplacées... Et je me mure dans un silence protecteur le reste du temps.

 

 

Clint m’ignore royalement, quand tous les autres tentent de ne pas me faire sentir à part. Le rouquin n’est qu’un chieur profond. Il est exactement comme moi, et je pense que c’est pour ça que nous deux, ça ne colle pas.

Deux personnalités trop semblables ne peuvent s’entendre. Surtout si nos traits de caractères sont si explosifs.

 

- Demain, faut absolument que j’aille m’acheter une nouvelle guitare, lance soudain Andreas, complètement hors sujet.

 

Un petit silence s’installe, avant que Victoria ne réponde ;

 

- Bah demain c’est mon jour de travail au magasin… Je t’y emmène et tu regardes. J’en déduis qu’elle travaille dans un endroit qui à quelque chose à voir avec la musique.

Le blond angélique secoue la tête.

 

- Je suis trop loin de ton truc, ça me saoule d’y aller.

 

 

- Bah dors ici, ducon, je te fais une place dans ma chambre, lance Clint.

Andreas le fixe quelques secondes, et se passe la langue sur les lèvres en adoptant un ton provocateur ;

 

- Ah ouais, ça sera bieeen ! Lance-t-il en feignant un petit gémissement.

 

Moi-même, je ne peux m’empêcher d’émettre un sourire. Clint pouffe, un peu grotesque, et donne une tape bien virile sur l’épaule de son ami.

 

- Je déconnais blondinet, tu vas finir sur le canapé, vite fait, bien fait !

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