65  posté le jeudi 21 février 2008 20:17

 

– Pourquoi tu résistes ? Me souffle le gamin tandis que je suis parcouru de frissons. T’es gay, t’es gay, assume…

 

- Je ne suis pas gay, je m’échine à contredire mes pensées.

 

Matthias éclate de rire, et colle sa bouche à mon oreille. Il me chuchote des mots que je ne comprends même pas, tant mon esprit est embrumé. Je laisse mes pensées se mêler les unes aux autres et devenir un tourbillon sans ordre ni lois. J’avais toujours été persuadé d’aimer Lesley. Toujours.

 

 

Mais après tout, connaissais-je réellement quelque chose à l’amour ? Et si ce que j’avais éprouvé pour elle n’avait été qu’une facette, un simple écho de ce qu’aurait du me procurer ce sentiment dit irremplaçable ?

Cela fait deux mois que Matthias agit de cette façon. Il a changé petit à petit de comportement, vis-à-vis de moi, et je n’ai jamais compris pourquoi.

Il joue, il s’amuse. Ca le fait rire de me voir tant hésiter, alors que pour lui, tout cela n’est que simple distraction. Il aura ce qu’il voudra, et me laissera tomber. Voilà pourquoi je résiste. Je ne suis pas un jouet.

Je ne l’aime pas. J’espère que je ne l’aime pas.

 

- Non, pas du tout, en effet, susurre-t-il. Mis à part le fait que tu commence à ban…

 

 

 - Ta gueule. Toi et moi ça n’ira jamais plus loin, rentre toi bien ça dans la tête.

 

- Ouais, ouais, abdique soudainement Matt d’un ton amer que je lui entends pour la première fois. Bon je te laisse, j’ai pas envie de me taper un type qui s’assume pas.

 

- Qui t’as dit qu’on allait coucher ensemble ? Je l’agresse.

 

Il ne répond même pas et tourne les talons. Matthias claque la porte, et je reste debout, les bras ballants, comme un idiot, au beau milieu de la cuisine.

Il a tort. Je m’assume.

Seulement je ne veux blesser personne.

Et mes chieuses de sœurs qui en rajoutent...

Je n’ai pas fini d’entendre parler de tout ça.

D’elles comme de lui.

lien permanent

66  posté le jeudi 21 février 2008 20:27

 

A peine une demie heure plus tard, j’arrive au studio d’enregistrement. Je suis pris de remords. Plus que jamais.

Je dois mettre tout cela au clair, et pourtant, je n’y arrive pas. Vraiment pas.

Alors je fuis une nouvelle fois.

Je vais voir Lesley, l’embrasser furtivement, faire toutes ces choses que font les couples dits solides, et me persuader qu’elle bénéficie pleinement de mes sentiments.

Comme toujours.

 

 

Et je repartirai, en éternel lâche. Oui, c’est comme ça que tout va se passer.

Je claque la portière de ma voiture, et me dirige vers l’entrée. Je ne vois personne aux alentours, ce qui est un peu étrange. D’ordinaire, l’endroit est toujours surpeuplé.

Je mets ça sur le compte du weekend.

La porte d’ouvre, et des bribes d’une conversation animée parviens immédiatement à mes oreilles.

Je reconnais la voix d’Andreas, froide et hautaine, ainsi que celle de Sonny, explosive et caverneuse.

 

- T’es chiant, tu comprends ça ? Tonne le bassiste.

 

( Fufufu, Sonny, Cendrillon... ça vous rappèle rien, certains ? Hommage a Miza )

 

- J’ai parfaitement assimilé la chose, Cendrillon, étant donné que ça fait douze fois que tu me le répète ! Rétorque Andreas.

 

Sonny pousse un grand cri qui traduit sa frustration. Je ne peux que le comprendre. Je me suis déjà engueulé avec cet iceberg ambulant, et aucune de mes paroles n’avaient semblé le toucher alors que lui, au contraire, s’amusait à me couler à volonté.

lien permanent

67  posté le jeudi 21 février 2008 20:51

 

– Bon, on recommence, ordonne mon ami d’un ton sans réplique. Sonny, essaye de maitriser ta basse, ça fait trois mois que tu nous fous le morceau en l’air à cause de ton inaptitude !

 

- Si je suis si nul que ça, t’as qu’à me virer, le défie le bassiste, féroce.

 

- Ok, Game Over, Andreas, tu te la ferme, et Sonny tu te concentres ! Intervient alors Jake.

 

 

Et tout d’un coup, la tornade s’apaise. Je crois que le chanteur, meilleur ami de mon ancien colocataire, est le seul à avoir une quelconque emprise sur lui. Et encore, il ne succède pas toujours.

Je regarde le groupe commencer ce morceau dont je connais si bien la mélodie, à cause de Drake qui passe son temps à le répéter chez nous.

Le chanteur à une voix sublime, personne ne l’a jamais contesté. C’est facile de se laisser porter. Ils sont tous bons, et ne volent pas leur succès actuel.

La fausse note semble frapper une nouvelle fois, bien que je ne l’entende pas. Andreas lâche sa guitare, sèchement.

Il parle cette fois trop bas pour que je puisse l’entendre à travers la vitre.

Drake m’aperçoit alors, et lève les yeux au ciel pour témoigner son exaspération envers notre ami.

 

- Il doit avoir ses règles, je marmonne pour moi-même.

lien permanent

68  posté le jeudi 21 février 2008 22:50

 

J’entends des pas légers derrière moi, et je fais face à la première femme qui croise mon chemin depuis le début de la journée.

Camilla me sourit, et feint un air désespéré.

 

- Salut ! Lance-t-elle joyeusement.

 

J’oublie parfois qu’elle travaille également ici, en tant qu’assistante de Lesley, qui elle occupe le poste de manager.

Sa fraîcheur est une bonne chose, au milieu de tous les mâles de cet endroit. Lesley est rarement libre, trop occupée par la paperasse inutile, mais indispensable.

 

- Salut, je réponds. Je croyais que tu dormais encore, à la maison.

 

- Hé non, soupire-t-elle. Comme toujours je viens exécuter les moindres désirs de ces messieurs, ajoute-t-elle avec ironie.

 

Elle se poste à mes côtés, et regarde la scène de dispute avec autant de détachement que moi. Ca l’amuse, et l’exaspère un tantinet, mais pas au point de l’affecter sérieusement.

 

 

 

- Andreas est un peu à cran en ce moment, non ? Il est gentiment insupportable…

 

- C’est pas censé être ton ami ? Me coupe-t-elle sèchement.

 

J’ai touché le point sensible. Critiquer son éternel amant en sa présence n’est pas une bonne idée. Oui, il est mon ami, l’un des plus chers que je possède. Mais je suis capable de voir ses défauts, contrairement à elle. Et en ce moment, ils ont tendance à être plus nombreux que ses qualités.

 

- Ca l’est, je la rassure immédiatement. N’empêche qu’il abuse un peu.

 

- Tu sais très bien pourquoi il est comme ça, se borne Camilla à le défendre.

 

J’opine en silence, ne cherchant pas à approfondir. Elle a choisi la voie de la dépendance depuis bien longtemps. Il est maintenant trop tard pour l’en sortir.

lien permanent

69  posté le jeudi 21 février 2008 22:56

 

Camilla poussa la porte de la salle d’enregistrement, et le regard des cinq membres du groupe se braquent sur elle.

Personne ne s’étonne de ma présence, ils sont habitués à me voir rendre visite à Lesley de temps à autres.

Andreas la foudroie du regard, sans doute pour avoir interrompu cette conversation ô combien pacifiste, tandis que Sonny et les autres tentent de se montrer plus accueillant.

Elle ne se montre pas blessée par l’antipathie du jeune homme blond platine, cependant, elle ne trompe personne.

 

- Bon, les garçons, commence-t-elle, planning de la semaine.

 

Leur attention est totale. Je reste figé derrière la porte, les bras croisés, sans vraiment savoir pourquoi je m’éternise. Sans doute pour retarder l’échéance.

 

- Mardi soir, souvenez-vous de l’interview à dix-neuf heures…

 

- Je ne peux pas, Camilla, je t’ai déjà prévenu, intervient Drake qui se tient en retrait.

 

 

 

Je m’attends à ce que mon ancien colocataire se mette à l’agresser, mais à mon grand étonnement, c’est Jake qui s’en charge le premier.

 

- Mais merde, tu peux pas te défiler comme ça ! Tu veux nous faire passer pour ceux qui se prennent trop bien pour ce genre de choses ?!

 

- C’est bon, calme soudain le jeu Andreas, contre toutes attentes. On sera là nous, c’est pas la mort s’il manque l’un de nous. Continue, Cam, encourage-t-il alors sa meilleure amie.

 

Surprenant la manière dont son humeur se modifie subitement.

Je tourne les talons, me disant que je ne peux plus attendre plus longtemps sans paraître suspect. Il est temps d’affronter le regard de Lesley.

lien permanent